Mercredi 01 Février 2006
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Régions Centre : BOUMERDES
Une grève et des non-dits à l’entreprise Socothyd des Issers


La Socothyd des Issers (Boumerdès) se retrouve au milieu d’un conflit syndico-syndical, fort préjudiciable quant à son avenir et celui des centaines de travailleurs. Pour l’énième fois, en effet, les centaines de salariés de l’unité principale, implantée dans la ville des Issers et qui compte un effectif d’environ 600 entre agents de production et employés administratifs ont observé ce dimanche un débrayage durant une demi-journée.
La nouveauté du nouveau coup de colère concerne l’interdiction faite au président-directeur général de l’entreprise, M. Mustapha Achaïbou, de rejoindre son poste de travail et la demande d’une commission d’enquête. De même que, selon un exsyndicaliste de cette unité, l’inspecteur de travail dépêché probablement pour faire un constat a été également empêché par les protestataires de pénétrer dans l’enceinte de la société. A l’entrée de l’usine plusieurs banderoles étaient suspendues aux portails. On pouvait y lire des slogans hostiles au P-DG. A l’intérieur plusieurs groupes se sont formés. Au milieu de l’un d’eux, M. Mekkeri, ex-chargé de l’organique de la section syndicale dissoute en juin 2005, par l’union locale de l’UGTA de Bordj-Menaïel, répond à nos questions. “Cette grève est organisée exclusivement sur l’initiative des travailleurs pour exiger le départ du P-DG et l’institution d’une commission d’enquête”, nous affirme- t-il sous l’approbation générale. Aucune autre revendication n’a été formulée. Concernant les griefs retenus pour exiger le départ du P-DG, nous n’avions eu aucune réponse. Quant à l’objet de la commission d’enquête. “Elle viendra puis on verra”, clame l’ex-syndicaliste qui ajoute : “Exigeons qu’elle (commission d’enquête) remonte dans ses investigations jusqu’à de la suspension du syndicaliste Cherifi en 2003.” L’assistance nous informe qu’en absence de représentants légaux des travailleurs, un comité des sages a été désigné par le personnel. Accompagné d’une dizaine de grévistes, nous nous rendîmes dans le bureau de Benffetoum, chef de département et président du comité des sept sages. Ce dernier insiste pour dire que ce comité avait été créé sur proposition des cadres de l’entreprise et les soutien de tous les travailleurs de la Socothyd. “Pour la préservée de l’instabilité”. Questionné sur les motivations ayant abouti à l’exigence du départ de leur président, il affirme : “Je ne le sais pas.” Eberlué par cette réponse, nous insistions sur la question : “Je vous dis que je ne sais rien de cette exigence”, insiste-t-il en présence des grévistes. Sur la demande d’une commission d’enquête, il est pareillement resté évasif. Par la suite, il a fustigé l’union locale de Bordj-Menaïel et l’union de wilaya de Boumerdès, accusées de faire cas de hogra envers les travailleurs de la Socothyd et il asséna : “Les responsables de ces structures sont une véritable catastrophe pour notre entreprise !” Pour preuve, il nous a longuement relaté les efforts accomplis par le comité, qui n’a pas, selon lui, l’ambition de se substituer à un syndicat, pour tenter d’assainir le climat instable et de parvenir à organiser une assemblée générale élective. Selon ses dires, les instances verticales de l’UGTA ont signifié une fin de non-recevoir. Il nous exhibe, par ailleurs, une pétition, signée par 91 % des travailleurs et demandée par un membre de l’exécutif de la Centrale syndicale en vue d’organiser des élections de délégués. Ce haut responsable aurait fait volte-face à la dernière minute. Benfettoum a reconnu au grand dam de certains grévistes anti-P-DG, présents dans son bureau que l’administration de la Socothyd n’a pas cherché à entraver le travail du comité qu’il préside. Vers 14 h, la sirène de l’usine retentit pour appeler à une assemblée générale qui s’est tenue dans un hangar en construction. D’emblée, un membre du comité des sages a appelé les travailleurs à faire cas de vigilance et reprendre le travail après cette réunion. L’approbation est générale : “Nous travaillerons jeudi et vendredi pour récupérer les pertes”, crient l’assistance, indiquant tout de même que le collectif est mobilisé pour la sauvegarde de son entreprise. Par la suite, Benfettoum propose, pour plus de démocratie et d’équité, que la question relative à l’exigence du départ de Achaïbou, soit soumise au vote à bulletins secrets. Il a été vite débordé par deux anciens représentants des travailleurs qui avaient demandé à ceux qui sont pour le départ du P-DG de lever la main. Elles étaient avidement nombreuses. Par contre, dans cette ambiance aucun geste ne pouvait être visible pour le non. M. Mekkeri prend la parole pour revenir sur les raisons de la dissolution de la section syndicale par l’UL de Bordj-Menaïel : “On ma dit : écarte- toi nous avons un travail à terminer.” Il n’en dira pas plus mais ses non-dits incitent à penser à des intérêts occultes. De son côté, Achaïbou qui se trouve entre le marteau et l’enclume dit ne pas pouvoir reconnaître un syndicat rejeté par sa propre tutelle. “Cette absence de plusieurs mois de représentation et de canaux de communication qui nous dépasse ne contribue pas à renforcer la sérénité au sein de notre personnel à un moment crucial de la vie de l’entreprise. Nous la déplorons.” Il se montrait néanmoins clame et lançait un appel à la sagesse et la modération des travailleurs qui avaient calmement repris leur travail. Cependant, le numéro un de cette entreprise a fait constater par un huissier de justice l’illégalité de cette grève. “Une plainte sera déposée contre cinq manipulateurs”, nous a-t-il confié. Effectivement, dès le lendemain (lundi), le tribunal de Bordj-Menaïel, saisi en référé, a ordonné que cesse l’entrave faite à Achaïbou dans l’exercice de ses fonctions. Lundi 30 janvier, dans la matinée, le tribunal de Bordj-Menaïel a ordonné l’ouverture de la porte de la direction générale de l’entreprise sous escorte et le rétablissement dans ses fonctions du P-DG, M. Achaïbou, comme il a condamné les cinq initiateurs de la grève à 30 000 DA de dommages et intérêts par jour.
Abachi L.

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