Mardi 21 Février 2006
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OYE, OYE, BONNES GENS !

Par Hakim Laâlam  
Email : laalamh@yahoo.fr

Grippe aviaire. Les pigeons découverts à Béjaïa et sur lesquels pèsent
de forts soupçons de H5N1 sont en cours d’analyse dans un laboratoire.
Seul cheb Mami a pu entrer dans leur chambre. Il témoigne : “Ce sont les
pigeons eux-mêmes qui m’ont ouvert la porte. Ils étaient très souriants et
dans une forme resplendissante. Ils étaient parfaitement au fait de l’actualité
du pays. Ils m’ont même félicité pour mon dernier album.”

Et leur convalescence, ils vont la passer où ?

L’état de pauvreté civilisationnelle dans lequel nous baignons depuis un moment est parfaitement illustré par LA GRANDE ATTENTE. Je l’écris volontairement en lettres capitales parce qu’on ne parle plus que de cela : le discours que doit prononcer Abdekka le 24 février. Et comme sur du papier musique d’un orchestre discipliné, le la est donné : tous les gens bien introduits, ceux qui tutoient les sources généralement bien informées, nous assurent que le président va annoncer des trucs hyperimportants, des décisions méga-historiques et va surprendre tout son monde. Très franchement, je ne sais ce que va dire le chef de l’Etat de si important le 24. Je ne suis même pas sûr qu’il prononcera un discours. Le ferait-il que je ne vois pas ce qu’il y a de révolutionnaire à dégommer un chef de gouvernement pour le remplacer par un autre. Ça fait 40 ans que le régime pratique ce sport. Je ne vois pas non plus ce qu’il y aurait de révolutionnaire à entendre dire par un président que le pays doit maintenant se remettre au travail et que les ministres seront désormais comptables de leur gestion. Cela fait deux fois 20 ans que nos dirigeants le promettent, sans conséquence réelle. Je ne vois pas également de machin révolutionnaire dans une vaste opération de purges qui éliminerait les derniers îlots d’opposition. L’Algérie a connu plusieurs Saint Barthélemy et, bonne ou mauvaise, l’opposition est toujours là. A contrario, je ne vois rien non plus de révolutionnaire dans l’annonce d’une grande campagne de pardon, de mansuétude et d’effacement de l’ardoise des contentieux. Après 15 ans de guerre sanglante, il y a des ardoises sur lesquelles les meilleures brosses échouent. En fait, ce n’est pas tant sur la teneur de ce que pourrait annoncer Abdekka qu’il y a problème. C’est plutôt sur l’extrême pauvreté et aridité d’un pays condamné par les pratiques de pouvoir à attendre, à guetter comme un oracle le discours d’un homme, d’un seul, fût-il président. C’est l’archaïsme de cette configuration qui me fait frémir. Près de 40 millions d’Algériens, entre hauts cadres de la nation, experts à la renommée mondiale, professeurs en médecine consultés aux quatre coins de la planète, chercheurs référencés sur les catalogues des plus grandes universités sur les cinq continents, politiciens, entre présidents de partis, états-majors et militants de base, personnalités historiques à l’envergure aujourd’hui encore retentissante ou tout simplement travailleurs, paysans, étudiants ou chômeurs, tout un pays mis en attente comme un vulgaire second appel dans une conversation téléphonique. Vous devez attendre le truc magique qui va sortir de sa bouche. Ben désolé ! Tant qu’on ne sortira pas de cette logique de manoir et de palais où la cour guette le bon vouloir, le sourire ou le rictus, il me semble normal de fumer du thé pour rester éveillé, car le cauchemar continue.

H. L.

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