Panorama : ICI MIEUX QUE LA-BAS
L’éternel Jugurtha
Par Arezki Metref
arezkimetref@yahoo.fr


La DGSN redoute que les terroristes libérés ne préfèrent les émoluments que leur promet le GSPC, cette centrale de braquages et d’extorsions parfumés à l’encens de bazar, qui recrute à tout va tant la conjoncture lui est miraculeuse, aux mensualités malingres, de leur point de vue, grâce auxquelles l’Etat algérien s’acquitte du tribut de la compromission. C’est un peu comme si on répétait l’expérience anglaise de gestion de l’islamisme, mais avec des circonstances aggravantes.
On connaît les inéluctables résultats – rédhibitoires ! – de ces manipulations. Pendant plus de quinze ans, la Grande-Bretagne a toléré sur son sol les islamistes les plus radicaux, les laissant profiter de sa liberté d’expression pour soutenir et même appeler au djihad, croyant que s’ils orientaient leur vindicte assassine sur les pays du monde musulman, où souvent ils sont recherchés pour des crimes de sang, ils ne commettraient pas d’attentat in situ. Ils n’auraient pas la folie de sacrifier un sanctuaire cinq étoiles comme celui-là. En vertu d’une règle hygiénique transposée mécaniquement en politique par ce futé de Clémenceau, quand “ils sont dedans, ils urinent dehors”. Eh bien, non. Ils sont dedans, ils font dedans. Ils ont fini, comme on le sait, par commettre les attentats de Londres ! Les Anglais se sont ressaisis, bien que très tardivement. Mais le réveil est plutôt sanglant. Y’en a qui n’entendent pas. Qui n’entendent rien. Rien du tout. Ni les explosions de Londres ou de Madrid. Ni celles du World Trade Center à dater desquelles le grand protecteur américain, en décidant de traquer Ben Laden en la personne de Saddam Hussein, pourchasse en fait dans le désordre tout ce qui lui nuit. Ni – et c’est pire que tout ! — les souffrances de son propre peuple qui est parmi les premiers, dans l’histoire moderne de l’islamisme, conjonction de laser, d’Internet et de couteau de boucher, à compter autant de victimes des frappés de la charia. Après tout ça, on se protège dans le bunker capitonné de l’autisme. Comment appeler autrement cette capacité à se boucher les oreilles devant des évidences aussi sonores ? Car s’engager sur cette voie est encore plus aberrant dans un pays comme l’Algérie, un des premiers laboratoires où, avec la frénésie d’apprentis sorciers affairés autour de la marmite infernale, les islamistes ont testé le degré de résistance de l’Etat d’abord, et de la société, ensuite. Si, en partie, l’Etat a cédé parce que lui-même infiltré non seulement par des islamistes, mais aussi par l’islamisme, ce qui est nettement plus insidieux, la société a résisté comme elle a pu. Du moins, sur le plan idéel. C’est ce qui permet à l’Algérie de tenir encore presque droit dans ses bottes, sans que celles-ci soient forcément des rangers de militaires. Si, dans le terrain miné par la compromission politicienne, l’Algérie des racines plurielles plie mais ne rompt pas devant la niveleuse arabo-islamique frappée au coin de la corruption, c’est parce qu’il reste, sans doute, un fonds de vaillance, puisé à notre longue histoire irrendentiste, dans l’inconscient de la majorité d’entre nous. Il faut l’espérer car on ne peut pas descendre de Jugurtha et supporter qu’un Ali Benhadj fasse la loi. L’héritage de cette résistance est certes diffus, mais il est réel. Si on s’en tenait uniquement aux symboles anti-intégristes incarnés par des héroïnes et des zaïms évanescents, on en serait encore à applaudir n’importe quelle imposture. Un seul héros : elle ou lui ? Ça marche le temps d’une session ! Libérer Ali Benhadj, Layada et des centaines d’autres du même acabit, croyant qu’on puisse s’en faire des alliés contre le “terrorisme résiduel”, c’est montrer à quel point on ignore qu’il est des solutions pires que les problèmes. Ainsi donc, après tout ça, nous revenons à la case départ. Ou pire encore. L’islamo-conservatisme triomphe comme jamais. Tandis que Soltani, figure de l’islamisme à la barbe taillée au carré, trépigne dans l’attente du bras qui devrait logiquement suivre le doigt qu’on lui a tendu, les émirs, ébouriffés, fraîchement élargis, distribuent des largesses sous formes de nouvelles “attestations communales” destinées à faire profiter les petits camarades des bienfaits sonnants et trébuchants de la réconciliation. Les subsides du Trésor public qui n’iront pas à la réparation des dégâts causés par plus d’une décennie de violence islamiste seront consacrés à dédommager grassement ceux qui les ont commis. C’est ça, la “tragédie nationale” ! Une farce sombre. Un détournement de sens à l’échelle du drame d’un peuple, béni par le pouvoir politique et les puissances de l’argent. Celles et ceux qui ont cru, un moment, que notre peuple n’était ni plus ni moins congénitalement inapte qu’un autre à la démocratie, à la laïcité et aux valeurs républicaines, se surprennent à évaluer avec amertume les occasions manquées. Et le prix de chacune d’elles. 200 000 morts ? La désaffection quasi totale par rapport à la politique, cessant d’être l’attitude citoyenne prescrite par le sens grec du mot pour devenir un délit impuni d’initié ? La douleur indicible ? La fracture au sein d’une société qui commençait à peine à se former après les multiples brisures coloniales ? C’est tout cela et plus encore, le coût de la régression.
A. M.
P.S. d’ici : C’est l’opportunité de rappeler que le poète Jean Amrouche, à qui j’emprunte ce titre, aurait eu 100 ans au mois de février dernier. Salut à la mémoire de ce fils de l’éternel Jugurtha!

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