La lutte contre la corruption figurait en tête du programme électoral du président de la République tant lors du premier mandat que dans le second. Son discours lors de l'ouverture de l'année judiciaire 2004-2005 — sa première sortie médiatique — depuis sa réélection lors du second mandat, en a fait une priorité. A ce titre, des observateurs avertis considèrent à ce titre que la lutte contre la corruption est devenue pour l'Algérie le meilleur raccourci dans le long chemin qui reste à faire pour rétablir la confiance des gouvernés à l'égard de leurs gouvernants. C'est également une exigence des engagements internationaux de ce pays, tels l'accord d'association avec l'Union européenne, la signature de la Convention des Nations unies contre la corruption ou encore le projet d'adhésion à l'Organisation mondiale du commerce (OMC). C’est ainsi qu’une batterie d’instruments de contrôle destiné à la lutte contre la corruption a été promulguée. On peut citer particulièrement «le vote de la loi du 14 juin 2003 relative à la répression de l'infraction à la législation et à la réglementation des changes et des mouvements de capitaux de et vers l’étranger» et la mise en place d'une cellule gouvernementale du traitement du renseignement financier auprès du ministère des Finances. Cette cellule est opérationnelle depuis décembre 2004 et serait selon la réglementation algérienne, «un organisme indépendant chargé de recevoir, d’analyser et de traiter les déclarations de soupçons relatives aux opérations bancaires ou financières susceptibles de constituer des infractions de blanchiment de capitaux ou de financement du terrorisme», «une réglementation sur la déclaration de soupçon de blanchiment d’argent». Or, la réalité du terrain est tout autre. Elle illustre, à travers les multiples scandales qui ont éclaté au grand jour ces six dernières années, toute «l’impuissance», dit-on, des pouvoirs publics à concrétiser sur le terrain «leur volonté politique à éradiquer ce phénomène ». C’est à ce titre qu’il est important de citer notamment les nombreux scandales financiers en cours d’instruction qui ont ébranlé le système bancaire algérien (scandales de la BNA, de la BADR, du CPA), des hauts fonctionnaires écroués en attendant leur traduction devant la justice alors que d’autres ont été condamnés (le wali d’Oran, un cadre du ministère de la Justice), l’affaire de l’ex- wali de Blida ou encore l’affaire Khalifa dont pas moins de 3000 personnes dont des cadres de la République ont été auditionnées… La gravité de la situation est-elle qu’on n’a pas hésité à faire appel «conseils» à l’ex-juge franco-norvégienne Eva Joly, championne toutes catégories de la lutte anticorruption, célèbre pour avoir instruit, entre autres, le dossier Elf et l'affaire du Crédit Lyonnais, aujourd'hui conseiller du gouvernement en place à Oslo. Un procédé, voire une démarche dont l’objectif recherché par ses initiateurs «est de faire croire à l’opinion publique, qu’il y a volonté des pouvoirs publics à vouloir lutter contre le phénomène de la corruption». Cela n'empêche pas l'homme de la rue d'être convaincu que la justice ne s'en prendra qu'à des lampistes, épargnant les puissants du système. Les raisons sont sans doute à rechercher dans l'utilisation passée de ce genre de campagne contre la corruption. Cela dit, la principale question qui reste posée dans ces milieux avertis est celle de savoir si le discours officiel qui fait de la lutte contre la délinquance économique une priorité absolue dans le cadre de l'assainissement du climat des affaires en Algérie est-il en voie d'application concrète ? La réponse est tout indiquée dès lors la crédibilité des pouvoirs publics dans le domaine de la lutte contre la corruption passera par une affirmation de sa volonté politique clairement affirmée sur le terrain, et l’application effective des lois qui ont été votées par ses institutions. Abder Bettache youcefabder@hotmail.com
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