Corruptions : DROIT DE REPONSE A M. CHERIF DERBAL
"Pour la mémoire de feu le docteur Amir"


Suite à la publication dans ces colonnes du témoignage de M. Chérif Derbal sur l’histoire de la Cour des comptes (voir Le Soir d’Algérie des 23 et 30 janvier et 6 février 2006), nous avons reçu un droit de réponse signé par la famille de feu Amir, la famille Badsi et Redouane Ainad-Tabet, secrétaire général de la Cour des comptes. Nous publions ci-dessous ce droit de réponse. Les surtitre et titre sont des auteurs de ce texte.

Ayant rendu public trois lundis de suite — les 23 et 30 janvier et le 6 février courant — dans les colonnes de votre journal et sur votre site Internet, dans l’espace “Corruption”, un article commis par M. Chérif Derbal sous forme de témoignage rempli d’erreurs, de chicaneries et d’omissions volontaires ou involontaires mais surtout attentatoires à la mémoire de feu le docteur Mohamed Amir et donc à l’honneur des familles, nous vous prions de bien vouloir insérer, en vertu du droit de réponse, cette mise au point portant sur ces quelques assertions de l’intéressé : Confiants en votre respect de la déontologie journalistique, nous vous saurions particulièrement gré de bien vouloir publier ce droit de réponse dans les mêmes conditions et présentations. Il pourrait être intitulé : Droit de réponse à M. Chérif Derbal : pour la mémoire de feu le docteur Mohamed Amir.
1 - Il faut d’abord remarquer le courage extraordinaire de ce personnage qui ose attenter non sans trivialité. C’est lui qui emploie deux fois ce mot dans votre livraison de ce lundi 6 courant, à la mémoire du président de la Cour des comptes (qu’il prétend défendre), décédé, il y a plus de 15 ans et qui ne peut plus, par conséquent, lui répondre directement. Force est donc de le faire à sa place.
2 - Sa première erreur incroyable a été de prétendre que “Dr Amir” était son nom de guerre, les guillemets étant de l’auteur. Or, bien qu’ayant été médecin-chef de la DGIO (Direction générale de l’instruction ouest), il s’agit bien de son nom réel : Mohamed Amir Benaïssa.
3 - L’amalgame entre son nom et la corruption, dans cet espace, est hautement regrettable, car ancien officier supérieur de l’ALN, ancien directeur de la santé militaire, ancien secrétaire général de la présidence de la République pendant près de 7 ans, jour et nuit, ancien ministre du Travail et de la Formation professionnelle, ancien membre du comité central et du bureau politique du FLN, le docteur Mohamed Amir était connu et même réputé pour son intégrité, sa probité et son extrême rigueur, en matière de gestion des deniers publics. Des dizaines de personnes prises au hasard parmi celles qu’il cite dans la dédicace de son livre (1), de la page 15 à la page 20, ou qui l’ont connu ailleurs, peuvent en témoigner. N’a-t-il pas été aussi le premier à remettre la déclaration de son patrimoine à la présidence de la République où elle est archivée ? Mais revenons à cet écrit de M. Chérif Derbal.
4- L’essentiel de cet article incriminé est constitué par des notes datées du 6 avril 1981, 21 juin 1981, 15 décembre 1981 et adressées au président de la Cour des comptes. Elles datent donc de 25 ans. Rédigées dans l’exercice de ses fonctions pour lesquelles il avait accepté d’être nommé et responsable de la 2e Chambre. Ce juriste réalise-t-il que ces notes internes ne sont pas personnelles, qu’elles appartiennent à l’administration et qu’elles auraient dû rester dans les bureaux de la Cour des comptes où elles ont été produites ? Sait-il que la loi archivistique de notre pays — et des autres d’ailleurs — interdit formellement la consultation et, a fortiori, la publication de pièces d’archives pouvant porter atteinte à l’honneur des personnes et de leur famille ? surtout en les instrumentant de manière subjective.
5 - Dans sa note du 17 juin 1981, il écrit textuellement : “J’ai réitéré mon refus de juger les dossiers.” C’est donc un récidiviste. C’est alors que le président de la Cour des comptes a dû rendre compte à la présidence de la République de son attitude délibérée et systématique. Or, curieusement il ne cite pas ce rapport qui existe probablement à la Cour des comptes et sûrement à la présidence où justement, le docteur Mohamed Amir avait mis en place un plan de classement des archives. Loin de nous l’idée selon laquelle M. Derbal, magistrat du 3e âge, aurait conservé un ressentiment vindicatif durant un quart de siècle et que ce soit la seule motivation pour sortir de l’anonymat, aujourd’hui.
