Un nombre croissant de gouvernements à travers le monde ont recours à des
moyens plus subtils et plus sophistiqués afin de contrôler les médias et de
faire disparaître la critique. Cette situation entraîne des effets
comparables à la violence contre les journalistes ou encore aux lois
draconiennes relatives à la diffamation, apprend-on dans un rapport de
l'Initiative Justice de l'Open Society Institute, une ONG américaine
regroupant des juristes spécialisés dans le droit international humanitaire. Intitulé “The Growing Threat of Soft Censorship” (La menace croissante de la
censure insidieuse), et rendu public récemment, le dossier aborde un
phénomène qui gagne de nombreux pays et qui consiste pour leurs
gouvernements à recourir à de nouvelles méthodes pour faire taire les
critiques. La corruption figure naturellement en tête. Le rapport a pour lui
l'avantage de n’épargner personne, y compris le gouvernement américain :
“L'administration Bush a carrément payé des journalistes pour faire passer
des morceaux secrets de propagande, aux Etats- Unis et dans les médias
irakiens.” Les moyens les plus usités sont, notamment, le retrait de la
publicité ou encore les pressions exercées auprès des distributeurs et des
imprimeurs. “Les gouvernements antidémocratiques tendent à développer des
moyens de plus en plus sophistiqués que le rapport série en trois grandes
catégories :
- Abus de fonds et de monopoles publics. C’est le cas des allocations
abusives d'insertions publicitaires gouvernementales ou autres moyens de
dénier arbitrairement l’accès aux structures étatiques d'impression. Ce qui
est doublement pernicieux car l’argent du contribuable et du public est
utilisé pour favoriser des intérêts partisans ou personnels.
- Abus de pouvoirs de régulation et de contrôle. Ces formes d'interférence
opèrent sous le prétexte légal ou sous couvert du marché : la délivrance des
agréments est manipulée au profit des alliés politiques ou encore pour
acheter le silence de voix libres. Les médias critiques se retrouvent
confrontés à une batterie infranchissable de mesures sociales, relatives au
droit du travail ou à d’autres contrôles. Des propriétaires d'entreprises de
presse de médias sont souvent invités à comprendre que leurs autres
activités ne peuvent prospérer que seulement si leurs médias sont amicaux
envers le gouvernement en place.
- Pressions extra-légales. A la fin, la plus contrevenante pour compléter le
spectre, les fonctionnaires et les politiciens recourent clairement aux
moyens illégaux d'acheter l'influence ou la dissidence, comme ils peuvent
faire pression sur les privés pour alimenter ou non certains médias par
leurs annonces. Le plus souvent, les pressions indirectes combinent un
semblant de légalité avec des méthodes clairement illégales dans le but
d'influer sur la ligne éditoriale des médias et les autres formes
d'expression politique.” Comparativement aux méthodes plus “classiques” de
répression, ces techniques sont plus difficiles à établir. Elles ont
également pour leurs commanditaires l’avantage de passer inaperçues aux yeux
de la société civile, des gouvernements démocratiques et des institutions
internationales, dit le rapport. Le dossier de l'OSI recommande de mieux
suivre et de mieux étudier le phénomène, de mettre au point des
contre-attaques juridiques adéquates et une coordination accrue entre les
groupes qui défendent la libre expression afin de partager leurs expériences
et de monter des campagnes conjointes. On peut consulter le rapport intégral
sur le site de l'OSI : www.justiceinitiative.org. A. B.
Nombre de lectures : 797
|