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“L’Algérienne des eaux s’excuse auprès des citoyens
pour les désagréments causés par l’éclatement de deux
conduites d’égout dans les quartiers de…”
…Bab-Djedid et El Harrach
C’est malin ! Et qu’est-ce que je vais écrire maintenant ? Quels termes
vais-je utiliser pour décrire une guerre qui, de toutes les manières, n’a
finalement pas eu lieu ? D’abord, une certitude : on ne peut plus écrire le mot
“terroriste” ni l’expression “lutte antiterroriste”. On doit dire TRAGEDIE
NATIONALE. “Haya ya aouled ! Répétez après moi : TRAGEDIE NATIONALE ! Ah’ssantou
!” Mais pour qu’il y ait tragédie nationale, il faut qu’il y ait des
intervenants. Si on ne peut plus désigner par forces républicaines contre forces
obscurantistes, forces de sécurité contre groupes terroristes cette guerre qui
n’a pas eu lieu, comment alors les appeler ? Les acteurs de la tragédie
nationale ? Ouais ! Ça reste tout de même un peu vague, ça, les “acteurs de la
tragédie nationale”. Tentons d’affiner. Dans cette tragédie nationale, il y
avait tout de même ceux qui tuaient et ceux qui se faisaient tuer, non ? Ah !
D’accord ! Personne n’a été tué entre 1990 et 1999 ? Mais il y a eu des morts ?
Et ces morts ne sont pas décédés d’insolation, d’intoxication alimentaire ou de
grippe aviaire quand même ! C’est là où le génie de la recherche linguistique
algérienne vient à la rescousse. A partir de maintenant, il faudra s’habituer à
dire et à écrire : “Les victimes, toutes les victimes de la grande tragédie
nationale.” Ainsi donc, celui qui a tué et celui qui a été tué sont tous deux
les victimes à parts égales de la SARL TRAGEDIE NATIONALE. Assassins et
assassinés, même tarif ! Comment ? Même ça, même le mot “assassins” on ne peut
plus l’écrire, et cela parce qu’il risque d’exacerber les plaies de la tragédie
nationale ? Alors, je ne vois plus qu’une seule solution. Faisons court sans
exacerber cette si sensible tragédie nationale. ALGERIE. 1990-1999. Bilan des
accidents de la circulation : 200 mille morts. Afin que ne se reproduise plus
cette terrible tragédie nationale de la route, soyez prudents au volant. Levez
le pied ! Merci ! Et fumez du thé pour rester éveillé, le cauchemar continue.
H. L.
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