Actualités : AGRESSIONS, VOLS ET BANDITISME
Virée nocturne dans les quartiers chauds de Tizi-Ouzou


Beaucoup de choses ont été dites sur la situation qui prévaut à Tizi-Ouzou où, depuis de longs mois, il relève, en effet, de l’aventure que de parcourir, par exemple, l’avenue Abane- Ramdane, ce boulevard qui traverse Tizi et qui se confond avec l’histoire de la ville. Un haut lieu, mais que des décisions, discutables et très discutées par les Tizi-Ouzéens, ont complètement défiguré.
Comme si on a voulu effacer à coups de pelles de bulldozers et de tonnes de béton ce qui fait une partie de l’histoire de Tizi-Ouzou, en y creusant des trous monumentaux en guise de trémies d’une laideur qui, au rythme où vont les choses, est en passe de devenir proverbiale. Laid comme les trémies de Tizi…. Cette horreur qui, désormais, colle à cette partie de la capitale de la Kabylie, juste avant qu’elle entre en exploitation, a été précédée par l’enracinement de l’insécurité, tout juste après que les esprits se soient calmés, au lendemain des événements de Kabylie. C’est, en effet, un véritable florilège de petits malfrats qui y sévissent contre tout ce qui bouge depuis des mois qu’on ne compte plus. Vieux, jeunes, des dames, des jeunes filles, tous sont des cibles en puissance pour ces bandes de petits voyous dont certaines viennent parfois d’en dehors de la wilaya, ‘’exercer’’ comme d’autres vont au bureau pour faire leurs huit heures. Du rond-point sis au cœur de Tizi jusqu’à la station de transport de voyageurs vers les localités de l’est de la wilaya, soit environ deux kilomètres, puis sur le boulevard de l’hôpital en allant vers l’université de Hasnaoua, c’est une grande concentration de bandes organisées qui y ont pris racines. Il ne s’écoule pas une heure, par exemple, sans qu’on voie un quidam prendre les jambes à son cou, débouler de nulle part au même moment où de quelques mètres plus loin proviennent les appels au secours d’une jeune fille ou d’une dame délestée de son sac à main ou d’une chaînette. Une scène très courante qui, un moment, a eu malheureusement tendance à se banaliser, vous diront les étudiants qui empruntent par milliers le boulevard de l’hôpital pour rejoindre les campus de Hasnaoua. Aux alentours des banques également, c’est le même tableau qui a cours, tel c’est le cas sur le fameux boulevard Abane-Ramdane où une faune est constamment sur le qui-vive, guettant tout éventuel “gibier” à la sortie de l’agence BNA ou de la Cnep qui lui fait face. Ceci, pour la petite délinquance, qui a beaucoup grandi, depuis le temps que la loi ne se fait respecter qu’à doses homéopathiques, jusqu’à tout récemment du moins. Après avoir été contraints pratiquement de faire le dos rond, les séquelles d’après le Printemps noir obligent, les services de police de la wilaya de Tizi-Ouzou semblent, désormais, s’être complètement remis des contrecoups induits par ces événements de triste mémoire d’il y a, maintenant, cinq ans. Des effets aux conséquences extrêmement fâcheuses, tellement il n’était pas du tout évident de se montrer en uniforme bleue dans certains coins de Tizi-Ouzou. Comme le laissait entendre le nouveau premier responsable de la police à Tizi-Ouzou, lors d’une rencontre avec la presse il y a quelques semaines, force est revenue à la loi et, désormais, la chasse aux criminels de toutes espèces est ouverte même si, en vérité, elle n’avait jamais été interrompue, assurait-il. C’est en tous les cas ce que les services de police essayent, à travers leurs multiples sorties de ces derniers jours, de faire accroire. Des sorties, doit-on le signaler, qui ont coïncidé avec cette affaire de règlement de comptes qui a défrayé la chronique et surtout outré plus d’un, la semaine dernière (voir Le Soir d’Algériedu 22 février 2006).
