|
Et pendant ce temps-là, que fait Lakhdar Brahimi ?
C’est juste une question…
Qui mieux qu’un enseignant pour raconter le drame d’une profession ? C’est
d’autant plus vrai lorsque cet enseignant ne manque pas d’humour, trouve le
ressort de la dérision pour raconter l’inracontable, narrer l’inénarrable. Cette
lettre postée dans ma boîte mail m’a, tour à tour, fait sourire, rager, rire et
maudire ce système affameur qui, du haut d’une vigie qui elle-même surplombe le
“Fort Knox algérien”, trouve illégitime toute revendication salariale. Alors
plutôt que de m’allonger d’une énième chronique sur la légitimité du combat des
enseignants, je préfère vous donner à lire la lettre de ce prof : “Bonjour,
J’apprends depuis seulement quelques jours, grâce à une chaîne de télévision
française, que les profs les moins bien payés en Europe se trouvent en Italie,
qu’un jeune prof de lycée de ce pays ne toucherait que 1 000 euros le mois.
J’avais donc, avec ce chiffre en tête, la possibilité de “comparaiser” avec le
salaire du prof algérien titulaire et cumulant pas moins de 20 ans d’expérience
que j’étais et que je suis encore. Après calcul et re-calcul, je conclus que ma
paie ne représente guère plus du sixième de ce que touche mon homologue italien.
J’ai pu alors mesurer, le cœur lourd, l’étendue de l’injustice qui me sépare de
lui. Lui, qui, en ces moments d’hiver, doit se chauffer dans son bel
appartement, au gaz de mon pays, cependant que moi, mes deux enfants et ma
petite femme chérie, occupons toujours deux pièces non chauffées dans la maison
des parents. C’est pas pour déverser sur vous, Monsieur Laâlam, l’amertume que
j’ai dans le cœur que je vous écris, mais je voulais juste donner un exemple
concret qui illustrerait la justesse de vos propos. Mes remerciements.” Il
paraît qu’aucune détresse, qu’aucune souffrance ne peut justifier que l’on
bouffe l’argent du pétrole. Il paraît qu’une redistribution plus équitable des
richesses nationales serait pure démagogie. Il paraît aussi qu’on ne peut pas
indéfiniment fumer du thé pour rester éveillé, car le cauchemar, un jour ou
l’autre, c’est inéluctable, devra s’arrêter.
H. L.
|