Dimanche 22 Janvier 2006
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J’AI DONNÉ MA LANGUE AU CHAT, IL N’EN A MÊME PAS VOULU !

Par Hakim Laâlam  
Email : laalamh@yahoo.fr
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Même s’il ne faut y voir aucun lien, comme à l’habitude dans cet espace, en ces moments de grève dans l’enseignement, de malaise profond chez nos profs payés des salaires de misère ne couvrant même pas une facture de gaz et d’électricité en hiver, je veux vous faire part aujourd’hui d’une expérience que je trouve particulièrement intéressante. En France, dans quelques écoles pilotes, une formule d’enseignement des langues étrangères est testée en ce moment : LES CLASSES BILANGUES. Si ! Si ! Vous avez bien lu, il ne s’agit pas d’une confusion avec bilingues, mais bien de classes bilangues. Dans une même classe, des enfants de sixième apprennent en même temps deux langues étrangères. Dans le reportage diffusé vendredi dernier par TF1 sur le sujet, des écoliers se parlaient, se posaient des questions et en posaient à leur enseignante indifféremment, en anglais et en allemand. A une question posée dans la langue de Shakespeare, on peut répondre dans la langue de Goethe. Bien sûr, il faudra encore attendre les conclusions des pédagogues en charge du suivi de ce chantier linguistique, évaluer les premiers résultats pour poursuivre l’expérience telle quelle ou la réajuster. Je suis convaincu que cela va être fait. Archi convaincu. Il y a comme ça des convictions que favorise une société où un postier peut devenir chef d’un parti politique, et continuer à distribuer le courrier. J’ai donc l’intime conviction que les classes bilangues vont faire leur chemin. Et pourquoi pas des classes trilangues ou quadrilangues. Je ne m’inquiète pas pour eux. Par contre, au moment où le monde s’inscrit dans le multilinguisme, dans l’ouverture tous azimuts sur les langues et cultures du monde, je ne peux m’empêcher de m’inquiéter pour des enseignants touchant à peine 12000 DA, qui se font embarquer, interroger et “juridictionner” dès qu’ils sortent manifester. Je ne peux aussi m’empêcher de m’inquiéter pour un pays où, au sujet d’une langue parlée par des millions de gens, un mortel, rien qu’un mortel, un plus que jamais mortel peut se permettre de dire “cette langue ne sera jamais langue officielle”. Sinon, mis à part tout ça, et comme je l’écrivais en début de chronique, il n’y a bien évidemment aucun lien entre l’expérience de bilanguisme en cours en France et le drame actuel des enseignants algériens. Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.

H. L.

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