Il y a longtemps que l’information a cessé d’exister dans les médias
traditionnels. Appartenant aux grands lobbies liés aux systèmes de
gouvernement et aux multinationales, les networks et les grands groupes de
presse ont abandonné leur mission première pour faire dans la propagande
pure et simple. Bien sûr, cela ne se fait pas avec la même légèreté et le
même mépris du téléspectateur ou du lecteur qu’on connaissait sous les
régimes du parti unique.
Des cabinets sophistiqués préparent, à un niveau
secret, les grandes orientations qui servent de base aux grosses
manipulations des temps modernes. Avant la guerre d’Irak, la nouvelle droite
américaine qui entoure Bush, consciente de l’importance de la manipulation
de l’opinion publique, avait confié au cabinet Benador le soin de préparer
la population à l’invasion du pays de Saddam. L’idée était toute simple :
partir des événements du 11 septembre pour ancrer dans les têtes blondes la
nécessité de se prémunir contre une nouvelle menace, beaucoup plus
dangereuse. L’honneur de l’Amérique était en jeu. Il fallait attaquer
rapidement l’un des axes du mal… Pendant plusieurs mois, presse et
télévision vont relayer émissions, reportages et fausses informations
désignant sans ambages l’homme qui fait peser les plus graves dangers sur
les Etats-Unis. C’était la tâche de Benador. Ce dernier fait partie d’un
groupe de cabinets où se rejoignent les intérêts des intégristes de
l’extrême droite américaine, représentés par Bush et sa secte, et ceux du
sionisme international. Il s’inspire de méthodes qui rappellent à la fois
les procédés des sectes et la propagande hitlérienne. Le réseau Voltaire, à
la pointe du combat contre la mystification, relève dans l’une de ses études
que le cabinet Benador avait assuré, avant la guerre, les plans médias de 37
personnalités qui devaient systématiquement assister aux plateaux télévisés,
publier des tribunes libres dans les grands quotidiens, signer des livres,
etc. «Depuis le début de la crise, précise le réseau, les personnalités
représentées par Benador Associates sont les sources d'information quasi
exclusives des médias et des institutions publiques du monde entier sur
l'arsenal dont disposerait l'Irak, sur le génocide qui aurait été commis par
le régime de Saddam Hussein et sur ses liens avec Al Qaïda. Avant même que
le secrétaire d'Etat, Colin Powell, ne prenne la parole devant le Conseil de
sécurité des Nations Unies, le séminaire de Benador Associates entendait
révéler à la presse le «dessous des cartes». Elena Benador est une jeune
«attachée de presse» d'origine péruvienne. Les «clients» de son cabinet
forment un groupe homogène de personnalités promouvant l'attaque de l'Irak,
le renversement du prince régent d'Arabie saoudite, le remodelage des
frontières au Proche-Orient et la déportation des Palestiniens. La plupart
de ces «clients» sont états-uniens ou israéliens.» Et de signaler qu’une
enquête du magazine The American Prospect révèle ainsi «la puissance de ces
cabinets noirs qui “fabriquent” de l’information pour servir les desseins de
Dick Cheney, qui est le véritable boss de l’équipe au pouvoir». Ce que l’on
nous présente comme la presse et la télévision les plus libres du monde ont
recours en fait aux mêmes méthodes sordides en vigueur sous les pires
régimes coloniaux, comme de présenter ceux qui luttent contre l’occupation
comme des terroristes, censurer les séquences montrant leurs attaques,
monopoliser l’information, empêcher le débat, occulter les intérêts
économiques, présenter l’agression comme une œuvre civilisatrice (ici amener
la démocratie), interdire la publication des images des soldats morts ou de
l’arrivée de leurs corps, focaliser l’attention sur les méfaits d’un tyran
capturé, comme on le faisait pour les chefs des guérilleros, les juger dans
de véritables procès fleuves qui visent à détourner l’attention sur la
fragilité des troupes… Tout y est : l’Amérique et la Grande-Bretagne ont
bien appris la leçon et se comportent comme les pires dictatures du XXe
siècle ! Lorsque la guerre a commencé, les grands médias ont continué à
propager leur venin, cachant la triste vérité d’une agression unique dans
les annales des guerres, par le nombre de morts, les intérêts sales qu’elle
cachait et l’incroyable silence de la communauté internationale ! La
manipulation continue jusqu’à aujourd’hui alors que la guerre s’enlise et
qu’aucune perspective ne s’offre à Bush et consorts pour sortir du bourbier.
