Le personnel navigant commercial (PNC) de la compagnie Qatar Airways est composé d’une soixantaine de nationalités, dont des Algériens. Au lendemain du lancement de ses activités, ils étaient plus d’une vingtaine de pilotes algériens de ligne à assurer les premiers vols de la compagnie. Aujourd’hui, leur nombre a doublé. Ils sont une quarantaine à exercer au Qatar, dont deux chez la Gulf Helicopters (www.gulfheliopters.com). Une société qatarie qui assure le transport de personnalités des différentes familles royales. Elle assure les liaisons entre les différentes plateformes pétrolières. Selon des sources sûres, le savoir-faire des pilotes de ligne algériens est signalé également au sein des compagnies de l’Extrême-Orient, des compagnies de renom à l’image de la Malaysiaairlines, de la THA Airways ou encore l’Emirat Airways. On les retrouve également chez nos voisins tunisiens de Khartago Airlines, de Nouvelair, et Tunsinter. Le même phénomène touche aussi, ajoute notre source, les mécaniciens dont un grand nombre a préféré exercer sous d’autres cieux, alors que certains pour n’avoir pu décrocher un job ont opté pour d’autres fonctions, totalement différentes de leurs qualifications. Le phénomène de «l’émigration » des pilotes de ligne algériens s’est notamment accentué au lendemain de la chute de «l’empire» Khalifa, qui a entraîné avec lui la chute des entreprises qui lui sont affiliées dont El-Khalifa Airways. Dès lors, un grand nombre de pilotes de ligne et autres mécaniciens se sont retrouvés du jour au lendemain sans travail et par voie de conséquence sans ressources. Les tentatives de réintégration au sein de la compagnie publique Air Algérie se sont avérées vaines. A ce propos, il y a lieu de rappeler que la compagnie nationale avait refusé de les réintégrer pour cause, disait le P-DG d’Air Algérie, de «manque de loyauté pour ceux qui avaient choisi de quitter la compagnie nationale». Le désarroi des pilotes d’El-Khalifa Airways, cumulant parfois plus de 20 ans d’expérience, était tel que certains d’entre eux voulaient entamer une grève de la faim. Pendant ce temps, Air Algérie affrétait des avions de pays divers, l’équipage y compris. Dès lors, le seul recours «qui nous restait est d’aller chercher du travail sous d’autres cieux, laissant ainsi nos familles derrière nous», nous explique un pilote exerçant au sein de la compagnie Qatar Airways. Cela dit cette «fuite» de cerveaux «volontairement orchestrée » se confirme de plus en plus. Une fuite qui ne se limite plus désormais aux seuls ingénieurs en informatique et autres médecins, elle touche également les pilotes et autres techniciens de l’aéronautique. Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), on compte 210 000 Algériens diplômés de haut niveau qui vivent dans des pays membres de l’organisation. En France, sur les 10 000 médecins immigrés recensés, on compte 7 000 Algériens. Pour la seule région parisienne plus de 2 000 médecins dont plus de 70 professeurs chefs de service. Aux USA, le nombre de chercheurs scientifiques algériens dépasse les 3 000. Ils sont également légion au Canada et en Allemagne. Ces médecins et chercheurs sont partis dans le cadre de la coopération entre l’Algérie et beaucoup de pays européens et d’Amérique pour une formation ou une maîtrise et ils y sont restés… D’autres, face aux multiples blocages bureaucratiques, auxquels ils ont fait face ont préféré aller ailleurs, «là où nos compétences sont mieux reconnues et respectées». Selon toujours la même source, le coût de formation d’un chercheur étant de l’ordre de 150 000 euros, cela se chiffre donc à 315 milliards d’euros, soit environ 400 milliards de dollars, l’hémorragie occasionnée par la fuite de l’élite sous des cieux plus… cléments. Selon une source proche du ministère de l’Enseignement supérieur, la fuite des compétences constitue aujourd’hui un véritable problème pour l’économie nationale. Les dégâts occasionnés à cette dernière par cette «décérébration» du pays, sont difficiles à évaluer. «Le coût moyen pour former un diplômé serait d’environ 100 000 dollars », explique-t-on. Selon certaines informations, cela représenterait une perte de plus de 40 milliards de dollars dans le cas de l’Algérie. Si l’on ajoute la plus-value qu’aurait pu créer chaque individu en termes de progrès, d’intelligence et de richesse, cette estimation s’écarte de la réalité. Quand on sait que l’exode a commencé au début des années 1992, on devine aisément les investissements perdus au profit des pays d’accueil, notamment les Etats-Unis, le Canada, la France et le Royaume-Uni et aujourd’hui les pays du Golfe. Amorcée à la fin des années 1970, l’émigration des scientifiques algériens a pris une ampleur telle que l’Algérie est aujourd’hui considérée comme un réservoir d’élites à la disposition des pays développés ou seulement émergents, capables de mettre à leur disposition les conditions de travail requises. Abder Bettache youcefabder@hotmail.com
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