Panorama : A FONDS PERDUS
L’or a la cote
Par Ammar Belhimer ammarbelhimer@hotmail.com


On dispose de très peu d'informations chez nous sur une richesse dont nous sommes également producteurs depuis peu et qui vient de révéler son importance en 2005. L'or est décidément l'un des placements les plus rentables aujourd'hui. Il a, en effet, franchi en 2005 la barre des 500 dollars l'once (une once pèse 31,1034 g) pour la première fois depuis 18 ans, en 1987, encouragé par un optimisme généralisé à son égard, et promettant par la même occasion de nouvelles hausses au cours de la nouvelle année.
En 2005, l'once a bondi de près de 18 %, pour finir l'année aux alentours de 513 dollars. Lors de la conférence annuelle du London Bullion Market Association qui s'est tenue à la minovembre dernier à Johannesburg (Afrique du Sud), 89% des participants, tous des experts, voyaient l'or progresser et 46% le voyaient atteindre 550 dollars d'ici juin 2006. L'avenir immédiat semble témoigner d'une évolution au-delà de leurs espérances : l'once d'or s'approche aujourd'hui de la barre des 550 dollars et rien n'arrêtera cette progression puisque tous les experts sont unanimes pour dire que “techniquement, la tendance reste haussière à moyen terme”. Les experts n'écartent alors pas qu'il atteigne un autre record historique : son niveau de janvier 1980, lorsqu'il avait atteint 873 dollars. Revenons sur 2005. On attribue cette surchauffe des prix de l'or à la demande inattendue des investisseurs et des spéculateurs d'Asie et des Etats-Unis. Certes, lorsqu'on inclut l'offre minière, les ventes de banques centrales et le recyclage de vieil or, la production était d'environ 200 tonnes supérieure à la demande physique de la joaillerie et de l'industrie au premier semestre — dans l'industrie, les achats des secteurs de la prothèse dentaire et des composants électroniques ont augmenté de 6 % sur un an et ceux de l'orfèvrerie de 2 % —, mais ce sont surtout les achats des investisseurs qui ont franchi un niveau jamais égalé en rendant son offre insuffisante. Et rien ne semble arrêter cette tendance principalement alimentée par les investisseurs et des spéculateurs. Cette poussée est donc moins le fait des difficultés des mines, notamment sudafricaines, à maintenir leur production que d'une croissance de la demande. Les tonnages achetés ont en effet augmenté de 20 % en 2005, mais ils étaient insuffisants à satisfaire une demande trop longtemps déprimée qui n'a pas incité les producteurs à rechercher de nouveaux gisements aurifères. Lorsque les cours ne dépassaient pas les 250 dollars, les budgets d'exploration étaient saignés à blanc. Les opérations de prospection pour exploiter de nouveaux gisements aurifères n'étaient alors pas rentables puisque les cours de l'or ne couvraient pas ceux de la prospection. Les compagnies aurifères avaient par ailleurs d'autant moins intérêt à multiplier leurs investissements dans les mines d'or que le dollar, la devise qui sert à régler les factures d'or au niveau mondial, perdait de sa valeur face à leur monnaie. Et cette relative faiblesse du billet vert a aussi poussé à la hausse la demande du métal précieux. On associe habituellement “les bijoux de famille” à l'or ou à la pierre mais, si on s'explique aisément cette spéculation, par ailleurs légitime, sur l'or par la recherche du gain ou d'une épargne moins dépréciée, l'intervention des investisseurs a lourdement interpellé les analystes. Leurs achats d'or se sont envolés, bondissant de 56 % en tonnage. La surprise s'atténue lorsqu'on sait que les investisseurs ne mettent pas leurs œufs dans le même panier et qu'ils cherchent généralement à diversifier leur portefeuille. Ils ont vu et voient dans l'or un investissement alternatif aux obligations et aux devises. Le métal jaune est en outre perçu comme un bouclier de protection contre les risques d'une inflation qui reste pour l'instant modérée et contenue aussi bien par la Banque centrale européenne que par la Federal Reserve, mais, risque, à plus long terme, de progresser aux Etats-Unis et partout ailleurs dans le monde. Les banques centrales asiatiques participent également, et fortement, à l'envolée du prix de l'or : par le rééquilibrage de leurs réserves de change. Leur nouvelle politique : moins de dollars (les Chinois en ont trop) et de yen, plus d'euros et, surtout, de lingots d'or. La rationalité, peut-on dire, des investisseurs n'est pas restée sourde à ce rééquilibrage asiatique. Elle renvoie aussi à des informations soutenant la possibilité que les pays pétroliers se reporteraient sur le métal jaune pour diversifier leurs placements et recycler les énormes bénéfices tirés de la hausse des prix de l'énergie. Last but not least : la croissance asiatique augure d'une consommation accrue de l'or. En effet, avec une croissance