Lundi 02 Janvier 2006
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Panorama : Moscou coupe le gaz à Kiev et l’accuse de vouloir “voler” le gaz européen

Le géant russe Gazprom a fermé hier, comme promis, ses vannes de gaz à destination de l'Ukraine, et a accusé Kiev de s'apprêter à “voler” le gaz russe continuant de transiter par son territoire vers les marchés européens. “Face à la situation, nous avons été contraints de lancer l'opération de baisse de la pression dans le système de gazoducs de l'Ukraine”, a déclaré Sergueï Kouprianov, porte-parole de Gazprom, attribuant à Kiev le blocage des négociations ayant abouti à ce geste ultime de la partie russe.
“Nous étions prêts à trouver un accord avec le peuple ukrainien”, a-t-il assuré, évoquant le refus” opposé par Kiev la veille, alors que le président russe Vladimir Poutine offrait un sursis de trois mois à l'Ukraine à condition qu'elle accepte d'appliquer ensuite les fortes hausses exigées par Moscou. Kiev de son côté dément. La compagnie d'Etat ukrainienne Naftogaz affirme que “toutes les exigences exprimées par la partie russe” avaient été acceptées et la présidence ukrainienne se défend de toute déclaration “hostile”. Depuis des semaines, Gazprom voulait plus que quadrupler le prix de son gaz facturé à l'Ukraine 50 dollars les 1 000 m3, et le porter à 220-230 dollars pour rattraper le niveau du marché international. Pendant ce temps, Kiev dénonce une hausse “politique” à laquelle n'est par exemple pas soumis son voisin bélarusse, fidèle à Moscou. Et de nombreux experts, dont l'ex-conseiller économique du président Poutine Andreï Illarionov, voient dans le geste russe une tentative d'affaiblir l'administration pro-occidentale du président ukrainien Viktor Iouchtchenko à l'approche des législatives en mars 2006. La compagnie ukrainienne Naftogaz a jugé “inadmissible” la coupure et mis en garde contre “la menace” qu'elle fait planer sur le transit du gaz russe vers l'Europe, qui se poursuit par le même réseau, évoquant un risque de chute de pression dans les tuyaux. Une baisse a déjà été ressentie en Pologne. Le porte-parole de Gazprom a accusé de son côté Kiev de se préparer à “voler” le gaz russe continuant à être exporté via l'Ukraine vers l'ouest. Et cela en profitant du fait que le géant russe ne peut que faire baisser, et non tarir totalement, le flux dans le gazoduc, afin de ne pas se couper de ses clients européens. “Depuis le début, les autorités ukrainiennes étaient décidées à un conflit, depuis le début elles avaient l'intention de prélever illégalement du gaz. Pour le voler, pour le dire plus clairement. Pour le voler aux consommateurs européens”, s'est emporté M. Kouprianov, dans une mise en garde déjà maintes fois brandie par Moscou. La diplomatie russe est même allée jusqu'à dénoncer une tactique politicienne de Kiev à l'approche des législatives de mars 2006, en “utilisant le problème gazier pour créer une image de l'ennemi” collée à Moscou. Le 27 décembre, le Premier ministre ukrainien Iouri Ekhanourov avait assuré que Kiev avait le droit, par contrat, à 15% du gaz russe transitant par son territoire vers l'Europe, en paiement des droits de transit, laissant entendre que l'Ukraine pourrait se servir dans les gazoducs en cas d'interruption des livraisons qui lui sont destinées. Une riposte potentielle qui ne manque pas d'inquiéter l'Europe, dont plus du quart de son gaz vient de Russie, essentiellement via l'Ukraine. La Commission européenne, qui s'était dite vendredi “préoccupée” par le différend, a convoqué pour mercredi à Bruxelles une réunion spéciale d'experts de l'UE. Le porte-parole de Gazprom a présagé quant à lui des “conséquences économiques catastrophiques pour l'économie ukrainienne”, qui dépend du gaz russe pour plus du tiers de sa consommation. L'Ukraine importait jusqu'à présent quelque 25 milliards de mètres cubes de gaz russe par an.

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