Monde : UNION EUROPÉENNE/PALESTINE
Mahmoud Abbas ou le rempart de la dernière espérance
De notre bureau de Bruxelles, Aziouz Mokhtari


Les futures relations entre l’Union européenne et l’Autorité palestinienne à la lumière de la victoire de Hamas aux législatives ont été au centre de la journée d’études organisée, hier, au siège du Parlement européen à Bruxelles.
Mis sur pied par Francis Wurtz, président de la coalition parlementaire “Verts- Gue/NGL” (Ecolos et gauche unitaire) ce colloque a vu la participation de Leïla Shahid (Délégation générale palestinienne auprès des institutions de l’UE) Véronique de Keyser (présidente de la mission d’observation des Vingt-Cinq dans les territoires palestiniens), et Edward Mac Millan, membre de cette même mission. Si Leïla Shahid a, courageusement, reconnu la “responsabilité” de Fatah, son organisation, dans la débâcle électorale, elle a, néanmoins, démontré, faits et preuves à l’appui, que la montée de Hamas est aussi le fruit de la “volonté” israélienne. “Depuis qu’il est au pouvoir, dira-t-elle, Sharon n’a eu qu’un seul objectif : laminer les fondements séculaires et laïques de l’OLP ensuite de l’Autorité palestinienne”. “A vrai dire, précisera L. Shahid, Sharon n’a jamais cru au processus de paix avec les Palestiniens, contrairement à Itshak Rabin, qui, lui, y croyait et le portait”. “S’il est vrai que l’Europe doit se montrer vigilante par rapport aux idées fondamentalistes de Hamas, décider de suspendre l’aide aux Palestiniens et de les abandonner est la faute à ne pas commettre”. “Au contraire, relève-t-elle, c’est maintenant qu’il faut que l’on soit, que l’Europe soit du côté palestinien, des femmes palestiniennes, des démocrates palestiniens”. Dans l’ensemble, tous les participants et les intervenants, lors de ce colloque, ont estimé “primordial” de ne pas accepter la saugrenue idée de l’application de la charia par Hamas, de ne pas — ce parti vainqueur des élections législatives — instaurer la terreur ou la violence auprès des Palestiniens et le contraindre à respecter les engagements de l’Autorité palestinienne sous la direction de Arafat ou de Mahmoud Abbas. Des eurodéputés ont tout de même tenu à noter que Hamas a respecté la trêve qu’il a annoncée malgré les provocations israéliennes (assassinats ciblés de cadres du parti, bombardements contre des demeures, brimades anti-palestiniennes quotidiennes) et qu’une paix se négocie à deux. En aucun cas, elle ne peut être unilatérale. Pour autant, ajoutera Leïla Shahid, “les négociations secrètes avec Hamas, qui sont le fait de plusieurs gouvernements européens et, depuis longtemps, ne sont pas un secret pour nous”. “Nous ne voulons pas, simplement, que ceux-là mêmes qui négocient dans notre dos nous assènent des vérités absolues et passent le plus clair de leur temps à nous expliquer comment faire ou quoi faire”. Joseph Boralles, président du Parlement européen, a saisi l’occasion de ce séminaire pour venir en personne inviter solennellement Mahmoud Abbas au Parlement européen et a demandé à Leïla Shahid de transmettre l’invitation à Abou Mazen. Le message de l’Union européenne est clair : elle s’en tient à la feuille de route, au quartette et au processus de paix et l’Autorité palestinienne, version Mahmoud Abbas, demeure un partenaire privilégié. Pas question ni pour Hamas ni pour Israël de modifier la donne.
A. M.

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