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Algérie. Après la découverte d’un élevage de poulets
totalement décimé par le chikungunya, les autorités
lancent une vaste opération de…
…dératisation
Je me suis réveillé avec une pêche d’enfer. Avant même d’ingurgiter du café
ou tout autre breuvage tonifiant. En fait, dès le saut du lit, je me suis
connecté au réseau internet et j’y ai lu un texte du Civic. C’est une
association citoyenne d’Oran dont les membres se battent comme des damnés pour
que ce pays ne sombre pas complètement dans la résignation et la défaite. Et là,
j’ai sous les yeux un de leurs derniers communiqués dans lequel, entre autres,
ils abordent la question des salaires. Jusque-là, rien de bien extraordinaire.
D’autres organisations et associations se sont exprimées sur cette question. Là
où le Civic imprime son empreinte elle-même empreinte d’originalité, c’est
lorsqu’il suggère aux citoyens de photocopier leurs fiches de paie et de les
envoyer par poste, massivement, à l’adresse de la présidence de la République et
à la chefferie du gouvernement. Ce genre d’initiative, loin des communiqués
ronflants et de la dénonciation emphatique me revigore un max. Fallait juste y
penser ! Des centaines de sacs courrier dans les locaux de la présidence et se
déversant comme un ininterrompu flot de vomi de précarité sur les beaux tapis
d’El Mouradia. On peut, bien sûr, se dire que le président ne jettera jamais de
coup d’œil sur le contenu de l’un de ces sacs, que les employés les brûleront
dans les sous-sols et disperseront les cendres de la misère sociale loin des
narines délicates de Abdekka et de son staff. Malgré tout, maâlich ! Il y a sans
conteste, de la part de gens comme ceux du Civic, la volonté de mener la lutte
en dehors des barricades, des pneus brûlés et des arrestations. Cette
“ingéniosité de combat” se retrouve aussi dans les formes modernes de
communication de la plupart des syndicats autonomes. J’ai là aussi sous les yeux
des communiqués du Cnes, du Comité Benchicou pour les libertés et d’un tas
d’autres de pôles revendicatifs qui n’hésitent plus à contourner les monolithes
de la communication officielle pour leur préférer des chemins de traverse, entre
autres cette arme redoutable qu’est la toile. C’est pour cela que je ris
doucement, pas trop fort, pour ne pas blesser la personne, du ton catégorique de
Djaâboub, le ministre du Commerce, qui, l’autre jour, en marge de notre
interrogatoire OMC, déclarait péremptoire : “Il n’est pas question d’ouvrir le
champ de l’audiovisuel au privé.” M’sieur le Ministre, eh ! Oh ! M’sieur le
Ministre, où vivez-vous ? Vous êtes déjà allé dans un cybercafé plein de jeunes
surfeurs ? Ils parlent et écrivent un langage que ni vous ni moi ne comprenons.
Nous sommes déjà des périmés, M’sieur. Vous tout de même un peu plus qui croyez
encore en 2006 qu’il suffit d’interdire l’entrée du privé dans la télévision
pour barrer le chemin à l’information non officielle, non domestiquée. Tôt ou
tard, il faudra vous réveiller, sinon vous mourrez étouffé dans votre sommeil
sous une énorme pile de sacs courrier. Vous savez, les sacs dont je parlais en
début de chronique. Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.
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