
Panorama : PARLONS-EN Des crimes presque parfaits Par Malika BOUSSOUF malikaboussouf@yahoo.fr
Cela fait des années qu’à défaut d’investissements étrangers qui se bousculent, ce sont les détournements en cascades qui émaillent la vie quotidienne et fragilisent l’équilibre déjà entamé du Trésor public. Avec l’arrivée de la nouvelle équipe, au pouvoir depuis sept ans déjà, les choses ne se sont pas arrangées. Les scandales financiers qui se sont succédé, depuis la très médiatisée affaire El Khalifa, ont atteint de telles proportions qu’ils auront fini par sérieusement entacher la crédibilité d’une équipe pourtant aux commandes mais impuissante quand même à stopper pareille hémorragie. Les malversations qui ne se comptent plus prennent une ampleur effarante pendant que les autorités, indémontables, s’exercent à en minimiser l’impact sur la bonne santé de l’économie nationale. Que ne ferait-on pas pour encourager l’investissement extérieur ! On serait même prêts à brader les entreprises, inventoriées comme défaillantes, à de possibles repreneurs étrangers pour peu qu’ils consentent à s’installer chez nous ! Après une telle saignée des caisses de l’Etat, on pourra toujours s’échiner à vouloir rassurer ces derniers. Et on pourra toujours affirmer que les futurs contrats conclus par les banques nationales seront passés au crible. Pourquoi ne l’a-t-on pas fait auparavant ? Pourquoi n’a-t-on pas préparé le terrain avant de s’aventurer à courtiser l’extérieur ? Et dire que le détournement à la BNA de 2 000 milliards de centimes n’a pas vraiment ébranlé les hauts responsables du pays ! Et dire que ces mêmes hauts responsables persistent à faire montre d’un sang-froid toujours aussi ahurissant ! La multiplication des malversations bancaires qui affaiblissent le pouvoir d’achat, en décalage avec ce que le pays engrange comme dividendes, les a à peine fait sourciller. Beaucoup d’experts avisés avaient, aussitôt éventée l’affaire El Khalifa, attiré l’attention sur la fragilité de notre système financier et la déconsidération qu’engendrerait une économie non seulement à l’arrêt mais qui se complaît à puiser sa rente dans ses seuls revenus pétroliers. Les étrangers ne se bousculaient déjà pas au portillon au temps où toutes ces infamies étaient soigneusement étouffées. On voit mal comment les choses pourraient s’améliorer alors qu’elles sont étalées au grand jour. De deux choses l’une : soit le ministre des Finances se moque de nous, en affirmant que la réputation de nos banques étatiques n’est pas vraiment compromise, soit il cherche lui-même à s’en convaincre en se basant sur le fait que la nature des détournements soit, selon son appréciation personnelle, ordinaire ailleurs et donc admissible chez nous. Pour mieux faire avaler la pilule, le ministre nous a certifié, il y a quelques jours, que la dette extérieure de l’Algérie était passée de 32 à 16 milliards de dollars. Sans compter que l’embellie financière, que traverse actuellement notre pays, nous permettrait de protéger nos arrières en couvrant l’ensemble de nos importations pour les deux années à venir. Il est évident que la technique qui consiste à faire de la vente concomitante d’informations qui fâchent et d’autres censées consoler, et dont le système a tellement abusé, ne peut plus sérieusement calmer les esprits. Ainsi, quand Mourad Medelci nous annonce que 60 milliards de dinars ont pu être dégagés pour satisfaire, jusqu’en 2009, les revendications citoyennes, prioritaires, on ne peut s’empêcher de remarquer que les 20 milliards de dinars détournés à la BNA représentent, à eux seuls, le tiers de la somme destinée, dit-on, à alléger le malaise des Algériens. On s’engage ainsi d’ici 2009 à développer la production, à créer de l’emploi pour les chômeurs, à construire des logements pour les sans-abri et à promouvoir l’éducation et la santé. 