Lundi 06 Février 2006
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Sports : LES TALENTS AFRICAINS EMPRUNTENT DES CHEMINS SINUEUX POUR PASSER PROS
Une route de galère vers l'Europe


Galères, agents peu scrupuleux, problèmes d'adaptation, blessures, transferts multiples, du Paraguay à Israël ou la Turquie : les footballeurs camerounais Geremi, congolais Mbala ou nigérian Oruma, quart de finalistes de la Coupe d'Afrique des nations, ont emprunté des chemins tortueux pour accéder à un club européen et sortir de la misère.
"Cela n'a pas été facile, il faut remercier Dieu de pouvoir être un footballeur professionnel", raconte Wilson Oruma, aujourd'hui pièce maîtresse du Nigeria et de l'Olympique de Marseille, et qui intéresse désormais les plus grands clubs de la planète. Geremi, Oruma, Biscotte Mbala sortent des quartiers populaires. "Je ne pensais qu'à jouer au foot quand j'étais gamin. On jouait dans la rue et les terrains vagues", raconte Geremi, aujourd'hui joueur du tout-puissant Chelsea, champion d'Angleterre en titre, après être passé au Real Madrid. "Je jouais pieds nus", précise Biscotte. Leur talent leur a permis de signer dans des clubs de leur pays (Bafoussam pour Geremi, Daring Daring Club Motema Pembe pour Biscotte, Insurance pour Oruma). "Je gagnais 30 dollars par match, poursuit Biscotte, avouant que parfois, la prime de match était plus une promesse qu'une réalité. Souvent, on nous donnait des choses pour manger à la maison: farine, riz, lait". Sélectionnés dans leurs équipes nationales respectives, ils ont ensuite été repérés par les clubs et les agents. Geremi a ainsi été contacté par un intermédiaire sans scrupules après un match du Cameroun au Brésil à Curitiba. "Il m'a promis de me faire signer dans un club brésilien. Moi, j'étais prêt à tout. J'y suis allé mais la période des transferts était close. Il ne pouvait pas ne pas le savoir... Il m'a fait signer à Cerro Porteno au Paraguay. Cela devait être son idée de départ", se souvient Geremi. "Il a profité de moi. Le dépaysement total à 24 heures d'avion de mon pays, coupé de mes parents..." Geremi a donc refait ses valises pour le Cameroun avant de s'exiler en Turquie au Genglergiligi. Pas le grand club de ses rêves certes, mais ses rencontres contre les grands clubs lui permettent de taper dans l'œil de l'entraîneur du Besiktas, un certain John Toshack. Devenu entraîneur du Real Madrid, le Gallois demande en 1999 au club espagnol de s'attacher les services du Camerounais. Biscotte Mbala, lui, a signé un premier contrat pro à l'Happoel Tel-Aviv. Il n'en garde pas un mauvais souvenir malgré une période trouble dans le pays : "Ils m'ont bien accueilli. Je voulais jouer dans un club professionnel et j'étais content. Mais, l'idée c'était l'Europe". Au début de cette saison, il a signé à Yverdon en Suisse. Surnommé "pied de Jésus", Biscotte espère que son passage chez les Helvètes va lui ouvrir d'autres portes mais reste reconnaissant à son club : "Je m'y sens bien. Tout le monde est gentil avec moi. Ils font tout pour que je m'intègre bien. Vraiment". Pour Oruma, le premier contrat n'était pas un coup fourré mais simplement un exil difficile à vivre : repéré par Lens au Mondial des moins de 17 ans au Japon (Nigeria, championne du monde), il arrive dans le club nordiste en 1994 pour intégrer le centre de formation. "C'était dur, aussi jeune, sans famille, sans amis", raconte Oruma qui n'arrive pas à s'imposer et enchaîne les blessures. Il multiplie les clubs dans une sorte de folle fuite en avant entre 1995 et 2003 : il passe ainsi à Lens et Nancy, revient à Lens et part à Samsunspor (Turquie), Nîmes puis au Servette Genève avant de se stabiliser à Sochaux. "Sans Jean-Luc Lamarche, (ancien directeur sportif de Lens) qui m'a convaincu de continuer je ne serais pas là. C'est mon sauveur. Il a cru en moi et m'a donné une chance, puis une deuxième. Tout en me confortant psychologiquement", explique Oruma. "En changeant tout le temps de club, j'avais fini par me dire que je n'étais pas fait pour le football. J'avais envie de tout laisser tomber. Aujourd'hui, je ne regrette rien".

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