Des descentes qui donnent à réfléchir
Des descentes nocturnes ont mobilisé à chaque fois plus d’une cinquantaine d’éléments et auxquelles des journalistes, du moins pour l’une d’elles, ont été conviés. Même si on éprouve quelque mal à le croire, à l’instar du commun des Tizi-Ouzéens, M. Madjid Aknouche, chef de la police judiciaire de la Sûreté de wilaya de Tizi-Ouzou, soutient “(que) nos actions ne sont pas conjoncturelles. Pour nous, elles sont on ne peut plus ordinaires”. Soit, c’est en tous les cas, lui en personne, qui décide de conduire ces descentes dans des quartiers bien déterminés, comme ce fut le cas pour cette sortie de nuit en milieu de semaine, deux jours après une première descente qui a frappé les esprits et apparemment donné à réfléchir à ces “oiseaux de la nuit” qui sévissent comme en territoire conquis, croient-ils. L’impressionnant convoi des tout-terrains Nissan des brigades mobiles de la PJ, des voitures identifiées et autres véhicules banalisés s’ébranle vers les 21h, après un briefing auquel les journalistes n’étaient évidemment pas conviés. Le long convoi arrache à sa torpeur, dans la nuit glaciale et sous une fine pluie, le centre-ville de Tizi, totalement désert, et longe cette avenue Abane-Ramdane où il ne fait plus bon vivre en journée. La procession se scinde en plusieurs groupes à hauteur du rondpoint du carrefour Djurdjura. Là, on saura, à travers les ordres communiqués par radio, que le premier point de chute de tout ce beau monde est la cité M’douha que les policiers, cinq minutes plus tard, ont investie de toutes ses issues. On saura au cours du passage au peigne fin du moindre recoin de la suite d’immeubles que cette cité-là et ses environs ont été quelques jours plus tôt l’endroit où des malfrats, encagoulés et armés, ont agressé des citoyens de passage pour les détrousser de leurs biens. En pleine opération de recherche et de contrôle d’identité, le président du comité de la cité M’douha fait son apparition et confirme la crainte dans laquelle vivent depuis quelque temps ses corésidants, les passants, notamment les étudiantes de la cité universitaire du même nom et leurs accompagnateurs, ainsi que les habitués de la station de transport de voyageurs vers les localités du nord de la wilaya de Tizi-Ouzou. Effectivement, les Tizi-Ouzéens savent qu’au-delà d’une certaine heure, il n’est pas très recommandé de se retrouver dans les environs de M’douha. Par exemple, un jeune homme qui, il y a quelques semaines, s’est oublié jusqu’aux environs de 20h devant un micro-ordinateur dans un cybercafé du centre-ville, et avant de rentrer à la cité universitaire de Hasnaoua, il entendait faire un tour du côté de la résidence de M’douha, réservée aux filles, s’est fait apostropher par trois jeunes, dont deux armés de coutelas et l’obligèrent à leur refiler son portable. Il s’exécuta sans trop rechigner et n’osa même pas porter plainte. De ces voyous, pas un ne s’y est aventuré en cette nuit de descente policière. Une entrée en matière assez tranquille pour la cinquantaine de représentants de l’ordre. La descente effectuée deux nuits plus tôt dans les cités le Cadi et les Genêts aurait-elle donné plus à réfléchir aux malfrats de tous acabits qui se sont illustrés ces derniers temps à M’douha ? Les policiers en sont, en tous les cas, convaincus. Et puis, cette nuit, la capricieuse météo a fait que, sans doute, à l’instar des Tizi-Ouzéens, la vermine a préféré rester au chaud. Mais ce n’est pas pour autant que la tournée a été interrompue. Heureusement d’ailleurs, puisque, lors des trois autres étapes du programme établi par le commissaire Aknouche, de drôles de numéros ont été appréhendés.
“Je me plaindrai à mon ami… le wali !”

