Culture : VIE ASSOCIATIVE
Saïd Zamouche, président de l'association Numidia d'Oran : "On projette une maison berbère à Oran"


L’association amazigh Numidia d’Oran dont l’audience dépasse nos frontières est certainement l’une des plus actives du pays. Après avoir subi les affres de la bureaucratie à Oran où son projet suscitait bien des méfiances, le sérieux et le travail de ses membres qui activent 365 jours par an a fini par imposer respect et sympathie. Son président, Saïd Zamouche, qu’on a rencontré jeudi à Bouzeguène lors d’une représentation théâtrale devant un nombreux public et en présence du secrétaire général du Haut- Commissariat à l’amazighité se livre volontiers à nos lecteurs.

Présentez votre association à nos lecteurs...
L’association Numidia d’Oran a, officiellement, vu le jour le 13/11/1990. Mais dans les faits, et dans sa mouture originale (les Cavaliers de Numidie), elle a activé depuis 1979 sous la couverture du football. L’activité clandestine couvrait un certain nombre d’activités tels les galas, les fêtes et autres évènements qui ont servi de prétexte au travail de sensibilisation sur la culture berbère à Oran et dans les environs. A partir de 1987, elle a activé sous l’appellation de Collège culturel et sportif avant de prendre le nom actuel en 1990. L’agrément a mis un an et deux jours à cause de l’article des statuts qui prévoit l’enseignement de tamazight.
En quoi consistent vos activités ?
Etant essentiellement à vocation amazigh, l’association active pour le rayonnement et la promotion de la culture berbère à travers l’organisation de conférences, expositions, conférences-débats, galas, tables rondes, séminaires et autres colloques dans le domaine de tamazight. Une revue mensuelle Tafukt vulgarise ces activités depuis 3 ans. Cela, à côté de biens des productions en tamazight.
Avant cela, votre association a connu des vagues ?
Oui, le départ a été très difficile. Même notre siège n’a pas été épargné. Des projectiles aux matelas brûlés en passant par des obscénités, il a subi bien des exactions. Mais progressivement les choses sont rentrées dans l’ordre avec le capital sympathie dont nous bénéficions des Oranais de plus en plus sensibles à notre cause. Aujourd’hui, on compte même quelques adhérents arabophones parmi nous. On bénéficie aussi de l’aide de nos pairs à l’image du Théâtre régional d’Oran qui booste notre troupe théâtre avec ses conseils techniques et artistiques. On pense à Mohamed Belaroussi, El Ghouti, directeur du TRO, Mihoubi, Fadhel... Nous participons également aux rencontres inter-associations et autres conférences où nous intervenons en tamazight doublée en arabe.
Le bilan que vous dressez est donc positif ?

Effectivement, la réputation de notre association lui a valu une grande audience et une place très respectable dans la société. Nous avons liés des relations avec l’ensemble du tissu associatif au niveau local, national et même international. C’est le fruit d’un harassant travail pour un idéal culturel au service du patrimoine national. Pour ne rien vous cacher les autorités locales d’Oran se félicitent du travail que nous faisons, n’hésitant pas à nous qualifier de meilleure association de la région d’Oran par la rigueur, la qualité et le volume de notre travail qui couvre l’ensemble de l’année.
Pourtant, les autorités d’Oran n’ont pas assisté, pour ne pas dire boycotté, au colloque sur Si Mohand u M’hand et la fête de Yennayer que vous avez organisés dernièrement. Votre association bénéficie-t-elle de l’aide des pouvoirs publics ?
Nous mettons ça sur le compte de la jalousie maladive ressentie à l’égard de cette manifestation d’envergure mise sur pied par une simple association et à laquelle ont participé cinq wilayas. La direction de la culture nous a promis 5 millions de centimes à cette occasion que nous attendons à ce jour. Pour le reste on se contente de subventions annuelles de l’ordre de 10 millions de centimes qui ne pèsent pas lourd devant le volume de nos activités qui couvrent pratiquement 365 jours par an.
Des projets en perspective ?
Oui. On projette une Maison berbère à Oran. C’est un projet qui nous tient particulièrement à cœur et qui viendra couronner nos efforts dans le domaine de tamazight dans cette région du pays qui nous ouvre ses bras. L’autre projet vise l’enseignement de tamazight à travers les différents établissements scolaires de l’enseignement primaire, moyen et secondaire.
Un message à lancer ?
Notre association, qui a connu un itinéraire jalonné de difficultés, est en train de récolter le fruit de son travail. Pour parachever notre œuvre nous lançons un appel du cœur aux sponsors dont l’aide nous sera d’un précieux secours car tamazight est avant tout l’affaire de tous ses enfants qui ne doivent pas compter exclusivement sur l’Etat. Cette aide viendra consolider le capital sympathie dont nous jouissons actuellement de la part de la population d’Oran qui comprend désormais le sens de notre combat. Je remercie enfin le quotidien Le Soir d’Algérie de l’opportunité qu’il nous a offerte.

S. Hammoum

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