Mercredi 08 Février 2006
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Panorama : PARLONS-EN
Y a-t-il un pilote à bord ?
Par Malika BOUSSOUF
malikaboussouf@yahoo.fr


Tout semble a priori démontrer que non. Et Bouteflika aura beau recevoir des Poutine, Lula et autre secrétaire d’Etat américain à la Défense, cela ne voudra pas dire pour autant qu’il va bien. Comme cela ne prouvera pas, non plus, qu’il ait encore une quelconque influence sur la direction que prennent désormais les choses dans le pays.
Quelques petites apparitions par-ci, quelques autres par-là pour faire tourner les caméras, avant de s’en retourner se reposer. Cela permet à la fois de donner le change et de décourager toute spéculation sur les capacités qui lui resteraient pour présider aux destinées du pays. Que le numéro deux du FLN évacue les questions relatives à la santé du président en répondant qu’“il va bien et continue à gérer le pays” ou qu’“il apparaîtra, bientôt, lors de la visite d’un chef d’Etat étranger” ne constitue pas une réponse mais suscite, au contraire, d’autres interrogations comme celle sur la course au poste qui se précise chaque jour un peu plus. Comme si personne ne croyait vraiment que le président jouisse de la plénitude de sa forme. Heureusement que de temps en temps un chef d’Etat étranger nous rend visite. Cela permet au moins de constater que le nôtre se porte comme il peut. Et pendant que Bouteflika lutte contre ses propres démons, des partis politiques regroupés exclusivement, faut-il le rappeler, autour de son programme économique et social, persistent à parler d’alliance tout en défendant simultanément des intérêts individuels totalement divergents. L’absence prolongée du président de la scène politique aura ainsi creusé le fossé entre hommes politiques, en compétition pour le pouvoir et mis en exergue leurs antagonismes. La pratique qui consiste à éliminer des partenaires fussent-ils des alliés est tellement éculée qu’elle en devient banale. Chacun des trois partis de l’alliance qui se lézarde passablement voudrait tirer la couverture à lui. Ouyahia qui assure un intérim qui ne dit pas son nom, puisque le pays semble bel et bien à l’arrêt depuis l’absence de Bouteflika, refuse de se laisser déstabiliser par les initiatives du FLN et du MSP. Il est clair que le pays navigue à vue même si le chef du gouvernement essaie de garder le cap qui lui est “dicté”. Les déclarations à l’opposé les unes des autres, faites pour le coup par des partisans du président qui avancent en rangs dispersés et tentent d’occuper le terrain comme ils peuvent, traduisent parfaitement la situation inconfortable dans laquelle la soudaine maladie du chef de l’Etat a plongé les clientèles diverses du régime en place. Si Bouteflika ne réagit pas à l’anarchie qui gagne ses troupes, c’est qu’il n’est peut-être pas en mesure d’empêcher les dérives auxquelles s’adonnent ceux répertoriés depuis longtemps comme les serviteurs zélés du système. Et ce serait donc à cela, entre autres, qu’assisterait impuissant ce dernier, officiellement rétabli mais que l’on dit encore souffrant. Un président certainement convalescent mais, surtout, averti de la tournure prise par les évènements depuis sa maladie : suite prévisible pour tout dirigeant aguerri aux trahisons politiques et aux humeurs inconstantes dans toute autocratie. Bouteflika ayant donc déserté la scène médiatique, d’autres, en attendant que les choses se clarifient, se chargent d’occuper la place. Il semblerait de plus en plus urgent pour les uns de prendre leurs distances par rapport aux autres et l’ex-parti unique, présidé par le premier magistrat du pays, n’attendait, pour sa part, que le moment opportun pour manifester sa morgue au grand jour. Pour ne pas éveiller les soupçons dès le départ, on avait fait mine de se partager le terrain, de ne pas piétiner les plates-bandes d’un allié, histoire d’accréditer la thèse de l’objectif commun, dénué de calculs extérieurs à la démarche fixée par le président de la République, dont on s’engageait à défendre les intérêts contre vents et marées. Cela sonne comme un air familier. Du déjà vu, déjà entendu. Au sommet, on avait tout fait pour renvoyer l’image d’une alliance idyllique entre chefs de parti, conscients de leurs responsabilités, fortement tenus par un engagement qui n’avait en fait pour poids que l’effet d’annonce qui avait accompagné la fabrication de cette dernière. D’un autre côté, chacun des chefs de ces mêmes partis avait quand même pris les précautions nécessaires pour garder une marge de manœuvre confortable au niveau de la base, en prétextant qu’il faudrait aux structures partisanes plus de “maturité” pour comprendre les enjeux et consolider les rangs de l’union. En d’autres termes, l’alliance ne serait sollicitée qu’au sommet. La base, elle, resterait dépendante de l’état d’esprit des chefs, sujette à toutes les interférences et surtout conditionnée à servir de bouclier au premier changement de stratégie. Du haut de son piédestal, on laisserait faire les « sujets militants » en expliquant à leur propos qu’ils ne sont pas encore mûrs pour savoir s’apprécier comme ils le devraient. Au niveau des trois partis censés s’investir autour du programme présidentiel et de la personne même du chef de l’Etat, on est de moins en moins d’accord sur des points pourtant importants. Quand l’un dit blanc, les autres répondent noir et vice-versa. Quand Belkhadem parle de révision constitutionnelle, Ouyahia rétorque qu’il ne saurait en être question ni à court ni à moyen terme. Un Ouyahia qui semble déterminé à goûter à la magistrature suprême mais semble incapable de contenir les maladresses qui aggravent son impopularité. La dernière en date, ayant trait à l’augmentation des salaires jugée par lui illégitime, a encouragé Belkhadem et Soltani à monter au créneau pour défendre tout le contraire. Il est clair que les trois hommes ne sont plus sur la même longueur d’onde. Mieux, ils ne se supportent plus, ou à peine. Belkhadem, qui sait ne pas bénéficier de toute la sympathie des tenants du système, milite pour un régime présidentiel pouvant déboucher sur un mandat à vie. Pour peu que les postes de vice-président et chef de gouvernement soient puisés dans la majorité et non imposés par le président. Ce dernier, qui prétend rouler pour le chef de l’Etat, prêche en fait pour sa propre mosquée. S’il n’était pas un jour nommé au poste de vice-président, il pourrait à la rigueur prétendre à celui de Premier ministre. Qui a dit de Belkhadem qu’il était dépourvu de ruse et ne savait pas planifier sa carrière ? Jugeons-en par le nombre d’informations qu’il distille sur les dispositions de son chef. Comment interpréter cette réponse à une question relative aux élections de 2009 : “Cela dépend du président. S’il le souhaite nous ferons campagne” pour sa réélection ? Que pourrait bien signifier son “cela dépend du président”, sinon que l’état de santé de ce dernier serait tel qu’il pourrait l’empêcher de briguer une autre mandature le moment venu ? Encore faudrait- il que révision en faveur d’un troisième et pourquoi pas un mandat à vie il y ait. L’opposition du Premier ministre en exercice à une révision de la Constitution, qui changerait le cours des évènements en matière de longévité présidentielle pour l’actuel chef de l’Etat, n’est pas innocente. Faire barrage, échec à une volonté de s’ancrer définitivement au trône s’explique, d’ailleurs, de mieux en mieux.
M. B.

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