Dimanche 12 Mars 2006
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EL MIM’HAT ! *

Par Hakim Laâlam  
Email : laalamh@yahoo.fr

“En hommage au président russe en visite officielle en
Algérie vendredi dernier, la localité de Ras-El-Ma a été
rebaptisée de son nom.”
 

Ras Poutine

C’est fou ce que certains de mes compatriotes sont de mauvaise foi. Ils poussent la perversion jusqu’à chercher d’obscures raisons au fait que Poutine ait rétréci sa visite officielle à quelques heures seulement. Bon, d’accord, habituellement, une visite de chef d’Etat labellisée “visite de travail”, ça dure au moins 48 heures. Mais ce n’est pas une règle canonique ! Il n’est écrit dans aucun cahier des charges qu’un président doive obligatoirement passer trois jours dans un bled où il effectue une visite de travail. C’est d’autant moins une règle que dans le cas de Poutine, les choses étaient simples : il devait prendre une gomme, neuve de préférence, effacer un chiffre dans une colonne et en inscrire un autre dans une autre colonne, blindée celle-là. Pour ce jeu d’écritures, nous n’allions tout de même pas passer trois jours, ni deux. Un seul a suffi. Vite fait bien fait ! Et d’ores et déjà, que les busards qui guettent un coup de pompe sur le visage de Abdekka, une ride plus accentuée, une joue un peu plus creuse ou un œil un peu moins lumineux se fassent une raison. Avec le chef de l’Etat sud-coréen qui est chez nous, les choses vont aller encore plus vite. Un coup de gomme par-ci. Un coup de crayon par-là Je te bousse. Tu me bousse. Le bonjour chez toi. Allez, hop ! Dans l’avion l’invité et au suivant ! Faut pas y voir autre chose qu’une volonté d’efficacité dans les relations de coopération. Le monde va vite. La mondialisation nous impose de cravacher comme des damnés. Nous nous adaptons à cette accélération du temps universel, c’est tout. Le reste, tout le reste, les notes confidentielles qui auraient été envoyées aux chancelleries leur demandant d’alléger les programmes des visites en Algérie, d’éviter les arrivées en week-end, ou encore de faire court dans les discours à l’occasion d’un portage de toast, tout cela n’est qu’affabulations et commérages. Et l’Algérie ne peut perdre de temps en commérages. L’Algérie est trop consciente de la place qui est la sienne aujourd’hui. Une place de choix, coincée entre deux gommes, celle qui efface le passé des terroristes et celle qui efface la dette russe et ses frangines américaines et françaises. Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.

* La gomme en arabe classique

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