Actualités : CATASTROPHES NATURELLES
Cafouillage chez les assureurs


Une année après son institution, l’assurance catastrophes naturelles a du mal à se faire une place, aussi petite soit-elle, parmi la multitude de produits que proposent les assureurs. Le manque de communication et de démarche marketing y serait pour beaucoup.
Saïda Azzouz - Alger( Le Soir) - L’indifférence en ce qui concerne l’assurance des catastrophes naturelles, CAT-NAT, pour les professionnels est avérée. Les assureurs semblent frileux, pour ne pas dire réticents. Les assujettis eux, en l’occurrence les citoyens, ne s’en soucient pas outre mesure. Instaurée après les inondations de Bab-el- Oued et les tremblements de terre de Aïn- Temouchent et Boumerdès, elle est obligatoire depuis le 1er septembre 2004. Une corvée pour l’assureur, un non-événement pour le citoyen. Quand, par obligation, les deux se rencontrent, très souvent c’est le dialogue de sourds. Il y a mal donne. C’est ce qui ressort d’un reportage que nous avons réalisé dans plusieurs agences de la capitale, tout assureur confondu. La scène à laquelle nous avons assisté dimanche dernier dans une des agences d’un assureur public se déroule sous le regard indifférent des employés de l’agence et des citoyens présents. Elle pourrait être celle d’un mauvais sketch chorba. Et elle se répétera encore et encore. “Je veux assurer ma maison contre les catastrophes naturelles”, indique, après une interminable attente, un client à une employée de cette agence. La jeune femme ne répond pas, elle ne semble pas voir le quinquagénaire qui lui fait face. Il insiste. Elle persiste ! Pour toute réponse, elle exhibe une pile de documents avant de se remettre à malmener le clavier de son micro-ordinateur. L’homme qui ne dit plus rien attend sagement que la demoiselle daigne enfin s’occuper de lui. De temps à autre, il se tourne vers ses concitoyens qui attendent patiemment leur tour et cherche un regard de compassion. Le silence entretenu qui règne dans cette agence d’assurances, aux murs tapissés d’affiches publicitaires qui invitent l’Algérien à s’assurer contre les catastrophes naturelles en rappelant les inondations de Bab-el- Oued et le séisme de Boumerdès, est rompu par des cris de colère. “Cela fait un an que j’attends mon chèque de remboursement, que je vais et je viens et vous me demandez de revenir… Je ne quémande pas, c’est mon argent que je demande… Vous n’êtes pas sérieux… Je veux voir le chef d’agence.” Ces propos sont répétés telle une rengaine. Il hausse le ton au grand bonheur des présents qui lancent au jeune homme un regard complice et encourageant. C’est le dégel, les clients s’impatientent et le font savoir, les employés sont en apparence imperturbables mais il est évident que la révolte d’un des clients de l’agence les a secoués. “Comment voulez-vous assurer votre maison ?” demande, enfin, l’employée au quinquagénaire qui n’en revient pas qu’on daigne s’occuper de lui. “Catastrophes naturelles, il paraît que c’est obligatoire.” Une touche sur le clavier, un coup d’œil sur l’écran du micro-ordinateur, un formulaire que l’on commence à remplir, tout paraît simple, l’employée parle même de devis en fonction de la zone d’habitation et de sa date de construction. Puis tout “bascule” quand il est question de l’acte de propriété. Document que l’assujetti ne possède pas encore. Elle le lui exige faute de quoi elle ne peut établir l’assurance. A la place de l’acte de propriété, le client propose la mainlevée de la Cnep. “J’ai soldé mon appartement, mais nous n’avons pas encore d’acte de propriété pour un litige sur l’assiette de terrain…” Il ne termine pas sa phrase. L’employée l’arrête net : “Désolée, je ne peux rien pour vous. Revenez dès que vous aurez l’acte de propriété.” L’homme, visiblement estomaqué par le “verdict”, insiste et juge utile de préciser à l’agent que le contrat d’assurance lui a été exigé par le notaire pour un contrat de location : “Il ne peut établir l’acte notarié que si j’ai le contrat d’assurance catastrophes naturelles.” La jeune fille s’excuse de ne pouvoir l’aider et invite un autre client à se présenter. La scène n’a pas échappé à un cadre venu solliciter un avenant de subrogation pour son assurance véhicule. Discrètement, il explique au quinquagénaire qu’il est en droit d’assurer sa maison quand bien même il n’aurait pas d’acte de propriété. Il lui suggère de ne pas trop insister et d’aller tenter sa chance ailleurs dans une autre agence, de préférence dans une autre compagnie. La quête nous la tentons avec lui. Des réponses farfelues, il y en aura. A l’image de cet employé d’un agent assureur qui s’offusque que l’on cherche à assurer un logement contre les catastrophes naturelles : “Que faites-vous de la décision divine ? Qu’est-ce qu’un logement si vous, vous n’êtes plus là ?” On coupe court à la discussion en évoquant l’obligation par la loi 03-12 du 26 août 2003 ; il juge utile de préciser que c’est une ordonnance qui n’a toujours pas vu de textes d’application d’où le flou quant à la présentation ou non d’un acte de propriété. Il n’en dira pas plus, nous suggérons de revenir le lendemain pour rencontrer l’agent responsable des assurances des biens immobiliers, lui ne s’occupant que des grosses entreprises et non de particuliers. Des réponses du genre, on en aura des masses. Elles différeront d’une agence à une autre, ou plutôt en fonction du profil de l’employé qui nous reçoit. Au bout de la cinquième tentative, on nous parle enfin de formulaire à remplir et de devis, on apprend même que le formulaire pour ce faire est disponible sur internet. En fait, il n’est pas exigé grand chose de l’assujetti. Il s’avère que même les biens immobiliers illicites, construits avant l’entrée en vigueur de la loi, doivent être assurés contre les catastrophes naturelles. On se demande, dès lors, pourquoi dans certaines agences d’assurances on s’entête à exiger un acte de propriété pour la Cat-Nat.
S. A

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