Samedi 14 Janvier 2006
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DES MOUTONS A LA MECQUE !

Par Hakim Laâlam  
Email : laalamh@yahoo.fr
“Quand je vous disais qu’il ne fallait pas tenter le diable.”

Ni lui jeter la pierre…

C’est toujours bien de mener une lutte implacable aux agences de voyages qui font du business sur le dos des pèlerins. C’est faire œuvre d’utilité et de salubrité publiques que d’avoir procédé au toilettage dans l’aquarium à requins de certains tours opérateurs qui s’étaient sucrés au pied de la Kaâba sur le dos des pauvres hadjis partis se “laver les os” et se purifier l’âme. Les autorités algériennes ont bien fait lorsqu’elles ont réglementé cette activité et dressé un cahier des charges des voyagistes aptes à traiter ce genre de déplacements particuliers. Mais au bout du compte macabre des bilans qui nous parviennent ces dernières heures, était-ce bien nécessaire de procéder à cette grande lessive si, dans le même temps, les autorités, redevenues seules maîtresses à bord de l’opération “hadj”, ne sont pas capables de nous dire où sont nos pèlerins et comment ils se portent ? Coup sur coup, d’abord dans l’effondrement d’un hôtel la semaine dernière à La Mecque et qui avait vu la mort de 76 personnes, et là maintenant, avec cette bousculade à Mina, les autorités algériennes se sont à chaque fois empressées de dire dans un premier temps qu’il n’y avait pas de victimes pour, ensuite, se raviser et reconnaître le décès d’Algériens. Comme s’il fallait, là aussi, de la même façon que l’on gère la maladie, gérer les accidents par le démenti, d’abord. Nos autorités, dans un inouï et incompréhensible réflexe d’autodéfense, démentent une information, puis en minimisent la gravité pour finir par l’admettre, la reconnaître, l’endosser, avec beaucoup de retard, bien évidemment. Pourtant, rien n’oblige les responsables et encadreurs du “hadj” à postillonner un “tout va bien” au premier micro qui se tend vers la bouche. Rien ! Bonté divine, prenez le temps d’appeler, de faxer, de mailer, de joindre vos contacts avant de dire que tout va bien. Reconnaître qu’il y a des morts dans un accident dû à la négligence des autorités saoudiennes ne va pas mettre en danger notre diplomatie, déséquilibrer notre balance commerciale ou compromettre la prochaine campagne moissons-battages. S’il y a des morts algériens, le dire n’amènera pas les encadreurs devant le peloton d’exécution dès leur retour à Alger. Et si, tout de suite après le drame, on n’a pas l’info, on se tait, on temporise et on explique que l’on collecte l’information. Car, là, il s’agit de vies humaines. Que je sache, l’Algérie envoie des êtres humains au pèlerinage, pas des moutons. Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.

H. L.

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