6 - Ailleurs, il cite lui-même un “groupe de travail d’une douzaine de membres (quelle précision !), députés, magistrats et hauts fonctionnaires présidé par le Dr Ahmed Taleb-Ibrahimi”. N’ayant probablement par l’habitude de rédiger des articles scientifiques, il ne mentionne pas, fût-ce en note de bas de page, les noms de tous ceux qui ont effectivement participé à l’élaboration de la loi n° 80-05 du 1er mars 1980. Est-ce une façon de les occulter pour mieux s’approprier tout seul le mérite de leur (s) apport (s) respectif (s). Nous ne le pensons pas, car ce serait malhonnête et indigne de la part de ce personnage.
7 - A propos de ce dernier terme qui pourrait être ressenti dans sa connotation péjorative. Ce qui n’est pas le cas ici mais que M. Chérif Derbal utilise à trois reprises dans sa lettre du 6 avril 1981. Pourquoi qualifie- t-il de “personnages” deux officiers de l’Armée nationale populaire cités nommément ? Leur tort a-t-il été de l’empêcher de recevoir ses amis, comme il le dit, ou de transformer “sa chambre” en salon où l’on cause ? Quant au président de la Cour des comptes, ne devait-il pas veiller, selon sa propre expression, sur : la “sécurité : surveillance diurne et nocturne” de cette jeune institution étatique, ou bien la laisser ouverte à tous les courants d’air volatiles ?
8 - Toujours dans l’opposition systématique et à la recherche d’arguties, il “cite également la vaccination contre la grippe” qui était effectivement faites bénévolement par le dispensaire situé juste en face de l’ancien siège de la Cour des comptes (ex-Rue Beauséjour). Deux raisons pouvaient inciter le Docteur Amir, médecin de formation, à préconiser chaque hiver cette prévention contre la maladie : la santé du personnel — des citoyens algériens comme lui — et, en même temps la diminution de l’absentéisme à cause de cette maladie saisonnière. Faut-il rappeler aux lecteurs que cette année 2005-2006, beaucoup de personnes, surtout âgées, ont cherché partout dans toutes les pharmacies, à n’importe quel prix, ce vaccin antigrippal qui a quelque peu tardé à y arriver ? Faut-il rappeler, aussi, que le secteur de la santé a programmé cette année la vaccination de 900 000 personnes pour lutter contre la grippe (la presse nationale en a fait l’écho). Le président de la Cour des comptes a alors été, à chaque fois, le premier à se faire vacciner donnant ainsi l’exemple à tous, y compris aux autres présidents de chambre qui n’ont rien trouvé à redire. Nous défions M. Derbal, magistrat ayant en principe l’habitude de “juger sur pièce”, de brandir le moindre texte — décision ou circulaire — faisant obligation à quiconque de cette vaccination. Mais enfin, le président de la Cour des comptes devait-il à chaque fois demander son aval à M. Derbal avant de prendre ses responsabilité, lui qui en a, des années durant, assumé d’autres beaucoup plus importantes ?
9 - L’intéressé ne dit pas à vos lecteurs pourquoi, presque une année après la promulgation de la loi créant la Cour des comptes, cette institution n’a pas été mise en place, ni pourquoi la présidence de la République a dû faire appel au docteur Amir ? Alors, citons succinctement et objectivement pourquoi celui-ci peut être considéré comme étant le véritable créateur de cette institution de contrôle a posteriori de toutes les dépenses publiques et qui faisait défaut, concrètement, à l’Etat algérien. En effet, il revient au docteur Amir le mérite d’avoir, le premier :
- développé et étoffé les dix chambres par un personnel qualifié, les rendant ainsi opérationnelles,
- organisé les concours de recrutement,
- établi le budget,
- imaginé le logo et même les robes de magistrats, sans lesquelles ils ne pouvaient siéger valablement,
- présidé la première prestation de serment,
- mis en place le greffe permettant, enfin, de recevoir les premiers dépôts des comptes et bilans annuels des entreprises et leur contrôle selon alors, la méthode des sondages, à cause de leur nombre,
- lancé la première revue et les annales de sa jurisprudence,
- initié les premières enquêtes économiques sur le terrain pour le contrôle “sur pièce et sur place”,
- créé le dépôt des archives de la Cour des comptes dans un grand garage, situé rue Ghermoul, non loin de son siège,
- opéré, malgré certaines réticences, le premier contrôle de la gestion de nos postes diplomatiques à l’étranger, par cette nouvelle institution, extérieure au ministère concerné,
