Lundi 27 Février 2006
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LES PERIMES !

Par Hakim Laâlam  
Email : laalamh@yahoo.fr

Algérie. Après la découverte d’un élevage de poulets
totalement décimé par le chikungunya, les autorités
lancent une vaste opération de… 

…dératisation

Je me suis réveillé avec une pêche d’enfer. Avant même d’ingurgiter du café ou tout autre breuvage tonifiant. En fait, dès le saut du lit, je me suis connecté au réseau internet et j’y ai lu un texte du Civic. C’est une association citoyenne d’Oran dont les membres se battent comme des damnés pour que ce pays ne sombre pas complètement dans la résignation et la défaite. Et là, j’ai sous les yeux un de leurs derniers communiqués dans lequel, entre autres, ils abordent la question des salaires. Jusque-là, rien de bien extraordinaire. D’autres organisations et associations se sont exprimées sur cette question. Là où le Civic imprime son empreinte elle-même empreinte d’originalité, c’est lorsqu’il suggère aux citoyens de photocopier leurs fiches de paie et de les envoyer par poste, massivement, à l’adresse de la présidence de la République et à la chefferie du gouvernement. Ce genre d’initiative, loin des communiqués ronflants et de la dénonciation emphatique me revigore un max. Fallait juste y penser ! Des centaines de sacs courrier dans les locaux de la présidence et se déversant comme un ininterrompu flot de vomi de précarité sur les beaux tapis d’El Mouradia. On peut, bien sûr, se dire que le président ne jettera jamais de coup d’œil sur le contenu de l’un de ces sacs, que les employés les brûleront dans les sous-sols et disperseront les cendres de la misère sociale loin des narines délicates de Abdekka et de son staff. Malgré tout, maâlich ! Il y a sans conteste, de la part de gens comme ceux du Civic, la volonté de mener la lutte en dehors des barricades, des pneus brûlés et des arrestations. Cette “ingéniosité de combat” se retrouve aussi dans les formes modernes de communication de la plupart des syndicats autonomes. J’ai là aussi sous les yeux des communiqués du Cnes, du Comité Benchicou pour les libertés et d’un tas d’autres de pôles revendicatifs qui n’hésitent plus à contourner les monolithes de la communication officielle pour leur préférer des chemins de traverse, entre autres cette arme redoutable qu’est la toile. C’est pour cela que je ris doucement, pas trop fort, pour ne pas blesser la personne, du ton catégorique de Djaâboub, le ministre du Commerce, qui, l’autre jour, en marge de notre interrogatoire OMC, déclarait péremptoire : “Il n’est pas question d’ouvrir le champ de l’audiovisuel au privé.” M’sieur le Ministre, eh ! Oh ! M’sieur le Ministre, où vivez-vous ? Vous êtes déjà allé dans un cybercafé plein de jeunes surfeurs ? Ils parlent et écrivent un langage que ni vous ni moi ne comprenons. Nous sommes déjà des périmés, M’sieur. Vous tout de même un peu plus qui croyez encore en 2006 qu’il suffit d’interdire l’entrée du privé dans la télévision pour barrer le chemin à l’information non officielle, non domestiquée. Tôt ou tard, il faudra vous réveiller, sinon vous mourrez étouffé dans votre sommeil sous une énorme pile de sacs courrier. Vous savez, les sacs dont je parlais en début de chronique. Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.

H. L.

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