2 000 milliards ! C’est un montant colossal pour un seul des préjudices portés au système bancaire national ! On vole et on transfert sur un compte étranger. On refait la même opération jusqu’à ne plus savoir où planquer l’argent avant de disparaître pour en jouir ailleurs. C’est alors que, comme par enchantement, les trous faits dans la caisse sont découverts ou dénoncés. Une équipe d’enquêteurs est alors mise sur pied pour faire un rai de lumière sur l’énorme pied de nez fait à la République. Au mieux, l’argent est en partie restitué, au pire, on parera à la critique en s’abritant derrière des réponses passe-partout, du type : “Je ne peux pas vous donner plus de détails. L’enquête est toujours en cours.” Lequel d’entre nous osera nier que les commissions d’enquêtes, depuis l’Indépendance à nos jours, ont toujours servi de linceul à la vérité ? Et puis, c’est encore une fois trop tard ! Les auteurs du détournement, qui avaient échappé à la vigilance de procédures aussi archaïques que celles pratiquées par la banque et usé de jeux d’écriture inaccessibles aux profanes, mais néanmoins décelables par un expert, coulent des jours heureux là où personne n’ira les chercher. Cela se passe comme au cinéma, dans les films de série B, avec la morale en moins à la fin de l’histoire. Les génies sont de l’autre côté de la barrière. Ce sont eux qui mènent la danse face à des commissaires aux comptes qui ne font pas leur travail par complaisance ou par ignorance de la chose comptable. Nos dirigeants font, comme toujours, preuve d’amateurisme. Ils ne réalisent pas que quand ils parlent d’embellie financière, ils s’adressent aussi aux centaines de milliers de chômeurs, aux millions de travailleurs qui revendiquent une augmentation de salaire et aux milliers d’autres qui attendent, invariablement, le paiement d’arriérés que leurs entreprises refusent de leur verser alors que rien dans le comportement de leurs employeurs n’indique qu’elles sont au bord de la faillite. Aux premiers, on promet des emplois, aux seconds, on conditionne une amélioration salariale par un accroissement de la productivité et aux troisièmes, on conseille de patienter ou à défaut de négocier dans le calme pour ne pas empoisonner l’atmosphère. Tous se doutent bien qu’il n’y aura ni création d’emplois, ni accroissement de la productivité, ni assainissement des établissements que l’on garde sous perfusion en attendant de les brader. Ce qui n’est pas évident à réaliser. Les observateurs avisés de la scène politique algérienne ont conclu depuis longtemps déjà que si Ouyahia faisait aussi peu cas du mécontentement populaire c’était qu’il savait à ce propos qu’ils n’influaient en aucune façon sur les choix des décideurs. Pourquoi ne pas plutôt garder le cap et s’agripper à ceux que le pas très futé responsable de l’exécutif pense avoir identifiés comme les réels promoteurs de la politique nationale qui officient ailleurs qu’au sein du monde ouvrier ? Qu’est-ce qui serait normal, M. Ouyahia ? Que l’on améliore les salaires de ses concitoyens ou que l’on minimise les dégâts engendrés par les auteurs de détournements colossaux commis de manière récurrente par de tristes individus nommés par l’exécutif pour gérer, entre autres, l’argent du contribuable ? Ce qui explique, en partie, le fait que l’on n’hésite jamais à récidiver quand le gros magot se révèle aussi accessible, c’est qu’aucune sévère sanction ne soit jamais prise à l’encontre des premiers responsables de la situation. Parions que bien des affaires sont étouffées lorsque les auteurs de graves infractions bénéficient de puissants appuis. L’homme de la rue est, pour sa part, convaincu que celles qui sont rendues publiques ne sont que la partie apparente de l’iceberg. Il était, en tout cas, inutile de déclarer, près de quatre mois après, que les personnes impliquées dans le scandale de la BNA étaient à la fois externes et internes à celle-ci. On savait déjà que jamais pareils actes n’étaient commis sans complicité interne et externe. M. B.
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