D’abord, dans ce quartier résidentiel entre le boulevard Krim- Belkacem, qui traverse la Nouvelle-Ville, et le pôle technologique de l’université de Tizi- Ouzou, plus connu sous le nom de Bastos. Une de ces nouvelles cités qui ont fleuri à une vitesse ahurissante ces dernières années. “C’est ici que le commissaire Kasser a été assassiné”, rappelle un des lieutenants du commissaire Aknouche en se tenant devant le portail d’entrée de la résidence Tasseda. Le même lieutenant qui, quelques minutes plus tard, aura du mal à cacher son courroux contre un gars qui assistait, dans son véhicule avec le moteur ronronnant, à ce petit ratissage. Celui-ci, en effet, semblait se soucier comme de sa première chaussette de la gêne qu’il faisait subir aux résidants des rez-de-chaussée et premiers étages et puis, à travers ses réparties au policier qui lui demandait ses papiers, il avait donné l’air clairement et beaucoup plus dérangé que rassuré par l’arrivée de la cavalerie. “Il faut parfois jouer au fin psychologue pour faire parvenir le message, pour faire comprendre au citoyen que c’est de lui que dépend avant tout sa sécurité. Ce qui est curieux avec certaines gens ici à Tizi-Ouzou comme partout dans la wilaya, quand je m’adresse à eux en kabyle, c’est tout juste s’ils obtempèrent. Par contre, si c’est en arabe que je les interpelle, ils deviennent des modèles de citoyens”, ajoute cet élément de la BMPJ. Des comportements avec lesquels les policiers doivent malgré eux composer, faire preuve de beaucoup de diplomatie, comme lorsqu’ils découvrirent, bien dissimulée dans un Renault Express à bord duquel avaient pris place trois jeunes hommes, une grenade lacrymogène. Après de longues minutes de palabres, les jeunes qui se sont avérés être des commerçants et qui, pour prendre leurs devants contre toute mésaventure du genre de celles vécues par des voisins à eux, résidant dans une des cités du boulevard Krim- Belkacem, victimes d’agressions. De la diplomatie et du tact, ils doivent en faire preuve certes, mais sans se laisser pour autant marcher sur les pieds comme tentait de le faire cet énergumène, bourré comme pas possible, qui, non content du boucan d’enfer qu’il faisait subir aux résidants de la cité, toisait les représentants de l’ordre, les défiait puis les menaçait de les signaler à son ami… le wali ! Il s’en ira cuver son vin dans une des cellules du commissariat central.
“A chaque quartier sa spécialité”
“Il a de la chance, le bougre. Dans son état, il aurait fait une belle proie aux rôdeurs qui n’auraient pas hésité à le déshabiller s’il était tombé entre leurs mains”, lance un monsieur de toute évidence résidant dans les parages et bien au fait des mœurs en vogue ici. Halte donc beaucoup plus active que la première. Une heure et demie environ après le début de l’opération, l’escouade se fixe rendez-vous dans cette immensité que constitue la Nouvelle-Ville qu’une partie traverse de haut en bas, à pied, en inspectant le moindre recoin. D’autres groupes font irruption de partout, d’où ceux qui ont quelque chose à se reprocher peuvent prendre la tangente. Spectacle inhabituel auquel assistent, éberlués, les quelques commerçants encore actifs, notamment ceux faisant face au commissariat de la cité des 600 Logements. Au point de ralliement, sur le parvis du plus ancien des trois commissariats de la Nouvelle- Ville, l’on saura de la part du commissaire Aknouche que plusieurs arrestations ont été opérées. Ainsi, un des groupes étant intervenu dans les dédales de cette immensité a mis la main sur un jeune qui détenait 145 grammes de stupéfiants. Une troisième prise d’un trait puisque, la veille, et le jour d’avant, ce sont respectivement 140 puis 130 grammes qui ont été retrouvés sur deux autres personnes dans le même quartier. “A croire que c’est une spécialisation”, lance le chef de la police judiciaire à Tizi-Ouzou. Au milieu de la nuit, après une dernière virée du côté de la cité Bekkar, toujours au centre-ville de Tizi, aux environs du stade du 1er-Novembre, la mission prend fin. Une mission, a expliqué en guise d’épilogue le commissaire Madjid Aknouche, qui s’inspire de celles mises sur pied durant le mois de Ramadhan. Eu égard aux résultats réalisés, depuis, il ne se passe pas une semaine sans qu’une opération du genre soit menée. Celle de lundi soir a permis de procéder à douze interpellations pour examen de situation, trois pour conduite en état d’ivresse, une pour détention de stupéfiants, une pour tapage nocturne et dégradation de biens d’autrui et deux autres pour port d’armes blanches. De quoi permettre aux Tizi- Ouzéens d’être un peu plus rassurés peut-être et ce, en attendant qu’une solution soit trouvée pour que soit mis fin au calvaire qu’ils vivent lorsqu’ils n’ont pas d’autre choix que de traverser ce qui reste de cette belle grand-rue d’il n’y a pas longtemps, l’avenue Abane- Ramdane. Lorsque les policiers ne retomberont pas nez à nez avec de petits voyous qu’ils avaient arrêtés quelques jours plus tôt, mais qui, par on ne sait quel miracle, se retrouvent dans la nature.
A. M.

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