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“Algérie. Santé. Grave et mystérieuse pénurie d’amphétamines.”
Mais qui a donc tout acheté ?
Cela fait dix jours. Dix jours pleins, dix jours entiers que
l’hebdomadaire L’Intelligent ( Jeune Afrique) l’a interviewé dans son
numéro 2346 du 2 janvier 2006. Dix jours que personne en Algérie n’a réagi.
Quand je dis personne, je pense en premier à cette justice si prompte d’habitude
à dégainer lorsqu’un chroniqueur ou un caricaturiste égratigne un
président ou une institution et qui, là, ne bouge pas, ne bronche pas, ne s’autosaisit
pas devant les propos de Madani Mezrag, le boucher de l’AIS. L’homme
(excusez l’emploi de ce terme pour Mezrag) affirme sans se démonter d’une
culasse qu’il a tué de ses “propres” mains. Il a même un souvenir
précis de ce militaire qu’il a assassiné lors d’un traquenard tendu à un
convoi de l’ANP. Il se souvient tellement bien qu’il donne de cet
événement des détails sordides, horribles : “C’était en 1993, à Jijel.
Le jeune militaire agonisait encore lorsque j’ai arraché le kalachnikov de
ses mains. J’ai gardé cette arme pendant plusieurs années, mais je l’ai
toujours détestée parce qu’elle m’a toujours rappelé les râles de ce
militaire au moment où il rendait l’âme.” Quelle est cette loi, fût-elle
l’amnistie accordée à Mezrag et à ses 5000 hommes, qui permet que de tels
crimes soient impunément assumés dans les colonnes d’un journal ? Quels sont
ces juges, pas surbookés pour un sou, qui peuvent faire mumuse avec les
saltimbanques que nous sommes, les guignols que nous sommes, qui ont du temps à
perdre à nous demander à longueur d’interrogatoires ce que nous avons voulu
insinuer derrière nos vannes à deux balles, et qui n’ont bizarrement pas une
minute à consacrer à cet honorable tueur assumé et revendicateur qu’est
Mezrag ? Quelle est cette armée qui ne peut même pas protéger la mémoire de
son jeune bidasse dont Mezrag décrit avec une minutie sadique les longs râles
et la lente agonie, cette armée qui ne peut même pas empêcher qu’un
terroriste remue son couteau dans les plaies encore vives de la famille de ce
jeune militaire ? Cette république de la répression contre des journalistes et
du silence complice devant Madani Mezrag est une république déjà en lambeaux.
Et Mezrag l’a bien compris qui déclare dans la même interview à L’Intelligent:
“Nos idées vont finir par triompher en Algérie. Je suis convaincu à 100 %
que le courant islamique va dominer la société.” Tu l’as dit, yal bouchi !
Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.
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