Le Soir Auto : PASCAL MOREL, DIRECTEUR GÉNÉRAL DE PEUGEOT ALGÉRIE AU SOIR
"Nos investissements n'ont pas été conformes à nos ventes"


Après avoir dominé, des années durant, le marché de l’automobile en Algérie, Peugeot a connu en 2005, une chute importante de ses volumes de vente. Dans l’entretien qu’il a bien voulu nous accorder, Pascal Morel, directeur général de la filiale du constructeur français, apporte une première réponse à cette situation et développe son point de vue sur d’autres sujets liés au marché de l’automobile dans notre pays.
Le Soir Auto : Les ventes de Peugeot Algérie ont connu durant 2005 un recul significatif. Quelle lecture faites-vous de cette situation ?
Pascal Morel :
s’il est notoirement établi que Peugeot a régressé au niveau des ventes globales, nous demeurons, en revanche, bien installés dans les segments de voitures où nous sommes traditionnellement présents depuis des années. Ce sont notamment les segments M1 et M2 où nos chiffres de ventes sont dans la limite de nos prévisions, et où nos parts de marché n’ont pas connu de perturbations. Il est également évident que dans la catégorie des véhicules d’entrée de gamme au prix abordable, nous n’avons pas eu et nous n’aurons pas dans les mois à venir de produits à proposer à la clientèle algérienne. Aussi et pour faire face à cette nouvelle donne, nous avons engagé une réflexion sur l’action à entreprendre pour fidéliser la clientèle et séduire une autre. L’alternative ne pourrait être que des propositions convaincantes dans le service après-vente, où nous avons effectivement enregistré un déficit important en investissements. Les capacités existantes de Peugeot Algérie étaient alors en nette inadéquation avec ses ventes de véhicules neufs, qui avaient explosé des années durant. Ajoutons à cela les flots ininterrompus de véhicules de moins de trois ans qui arrivaient sur le marché algérien.
Concrètement, en quoi consiste cette alternative dans le service après-vente ?
A l’origine, c’était un plan de redéploiement et d’investissement qui allait s’étaler de 2003 à 2008. Un programme visant à améliorer l’image de la filiale et de l’ensemble de son réseau, en s’élevant du statut de “garage” vers celui d’une entité complexe et complémentaire où tous les besoins de la clientèle sont pris en charge d’une manière efficace. Seul préalable et pas des moindres, la conformité avec les normes et la charte identitaire de Peugeot. Objectif majeur, placer le client algérien au même niveau que celui d’Europe ou d’ailleurs. D’où le concept “Bluebox”, qui, au-delà de l’architecture, c’est toute une stratégie qui vise à terme à offrir aux clients algériens, là où ils se trouvent, des structures modernes, comprenant impérativement, un showroom, un atelier d’entretien et de réparation doté des équipements les plus sophistiqués et un magasin de pièces de rechange. Vous conviendrez avec moi que c’est une entreprise de longue haleine. Après la mise en conformité des structures de la filiale, la succursale de Mohammadia et le show-room de Belouizdad, les autres agents s’attellent, de leur côté, à s’adapter progressivement aux nouvelles normes. De nouvelles concessions sont venues consolider le réseau, 4 en 2005 et 7 autres durant l’année 2006. Il va sans dire que le recrutement de ces nouveaux agents obéit à des critères de sélection très rigoureux. Signalons, par ailleurs, l’ouverture, au cours du mois de juillet dernier, d’un magasin central de pièce de rechange au Hamiz et qui va nous permettre de mieux contrôler la disponibilité et répondre aux besoins de nos agents, avec une meilleure célérité : ceci étant, et en dépit des volumes peu satisfaisants en 2005, nous avons atteint nos objectifs en chiffre d’affaire qui a été de 1,5 milliard de dinars, ce qui nous permet d’envisager l’avenir avec sérénité.
A la lumière de ces résultats et de cette situation, comment appréhendez- vous l’année 2006 ?

Les premières mois de l’année en cours seront encore difficile pour nous en raison des stocks importants de véhicules de moins de trois ans qui inondent encore le marché algérien, plus de 40 000 véhicules selon des estimations. Nous prévoyons un redressement de la situation à partir du mois de mai prochain à partir duquel nous escomptons réaliser de bons volumes. Pour l’année 2006, nous avons prévu un objectif de 23 000 véhicules révisable selon l’évolution du marché. Un objectif basé sur les perspectives d’ouverture du marché du crédit bancaire avec l’arrivée de nouvelles institutions financières, d’une part, et l’entrée en vigueur de la réglementation régissant le secteur de l’automobile en Algérie, le cahier des charges et le contrôle technique, d’autre part. On peut, également, citer le raffermissement du dinar depuis la suppression de l’importation des véhicules d’occasion ainsi que la parité euro/dollar. Autant de paramètres dont nous avons tenu compte pour l’établissement de notre objectif 2006.
Mais la gamme commercialisée par Peugeot Algérie a besoin d’être renouvelée et redynamisée ?

L’année 2006 sera précisément riche en évènements produits. Nous lancerons prochainement la 407 coupé qui est une évolution stylistique de qualité, on attend aussi l’arrivée de la toute nouvelle 207 qui ne manquera pas de révolutionner son segment, et on prévoit également, de commercialiser durant l’année en cours la 206 Sedan dont les tarifs ne sont pas encore finalisés. D’autres surprises seront tout au long de l’année réservés aux clients algériens.
Quelles seraient les raisons qui vous empêchent de commercialiser la 107 ?
Une principale raison empêche la nouvelle Peugeot 107 d’arriver en Algérie, c’est le volume de sa production qui lui permet à peine, au rythme actuel, de satisfaire la demande européenne. Elle est produite actuellement à 100 000 unités réservées exclusivement à l’Europe où son lancement se poursuit encore dans certains pays. Il faut juste souligner que cette priorité est justifiée par l’importance des marges réalisées par l’entreprise dans ces marchés. Nous espérons pour notre part récupérer une partie de cette production pour le marché algérien.
Quelle appréciation faites-vous de l’évolution du marché de l’automobile en Algérie, dont l’offre est en train de se diversifier avec parfois des produits peu soucieux des impératifs de qualité ou de sécurité ?

C’est une question tout à fait légitime que le client algérien est en droit de se poser. En ce qui ne concerne, je souhaite que la nouvelle disposition réglementaire prévue par le législateur algérien au sujet du cahier des charges pour les concessionnaires soit mise en application au plus vite afin que les normes d’homologation soit respectées scrupuleusement par les différents marques installées en Algérie. Et c’est à ce moment-là que l’on pourra s’attendre à une évolution qualitative. Espérons seulement que ce texte ne connaîtra pas le même sort que la disposition de la loi sur l’obligation des airbags dont le décret d’application n’a jamais paru.
Entretien réalisé par Belkacem Bellil

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