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“En hommage au président russe en visite officielle en
Algérie vendredi dernier, la localité de Ras-El-Ma a été
rebaptisée de son nom.”
Ras Poutine
C’est fou ce que certains de mes compatriotes sont de mauvaise foi. Ils
poussent la perversion jusqu’à chercher d’obscures raisons au fait que Poutine
ait rétréci sa visite officielle à quelques heures seulement. Bon, d’accord,
habituellement, une visite de chef d’Etat labellisée “visite de travail”, ça
dure au moins 48 heures. Mais ce n’est pas une règle canonique ! Il n’est écrit
dans aucun cahier des charges qu’un président doive obligatoirement passer trois
jours dans un bled où il effectue une visite de travail. C’est d’autant moins
une règle que dans le cas de Poutine, les choses étaient simples : il devait
prendre une gomme, neuve de préférence, effacer un chiffre dans une colonne et
en inscrire un autre dans une autre colonne, blindée celle-là. Pour ce jeu
d’écritures, nous n’allions tout de même pas passer trois jours, ni deux. Un
seul a suffi. Vite fait bien fait ! Et d’ores et déjà, que les busards qui
guettent un coup de pompe sur le visage de Abdekka, une ride plus accentuée, une
joue un peu plus creuse ou un œil un peu moins lumineux se fassent une raison.
Avec le chef de l’Etat sud-coréen qui est chez nous, les choses vont aller
encore plus vite. Un coup de gomme par-ci. Un coup de crayon par-là Je te
bousse.
Tu me bousse. Le bonjour chez toi. Allez, hop ! Dans l’avion l’invité et au
suivant ! Faut pas y voir autre chose qu’une volonté d’efficacité dans les
relations de coopération. Le monde va vite. La mondialisation nous impose de
cravacher comme des damnés. Nous nous adaptons à cette accélération du temps
universel, c’est tout. Le reste, tout le reste, les notes confidentielles qui
auraient été envoyées aux chancelleries leur demandant d’alléger les programmes
des visites en Algérie, d’éviter les arrivées en week-end, ou encore de faire
court dans les discours à l’occasion d’un portage de toast, tout cela n’est
qu’affabulations et commérages. Et l’Algérie ne peut perdre de temps en
commérages. L’Algérie est trop consciente de la place qui est la sienne
aujourd’hui. Une place de choix, coincée entre deux gommes, celle qui efface le
passé des terroristes et celle qui efface la dette russe et ses frangines
américaines et françaises. Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar
continue.
H. L.
* La gomme en arabe classique
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