Les projets de résolutions du sommet arabe de Khartoum comprennent une déclaration sur la Palestine. En apparence, elle pourrait passer pour un acte d’indépendance. Elle demande le respect du choix démocratique des Palestiniens qui ont désigné une majorité Hamas au Parlement. Elle demande également que l’UE et les autres pays donateurs continuent à verser leurs aides financières à l’Autorité palestinienne. Mais les Etats-Unis et Israël connaissent parfaitement les limites de cette audace. La plupart des pays arabes n’ont pas honoré leurs engagements financiers, pourtant modestes au vue de leurs revenus. Le rappel de Mahmoud Abbès reste en soi un aveu de cette défection. La résolution prêterait à rire quand elle rappelle la disponibilité arabe à reconnaître Israël s’il renonçait aux territoires conquis en 1967. Les pays arabes qui entretiennent des rapports, ouverts ou cachés, sont plus nombreux que les autres. Et les autres ont avec lui des relations voulues ou imposées dans les cadres des réunions ou programmes de l’OTAN, d’association avec l’Union européenne ou de négociations avec l’OMC. Les arabes peuvent se payer de mots, les Anglo-Américains et Israël examinent les faits. Que vaut cette proposition arabe de négociation globale sur les frontières quand Israël est en train de la tracer par le mur de séparation concertation active avec les Etats-Unis ? Rien de plus que ce que j’ai écrit hier. Et sur le grand, très grand problème de fond, les résolutions ne disent rien. Pas un mot sur le projet du Grand Moyen-Orient. Il s’agit bien d’une reconfiguration brutale et profonde de l’espace politique arabe. Il n’a pas suffi que les pays du Golfe payent l’agression anglo-américaine contre l’Irak. Ils doivent se plier aux injonctions politiques directes des Etats-Unis sur leurs législations, leurs cultures et leurs systèmes éducatifs. Ils s’y sont pliés un par un. Ils n’ont pas besoin de le faire collectivement sauf à demander des délais, un peu de souplesse, un plus grand respect des formes au motif d’une montée en puissance des mouvements islamistes. Entre gens avertis, certains mots deviennent inutiles. L’agression contre l’Irak et le Grand Moyen-Orient visent à assurer la main haute des Américains sur le pétrole. Et moins pour leurs besoins domestiques comme le répète trop souvent la presse mais d’abord pour contrôler les sources d’approvisionnement des autres puissances et des autres pays. Les compagnies américaines sont là pour mettre en bon ordre ces questions énergétiques. Et chaque pays arabe est entré dans ces vues américaines selon son histoire propre, sa configuration politique, les forces qui y sont en présence. Tous, mais alors tous, sauf la Syrie, pour des raisons pas forcément honorables, ont renoncé au pire cauchemar des Etats-Unis : le nationalisme ou l’hypernationalisme, selon l’expression des experts américains. Accepter l’idée de souveraineté limitée, renoncer à la propriété du pétrole, se débarrasser de l’idée que les gouvernements (arabes ou du Tiers-Monde) sont responsables du bien-être de leurs peuples, voilà les bases idéologiques du GMO. Elles ne sont pas nouvelles. Elles datent déjà des années 1950. A part le Soudan et la Syrie pour des raisons spécifiques, donnez-moi le nom, un seul nom, d’un régime arabe qui n’est pas dans ces dispositions. Que les injonctions lui viennent de la Banque mondiale, du FMI ou de responsables états-uniens. M. B.
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