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Actualités : CE MONDE QUI BOUGE
La victoire du Hamas, un hold-up historique
Par Hassane Zerrouky


C’est quand même extraordinaire. Le Fatah, fondé en 1966 par Yasser Arafat, dont l’histoire se confond avec la lutte du peuple palestinien, battu par le Hamas, né 20 ans plus tard, en 1987. Pourtant, c’est le Fatah qui a déclenché la lutte armée en 1966. Le Fatah, c’est Karamé en 1968 sur les bords du Jourdain, d’où, lors d’une bataille, les blindés israéliens ont été contraints de se retirer de ce village.
C’est aussi l’épisode libanais, marqué par une résistance héroïque à Tell Zaâtar contre les milices de la droite libanaise, contre l’armée de Sharon ou aux côtés des forces démocrates libanaises. Qui ne se souvient d’Arafat, assiégé à Beyrouth, organisant la résistance palestinienne contre l’armée de Sharon avant qu’il ne soit contraint de quitter la capitale libanaise en 1982 pour Tunis ! Avec le FPLP de George Habache et le FDPLP de Nayef Hawatmeh, le Fatah c’est, malgré la répression israélienne, 20 ans de lutte, de sensibilisation, de structuration de la société palestinienne au prix de lourds sacrifices en vies humaines ayant abouti à l’Intifada de 1987. Et à cette formidable solidarité internationale qui risque de partir en fumée. Durant ces 20 années, le Hamas était inexistant parce que simplement il n’existait pas. De ce fait, sa victoire électorale est un vrai hold-up historique. Dernier arrivé sur la scène palestinienne, c’est pourtant lui qui a fini par récolter le fruit mûr. Il a partiellement réussi à effacer de la mémoire palestinienne ce passé historique, patrimoine des Palestiniens, au prix d’un travail de désinformation débuté vers la fin des années 70. Durant cette période des années 70-80 pendant qu’Israël menait une lutte impitoyable contre le Fatah et le FPLP à Gaza, les futurs fondateurs du Hamas préféraient composer avec l’occupant israélien. En effet, la Jamiaa el Islamiya, ancêtre du Hamas, est autorisé par Israël à activer au tout début des années 70. Son chef, Ahmed Yassine, de retour du Caire, fonde en 1978 l’université islamique de Gaza. Israël, qui voit dans le développement de l’islamisme un contre-poids au Fatah, laisse faire. L’administration militaire israélienne de Gaza lui construit des locaux ! Et à l’ombre d’un Mossad, pratiquant déjà des assassinats ciblés contre les militants du Fatah et du FPLP à Gaza, les islamistes tissent leur toile. Mieux, l’unique fait d’armes des groupes de Cheikh Ahmed Yassine a eu lieu en 1980. Non pas contre Israël mais contre l’OLP : l’attaque des locaux du Croissant-Rouge palestinien à Gaza pour en chasser le directeur, Hayder Abdel Shafi, figure historique du mouvement national palestinien. Il faudra attendre 1995, quatre ans après la signature des accords d’Oslo, et près de 30 ans après le début de la lutte armée, pour que le Hamas mène sa première action armée contre l’occupant israélien ! La question est de savoir comment le mouvement islamiste dont on a vu qu’il a été quasiment absent de la lutte historique palestinienne est parvenu en moins de 10 ans à voler la victoire aux organisations historiques palestiniennes. Pendant que les partis nationalistes palestiniens — Fatah, FPLP, FDPLP et autres — allaient au casse-pipe, les “Frères” se contentaient de faire des prêches, de l’aide sociale, se cantonnant dans une prudence qui finira par être payante politiquement. Car ces années 70-80, d’éradication du Fatah et du FPLP par Israël, sur fond d’arrestation de milliers de militants et d’exécutions sommaires de plusieurs dizaines de cadres, ont créé à Gaza un vide socio-politique que les Frères musulmans ont vite occupé pour tisser leur toile. Pour finir par devenir la première force palestinienne. Et aujourd’hui prétendre à la légitimité historique sur le mouvement national palestinien. La corruption qui a miné l’Autorité palestinienne ne doit pas effacer d’un trait, l’instant d’une élection, ce qu’a été le mouvement national palestinien dont le Fatah reste la principale composante.
H. Z.

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