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“Algérie. Grippe aviaire. Vigilantes, les autorités ont mis
la main sur un volatile soupçonné d’être porteur de dangereux
virus. Il a été capturé et mis hors d’état de nuire
au moment où il s’apprêtait à franchir nos frontières.”
Le Canard Enchaîné
Voilà ! Maintenant, vous avez la version officielle. N’attendez plus
d’augmentations de salaire. Elles ne viendront pas. Il n’y en aura pas. L’homme
qui a les clés du coffre s’est adressé à vous ce week-end, les yeux dans les
yeux, et vous a expliqué que “toute augmentation des salaires menacerait la
stabilité macroéconomique du pays”. Ainsi donc, il n’y a rien d’autre que la
hausse des salaires qui pourrait menacer et ébranler la sérénité de cette bonne
vieille économie et du macro qui l’accompagne à chaque fois. Les énormes
scandales qui ont secoué le secteur bancaire ne peuvent menacer la
macroéconomie, la hausse des salaires si ! Les milliers de millions de dinars
qui se distribuent en prêts bancaires sans réelle garantie ne menacent pas
l’économie et son macro, une petite hausse de vos salaires, si ! Les fortunes
qui jaillissent comme de mauvais rêves en une nuit et ces balustrades que l’on
enlève et qui révèlent au bout de quelques petits mois de travaux acharnés des
showrooms rutilants tenus par d’anciens “baggarras” prête-noms, ça, ça ne menace
pas la macroéconomie, quelques dinars de plus sur votre fiche de paie
rachitique, si ! Un pays parallèle qui se construit au noir à côté du vôtre, ça
ne menace pas l’économie, un petit frémissement vers la hausse de vos salaires,
si ! Des puits de pétrole qui carburent nuit et jour, des découvertes de
gisements que l’on vous annonce sadiquement tous les matins dans les colonnes
triomphantes d’ El Moudjahid comme pour mieux vous en faire chier, ça ne menace
pas l’économie, quelques dinars de plus dans votre couffin arthrosé, si ! Ce
soir, en rentrant chez vous en bus, avec moins que rien dans un panier que de
toutes façons vous n’avez pas pris le matin en sortant faute d’argent, regardez
bien vos enfants. S’ils osent vous dire qu’ils ont faim ou qu’ils auraient bien
voulu améliorer leur ordinaire, faites-leur la réponse que l’autre vient de vous
faire du haut de sa tribune : “Mes enfants, calmer votre faim, vous donner à
manger menacerait la stabilité de notre macroéconomie !” Et fumez du thé pour
rester éveillés en attendant que vos enfants grandissent et qu’ils mènent à
votre place la révolution que vous n’avez pas menée, le cauchemar continue.
H. L.
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