Dans la 1re partie de ce témoignage (voir “Le Soir Corruption” du 23 janvier 2006), l’auteur, M. Chérif Derbal avait évoqué les très mauvaises conditions qui avaient prévalu lors de la mise en place de la CDC et la velléité des pouvoirs publics à mettre sous haute surveillance cette institution de contrôle. Dans la 2e partie (voir “Le Soir Corruption” du 30 janvier 2006), il faisait état des premiers dysfonctionnements et des premières dérives qui hypothèqueront l’avenir de la CDC. Aujourd’hui, dans la 3e et dernière partie de cet important témoignage, l’auteur évoque son départ de la CDC et appelle à la poursuite du combat contre la corruption.
“Le Dr Amir, qui s’est totalement investi en faveur de l’aile dominante
du pouvoir, ne pouvait tolérer longtemps la présence de quelqu’un qui
refusait obstinément le dévoiement de l’institution. L’occasion s’est
présentée quand j’ai refusé de “juger” des dossiers initiés par l’Inspection
générale des finances, avant la création de la Cour des comptes. (Ma note du
17 juin 1981). En date du 15 décembre 1981, j’ai réitéré mon refus de juger
les dossiers, en soulignant notamment : “J’avais indiqué en son temps que la
Cour des comptes ne pouvait donner une suite quelconque auxdits dossiers en
raison de leur antériorité par rapport à sa date de création, d’une part, et
en l’absence du règlement intérieur, d’autre part. Je reçus la réponse
suivante (Réf n°918/ Gh/ RMM/1) : “Monsieur le Président de la 2e chambre ;
“Par votre lettre du 15 décembre 1981, vous persistez à ne pas vouloir vous
occuper” des deux dossiers, qui vous ont été confiés depuis le mois de
septembre 1980. “Je vous informe que j’en ai tiré les conclusions qui
s’imposent, et vous demande de “transmettre les dossiers à monsieur le
Président de la … Chambre. “Signé : Le président de la Cour des comptes’’.
De manière triviale disons que le président de la Cour des comptes et le
clan qu’il représentait, qui affichaient un mépris total de la loi,
entendaient tout de même atteindre tel ou tel personnage d’un clan adverse
par l’instrumentalisation de la haute juridiction des comptes. De manière
plus triviale encore, je leur refusais d’employer ma main pour gifler tel ou
tel de leurs anciens compères devenus leurs nouveaux adversaires. Légaliste,
je ne pouvais cautionner par ma présence le dévoiement de la jeune
institution des Comptes… Quelques jours plus tard, j’ai retrouvé le chemin
de la Cour suprême… En guise de conclusion, il est capital à mes yeux que de
patients efforts soient poursuivis inlassablement pour édifier les jeunes
générations ; qu’elles sachent qu’elles ont un combat à continuer pour
extraire notre pays de la déchéance dans laquelle une faune d’affairistes
entend le maintenir.
C’est pourquoi, je souscris pleinement au combat qui est mené par les
citoyens éclairés pour réduire la tentaculaire dimension de l’hydre qui suce
le sang de l’immense majorité de nos compatriotes, je veux parler de la
corruption qui ne pouvait se propager, se généraliser et s’insinuer partout
et en tous lieux, si les institutions de l’Etat — et à leur tête les
institutions de contrôle — remplissaient leur rôle dans le plus grand
respect de la loi.
Continuons ensemble à dénoncer ces sulfureux personnages qui sévissent
dans notre malheureuse Algérie et à démonter les mécanismes usités par eux
pour accaparer encore et plus les biens et maigres richesses du pays dont
ils disposent à leur guise, réduisant les Algériens à une masse de plus en
plus nombreuse de quémandeurs. Pour preuve, toutes ces faillites bancaires
et détournements qui se répètent sous nos yeux sans que nous puissions les
empêcher tant leurs auteurs bénéficient de complicités dans certains cercles
du pouvoir, quand ils ne sont pas eux-mêmes partie prenante du pouvoir.
Empêchons ces personnages de tuer l’espoir suscité par la légitimité de
notre combat pour la libération nationale et la dignité des Algériens.
Cherif Derbal, cadre de la nation à la retraite