soutenue à deux chiffres et sa masse de consommateurs, l'Asie n'arrête pas de relancer le marché de l'or. L'Inde consomme à elle seule 520 tonnes (chiffre de 2004) . L'or a une grande place dans la vie indienne, et au fur et à mesure qu'ils s'enrichissent, les Indiens achètent plus de bijoux en or. Avec la Chine, ce sont les deux plus grosses puissances démographiques de la planète, et toutes les deux sont économiquement aussi fortes qu'émergentes. En Inde comme ailleurs, la bijouterie continuera d'absorber l'essentiel de la production mondiale d'or, mais le métal jaune a aussi retrouvé son statut de refuge pour les particuliers. La fonction de “réserve de valeur de l'or” existe encore dans de nombreux pays en développement, comme chez nous. En 1999, dans un discours devant le Senate Banking Committee, le patron de la Réserve fédérale américaine, Alan Greenspan, rappelait en effet : “L'or représente encore l'ultime forme de paiement dans le monde. Dans le pire des cas, la monnaie fiduciaire n'est plus acceptée par personne alors que l'or l'est encore.” Un pays se frotte les mains de cette embellie : le Canada. Le plus gros producteur d'or de la planète est désormais canadien. Avec l'achat de son compatriote Placer Dome (5e producteur au monde), pour 10,4 milliards de dollars, le groupe aurifère Barrick Gold, qui se plaçait jusqu'à présent sur la troisième marche du podium, supplantera le numéro 1 mondial, l'américain Newmont Mining, basé à Denver (Colorado). La nouvelle entité disposera de réserves d'or prouvées et potentielles atteignant 169 millions d'onces, contre 100 millions d'onces pour l'américain Newmont. La nouvelle Barrick Gold devrait livrer plus de 8 millions d'onces d'or par an, à un coût de revient d'environ 250 dollars l'once. Aux cours annoncés du marché, les profits s'annoncent juteux. Les petits producteurs pourraient cependant mieux s'en sortir que les géants de l'industrie, en raison de leurs moindres coûts. Et c'est là que notre pays retrouve toutes ses chances. Dans un entretien accordé à WINNE (World Investment News), M. Nouioua, le Pdg d'Enor (entreprise d'exploitation des mines d'or) — dont l'ouverture du capital à des partenaires algériens (Sonatrach pour 34%, la Banque d'Algérie pour 34% et la SAA) en 1996 l'a porté à 16 millions de dollars l'année suivante — se montre confiant quant aux perspectives d'exploitation des gisements de la région de Tirek-Amesmessa, localisée dans le Hoggar algérien. M. Nouioua est un ingénieur en génie minier, gradué de l'université Laval du Québec en 1985 qui a, par là, exercé en tant que chercheur à l'université Laval sur les méthodes de conception assistée par ordinateur pour la modélisation des gisements d'or au Canada. De retour en Algérie, il a continué à travailler dans la recherche et le développement au niveau du Haut-Commissariat à la recherche. En 1993-1994, il rejoint l'Enor, pour passer en revue les réserves en or et tous les modèles de l'Enor — d'abord en tant que responsable des études et engineering au niveau du CREM, Centre de recherche et d'exploitation des matériaux (entre 1994 et 1997), puis en tant que membre du conseil d'administration jusqu'en 1998 où il avait été nommé président du conseil. On lui doit l'ouverture de la mine de Tirek en 2001, l'édification de l'industrie minière aurifère en Algérie. Une œuvre de 4 ans de labeur, sans relâche, qui a abouti à faire du Hoggar une région minière. “Nous avons travaillé dans les pires conditions: pendant six mois de l'année la température est supérieure à 45°C, les vents de sable fréquents, la ville la plus proche est à 400 km, un isolement total. Tout ça a demandé beaucoup d'acharnement. Nous avons réalisé le projet en 28 mois, ce qui est relativement court dans une région aussi difficile qu'isolée”, témoigne-t-il. Enor a bénéficié d'un premier financement sudafricain (85% des montants nécessaires à l'usine et au laboratoire de Tirek) sans faire appel à la garantie de l'Etat. Elle traite actuellement 200 tonnes de minerai par jour, pour une teneur moyenne d'alimentation de 12 grammes par tonne. Comparativement, certaines mines traitent 2 grammes à la tonne mais elles jouent sur les économies d'échelle en exploitant des tonnages beaucoup plus importants. Ces perspectives ont amené le consortium australien Gold Mines of Algeria à acquérir 52 % des parts de l'entreprise publique Enor pour 14 millions de dollars, en vue de poursuivre l'exploitation du gisement aurifère de Tirek- Amesmessa. Enor dispose d'un deuxième projet à Amesmessa avec des réserves de près de 1,6 million d'onces d'or. L'Algérie enregistre les troisièmes réserves d'or du monde arabe, avec 173,6 tonnes, et produit 365 kg du précieux métal chaque année. Qui doute de l'après pétrole ?
A. B.

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