En ce début 2006, il est bon de s’arrêter un moment pour donner la parole aux lecteurs de cette chronique. Voici les avis de ces Algériens anonymes qui signent souvent par un pseudonyme.
“Croyez-vous vraiment que les colons sont partis ?”
• Amine K. d’Aïn Beïda
“On nous raconte sans cesse la nécessité de moraliser la vie publique,
mais la corruption est justement tout autour de nous, dans toutes les hautes
hiérarchies qui ont un pouvoir de décision. Elle est dans les ministères,
les wilayas, les grandes sociétés, les élus et autres apparatchiks qui
jouissent d'avantages exorbitants et touchent des salaires, frais de mission
en euros et indemnités qui font rêver. Allez dire aux petits fonctionnaires
comme nous (et pourtant j'étais cadre) pourquoi ils n'arrivent pas à joindre
les deux bouts. Vraiment, nous vivons dans une Algérie complètement désaxée.
Croyez-vous vraiment que les “colons” sont partis ? Non, je ne le pense pas.
Nous n'avons fait que changer de maîtres. D'autres classes ont remplacé les
pieds-noirs.”
“Ce pays ne me fait plus rêver”
• Syphax ABBAS
“Je ne suis pas d’accord avec vos points de vue (conflit de
générations oblige !) Et il m’arrive même des fois de m’énerver et d’arrêter
de lire (ça ne dure généralement que 10 mn). J’ai à peine dépassé 20 ans et
contrairement à vous je n’ai connu que la période de destruction et d’exode.
Ce pays ne me fait plus rêver et pour cela j’en veux à votre génération à
vous qui refusez de voir la réalité en face. Non, vous ne vous inscrivez pas
dans la continuité de nos Chouhada. Vous étiez l’antithèse de Abane et Ben
M’hidi. Je pense que pour les masses populaires qui ont porté très haut la
Révolution algérienne, l’indépendance ne rimait pas avec
“autodétermination”, mais plutôt sortir de leur misère, manger à leur faim,
avoir droit à un logement décent et un niveau scolaire à même de leur
garantir une ascension sociale et cela apparemment à l’époque cela n’était
possible que par l’utopie socialiste.”
“Tous ces malades qui meurent dans l’indifférence”
• Un couple de Tlemcen
“Les citoyens de Tlemcen m’ont chargé de vous demander de ne pas oublier
dans votre chronique des temps sordides tous ces pauvres qui vivent dans la
misère, tous ces malades qui ne peuvent se soigner et meurent dans
l’indifférence, ces veuves et ces orphelins qui s’enferment chez eux le jour
de l’Aïd pour éviter le regard des autres.”
“La France doit présenter des excuses”
• Ahcene B. Lille
“Par rapport à la colonisation qui nous a coûté le prix fort, la révision
d’un article ne suffit pas. Il faut que la France présente ses excuses. Je
pense que si la France le fait, ce sera une nouvelle page dans les relations
entre l’Algérie et la France, le signe d’une amitié solide et sincère.”
“Les méfaits de Boumediene”
• Mohamed S. “(…) Avez-vous oublié que Boukharouba n'était intéressé que
par le pouvoir, tout le pouvoir et rien que le pouvoir et il n'avait point
besoin d'argent (car tout le pays lui appartenait) et n'était-ce la
providence qui l'avait ravi, il serait toujours à la tête du pays ? Qu'en
ferait-il avec l'argent puisque tel Haroun Errachid, il disposait de tout ?
Il a éliminé tous ceux qui rêvaient d'un Etat et d'institutions d'abord (la
fondation et la carcasse en béton) avec une Assemblée constituante
souveraine qui rendrait la justice indépendante et le Conseil
constitutionnel garant des lois de l'Etat. Boukharouba était la loi et, à sa
mort, il a laissé un grand vide politique car il a verrouillé tous les
pouvoirs entre ses mains (…).”
“Grâce à Boumediene, des fils de khammès sont devenus des profs en médecine”
• Aloui SENOUCI
“Beaucoup de vos écrits me rappellent que ce pays n'a pas enfanté que de
gros yeux scrutant l'horizon pour de gros ventres. Ce beau pays, je le dis
parce que je le pense, a aussi enfanté beaucoup d'hommes connus et inconnus
qui ont été, leur vie durant, intègres, humbles, humains et regardant
toujours vers le bas pour ne pas oublier ce qu'ils ont été et ceux à qui la
vie n'a pas fait de cadeau. Parmi ces milliers d'hommes et peut-être ces
millions, il y a celui que l'Algérie n'enfantera plus jamais, ou si cela
arrive beaucoup d'entre nous ne seront certainement plus de ce monde, je
veux parler de Boumediene. Vous en parlez tellement bien que je ne trouve
rien à ajouter, sauf que beaucoup d'Algériens l'ont vite oublié en oubliant
ou en feignant de le faire que sans lui, ils ne seraient pas ce qu'ils sont.
Que l'on me cite un seul cas dans un autre pays où des fils de bergers, de
khamès... sont devenus d'éminents professeurs de médecine, des sommités
scientifiques dans beaucoup de domaines aussi “pointus” et je serais
convaincu que n'importe quel homme pourrait faire autant que lui et plus.”
“Un sentiment patriotique que je croyais éteint !”
• Rahim GL.
“Merci de donner à la réalité le visage qui est le sien !! Merci de nous
laisser un temps soit-il de rêver de ce bon vieux temps !! Moi je n'ai que
33 ans mais j'ai un peu connu les années d'or de notre chère Algérie que des
personnes veulent réduire à une propriété privée !! Merci, mille fois merci
d'avoir éveillé en moi un sentiment patriotique que je croyais éteint !! Et
merci de vous souvenir et nous avec de M. Benchicou Mohamed, l'homme comme
il n'en existe pas beaucoup de nos jours !! (Dites-lui svp que le jour où il
sortira j'irai le féliciter et s'il aura la chance de fonder un autre
journal je serai honoré de travailler avec lui) Bonne continuation, bon
courage !!”
“Reconstruisons le rêve”
• Nadjib B.
“Ils ont brisé notre rêve, comme vous le dites si bien, à nous de le
reconstruire ! Oui, nous sommes de moins en moins nombreux mais
rappelez-vous ! En 54, ils étaient six (ceci dit sans aucune prétention). De
la part d'un enfant du Gouraya, cousin du Djurdjura, du Zaccar et de l'Aurès
... entre autres. Merci encore.”
P. S. : M. Ouyahia a toujours prétendu que le directeur du Matin
n’était pas en prison pour ses écrits. Pourra-t-il nous préciser aujourd’hui
quel type de bons de caisse transportait le correspondant d’El Khabar jeté
en prison à El Bayadh et dans quel aéroport a-t-il été pris ? Quant aux
papiers de ce journaliste soulevant des cas de corruption et de gestion
catastrophique des deniers de l’Etat, ils n’ont absolument rien à voir…
C’est juste un hasard. Comme le bouquin de Benchicou !