Culture : BEO/LIBRAIRIE INTERNATIONALE CHIHAB
L’heure du bilan !


Mardi dernier, les clients habitués à fréquenter la librairie Chihab au cœur du quartier de Bab-El-Oued ont dû rebrousser chemin face à un rideau baissé. Il n’y avait, cependant, aucune raison de s’alarmer puisqu’il s’agissait seulement de la fermeture annuelle pour cause “d’inventaire”.
Cet inventaire, les responsables de la librairie et de l’édition Chihab ont choisi de le faire de deux manières différentes : sur les rayonnages avec les inévitables décomptes, mais aussi, et en même temps, en forme de rencontre autour d’une table à laquelle ont été conviés journalistes, éditeurs et auteurs, pour parler livres et bilan 2005, et peut-être essayer de joindre les deux. Mohamed Beghali, journaliste à El Khabar, Rachid Mokhtari de la Radio algérienne et Djamel Challal de Radio Bahdja ont, avec les responsables de la librairie et les autres invités, animé cette rencontre teintée d’une ambiance amicale. En guise d’ouverture, une pensée à Sadek Aïssat, Nadia Abeer et tous les autres acteurs de la culture algérienne qui ne sont plus de ce monde, sans toutefois oublier celles et ceux qui sont toujours parmi nous et qui, en revendiquant leur algérianité, accomplissent des exploits un peu partout dans le monde, telle que Aïssa Djebar ou encore Maïssa Bey. Pour commencer, Rachid Mokhtari a tenu à évoquer son coup de cœur littéraire pour l’année 2005 qui est le roman de Nourredine Souidi, La Nuit des origines, une des rares parutions, dit-il, qu’“on peut qualifier réellement de roman, les autres étant souvent des écrits dans des styles apparentés au roman : récit journalistique, autobiographique, etc.” Mohamed Beghali déplorera le manque de renouvellement dans la littérature écrite en arabe. “On n’arrive pas à sortir de l’autobiographique et des sujets qui tournent autour de la décennie noire”. Quant à Djamel Challal, même s’il constate aussi une certaine “stagnation du livre”, il se dit quand même satisfait du développement de certains éditeurs, à l’image d’Apic ou Enag qui font du travail de qualité et réussissent à être en phase avec les débats d’actualité. Le débat s’est tourné par la suite vers la presse et son rôle dans la promotion du livre. Il était question des pages culturelles des quotidiens. Certains journalistes ont souligné les difficultés rencontrées, comme le manque de communication avec les éditeurs ou de se procurer les livres. Des problèmes de trop quand on sait le combat continuel contre les pages de pub qui font “automatiquement sauter la culturelle”. Dans le même sujet, M. Mokhtari a regretté l’absence dans les rédactions de lecteur institué, “mais faut-il déjà recevoir les livres” ? Quant aux suppléments culturels hebdomadaires, seuls les grands journaux peuvent se le permettre, précise, Djamel Challal, “ce sont les seuls capables de payer la collaboration des auteurs sans pour autant compter sur le revenu des pubs”. M. Beghali a, d’ailleurs, annoncé que le supplément culturel d ’El Khabar va bientôt retrouver le chemin des buralistes. La rencontre s’est clôturée avec un tour de table sur le Salon international du livre à Alger et le piratage. Si pour le second point les avis étaient partagés, pour le Sila, tous se sont accordés à dire que la prochaine édition sonnera comme l’ultime rendezvous. Ou on le laisse définitivement “glisser” vers le “bazar” ou on le sauve pour lui faire reprendre sa vocation initiale, à savoir un grand rendez-vous pour les rencontres littéraires et scientifiques.
Yacine Hirèche

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