Mercredi 15 Mars 2006
Accueil | Edition du jour | Archives
Rechercher:   Recherche avancée
Actualités
Périscoop
Régions Centre
Régions Est
Régions Ouest
Sports
Femme magazine
Panorama
Pousse avec eux
Edition du jour
 
Le Soir Retraite
Le Soir Auto
 
 
Nos archives en HTML
Nos archives en PDF
 

ÇA ROULE POUR LE CARROSSIER !

Par Hakim Laâlam  
Email : laalamh@yahoo.fr

Tripartite gouvernement-UGTA-patronat. Il y sera effectivement
question de salaires.

Abderezzak El Para nous l’a confirmé

Nous avions un porte-parole de la santé du régime, chanteur de raï de son état premier. Il va vite falloir nous habituer à un fin, très fin analyste politique, tôlier et carrossier à Baraki de son premier état. L’homme, à peine sortie de prison, s’ouvre un balcon du haut duquel il nous transmet son éclairage éclairé sur le pays, son passé, son présent et son avenir. Il a un avis sur tout, le carrossier ! Pas sur la peinture métallisée, non ! Pas sur le simonisage, non ! Pas sur les retouches et la meilleure pâte à appliquer à une aile abîmée, non ! Pensez-vous ! Lui, le tôlier reçoit doctement, avec un air savant et concentré, des questions sur les équilibres fragiles du pays, sur la meilleure manière d’encourager les investisseurs étrangers à revenir en Algérie, sur les modalités de réinsertion intelligente des cadres marginalisés par la chasse aux barbus ou encore sur les choix diplomatiques que l’Algérie se doit de faire rapidement dans un contexte international marqué par les pressions sur le nucléaire iranien, et il y répond : “L’Algérie doit faire ceci. L’Algérie doit faire cela. Je lui conseille de faire kada. Et si elle ne fait pas kada, elle sera obligée de faire ensuite kada.” Et dans tout cela, le plus grave, ce n’est pas tant qu’un carrossier s’intronise acteur politique de premier plan, incontournable. Non ! Le plus grave et le plus tourmentant, c’est que le jour où le tôlier s’exprime, nous sommes là, nous, à nous pousser du coude : “Dis donc, dis donc, t’as lu l’interview de Abdelhak Layada ?” Voilà aussi comment nous fabriquons du mythe à partir d’une tôle froissée ou d’un trémolo raï. Ce n’est pas du mépris que de le noter. C’est juste qu’en personne relativement ordonnée, j’aime à voir un carrossier faire de la carrosserie, un chanteur raï chanter. Pour le reste, et malgré la boucherie dont se sont rendus coupables des gens comme le tôlier de Baraki, il me semble qu’il subsiste tout de même assez de compétences dans ce pays pour s’occuper de son avenir politique et sociétal, sans devoir faire transiter ce genre de questions fondamentales par la scène raï ou par un garage crasseux. Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.

H. L.

Nombre de lecture : 3311

La copie partielle ou totale des articles est autorisée avec mention explicite de l'origine
« Le Soir d'Algérie » et l'adresse du site