- élaboré le 1er rapport annuel de la Cour des comptes, avec ses recommandations destiné à la présidence de la République, pour une meilleure gestion,
- mis en place, en pratique, un règlement intérieur et un code de déontologie refusant, quoi que prétende M. Derbal dans sa 3e partie, tout règlement de compte par la Cour des comptes, avec “tel ou tel”, pour reprendre son expression. Faisant encore preuve de sa probité sans faille, le docteur Amir préférera laisser cette besogne à d’autres et être remplacé à la tête de cette institution. De toutes ces actions fondatrices, le censeur, les magistrats et tous ceux qui ont véritablement contribué à la mise en place de cette institution, pourraient en témoigner ; les preuves matérielles, aussi ; elles existent. Les historiens s’en occuperont sans passion un jour prochain, car il s’agit de l’histoire de notre pays. C’est alors, M. le magistrat, qu’il fallait rester et continuer “la légitimité du combat”, titre de la 3e partie et quelle redondance (!) et non pas s’inquiéter, 25 ans après, pour “le devenir de cette institution” (titre de la 2e partie) à l’aide de lettres vermoulues. Qu’est-ce qui vous certifie et nous prouve aujourd’hui, alors que la Cour des comptes est assez grande pour se défendre elle-même, qu’elle est menacée ou en voie de disparition ? Au fait, que faisiez-vous alors, refusant et réitérant votre refus d’examiner des dossiers, écrivant lettre sur lettre “de manière plus triviale encore”, ce sont vos propres termes, étonnants sous la plume d’un magistrat ?
10 - A la fin de la première partie, vous osez utiliser le mot de “sérail” dont la connotation péjorative et attentatoire n’a pu échapper à l’homme de lettres... précieusement conservées, que vous êtes. Auparavant, vous n’avez pas manqué de rappeler d’abord à deux reprises, proches l’une de l’autre dans le texte, que vous avez été “accessoirement enseignant” à l’Ecole nationale d’administration. Ayant donné également cours et conférences dans cette prestigieuse ENA qui a formé des milliers de cadre dont l’Etat algérien avait grand besoin, je n’ai pas manqué, moi, en passant dans le grand hall d’entrée de remarquer les photos des différentes promotions autour du premier directeur, M. Missoum Sbih, qui donnera son nom au rapport que vous citez. Parmi tous ces cadres accrochés, un attire particulièrement l’attention : celui de feu Ahmed Medeghri, ancien ministre de l’Intérieur à qui l’ont doit l’organisation de nos collectivités locales et qui a été à l’origine de la création de cette école où vous avez donné quelques cours. C’était aussi un homme du “sérail”. Quant à l’autre homme du “sérail” dont vous dénigrez les mérites des décennies après, il s’est lui aussi souvenu, un jour en roulant sur l’autoroute menant de Ben Aknoun à Dar El-Beïda que celle-ci n’était qu’“un trait jaune” sur une carte quand, secrétaire général de la présidence, il suivait les travaux du Comedor qui l’avait programmée. Et, si, après le pont, vous bifurquez à droite pour aller vers Birkhadem, vous passerez devant un bâtiment majestueux : le siège et dépôt fonctionnel selon leurs spécificités des Archives nationales d’Algérie. Cette institution, mémoire de la nation, manquait aussi à l’Etat algérien. C’est aussi une autre contribution du docteur Amir à la mission d’édification. Ce ne sont que quelques exemples. Ce serait trop long, dans ce cadre, de citer ici toutes les réalisations des hommes du “sérail” mais, objectivement, leur existence concrète et durable et l’histoire en témoignent. Ce n’est pas positif de diminuer le mérite ou la valeur de ces hommes et des acquis du peuple algérien qui a construit son Etat, pierre après pierre. Certes, toute œuvre humaine est imparfaite et comporte des aspects négatifs. Ne s’est pas trompé que celui qui n’a rien fait et rien laissé. Il appartient maintenant à la nouvelle génération de continuer à construire en se servant de ces acquis, ou à modifier, corriger, enrichir, le cas échéant. Mais, de grâce ne détruisez pas le construit et ne rabaissez pas les constructeurs. Le moudjahid Mohamed Amir était de ceux-ci.
 

P/La famille du docteur Mohamed Amir, enfants et familles alliées
P/La famille Badsi et alliés Redouane Ainad-Tabet, universitaire, ancien directeur des Archives nationales et secrétaire général de la Cour des comptes

(1) Docteur Mohamed Amir, “Contribution à l’étude de la Santé en Algérie, autour d’une expérience vécue en ALN, wilaya V”, Alger OPU, 1986

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