Malgré la mobilisation de près de 150.000 hommes et d’une armée composée de
plus de 200.000 collaborateurs, la résistance continue de porter des coups
sévères à la puissante armée américaine. La manipulation, la fausse
information, s’appuyant sur des actions commanditées par les services
secrets (à Bassorah, on a arrêté des agents britanniques avec un équipement
destiné à commettre des attentats qui furent d’ailleurs libérés de force par
l’armée de Sa Majesté), visent à créer une situation de chaos dans le pays
car, contrairement à ce qu’ils avancent, une guerre civile ferait l’affaire
des agresseurs ! N’oublions pas que l’objectif premier de ce conflit était,
en plus de faire empocher beaucoup d’argent aux compagnies pétrolières —
dont celle du vice-président Dick Cheney — et aux industriels de l’armement,
de détruire totalement l’Irak, considéré comme un danger potentiel pesant
sur Israël. L’actuel scénario dirigé contre l’Iran rappelle, en tous points,
celui concocté pour l’Irak par les cabinets noirs représentant les intérêts
de l’impérialisme américano- sioniste. Et c’est mieux fait cette fois-ci
parce que l’Europe occidentale, qui avait laissé montrer une certaine
contradiction au projet irakien de Bush, est en pleine campagne, avec ses
grands journaux et ses télévisions. Ni Le Monde, ni Libération, ni TF1, ni
France 2 ne soufflent mot sur l’impressionnant arsenal militaire israélien
et ses centaines de têtes nucléaires. En face, nos démocrates, qui, comme
toujours, ne savent pas souvent discerner ce qui est fondamental de ce qui
ne l’est pas, s’embarquent souvent dans le mauvais train et je les vois
s’indigner de ce que l’on parle encore d’impérialisme ! Non, il n’existe que
dans notre imagination, le monstre hideux qui tue les peuples, veut
renverser Chavez, Castro et El Hraoui, El Assad et tous ceux qui lui
opposent une quelconque résistance. Il est dans nos têtes, et pas ailleurs,
l’impérialisme qui affame les peuples, encourage les régimes dictatoriaux du
Tiers- Monde — acquis à sa cause — à réprimer davantage les peuples, érige
la corruption en système de gouvernance, salit le climat, développe les
pires scénarios pour instaurer un nouvel Moyen-Age dans lequel nos
travailleurs seraient des esclaves commodes pour son projet de domination de
la planète ! Il n’existe que dans nos papiers nostalgiques
l’ultralibéralisme qui donne beaucoup à très peu d’hommes et des miettes à
la majorité ! Regardez autour de vous : par l’amnésie, l’abandon, le
reniement ; bref, toute la panoplie de la manipulation, n’est-on pas en
train de gommer les pages les plus glorieuses des peuples pour qu’un seul
modèle s’impose, pour que l’héroïsme, les valeurs positives restent
l’apanage de ces Rambo, ridiculisés pourtant par les résistants irakiens !
Nous lutterons contre les médiamensonges en faisant savoir à tous, en
rappelant chaque jour à nos enfants, que l’héroïsme n’a jamais quitté leur
terre : en Palestine et en Irak, mais aussi en Algérie où chaque femme qui a
refusé de mettre le hidjab sous la contrainte était une héroïne ! Chaque
cheminot qui a conduit un train par les nuits obscures dans les gorges des
montagnes lointaines était un héros ! Chaque soldat, chaque policier, chaque
gendarme, chaque patriote qui ont veillé à notre sécurité étaient des héros
! Vous pouvez compter sur nous pour le rappeler ici et partout où nous
pourrons opposer la vérité des peuples aux mystifications de leurs
exploiteurs ! M. F.
P. S. 1 : Merci aux nombreux lecteurs français et belges
pour leurs encouragements après la publication des deux premiers articles de
cette série. Et merci surtout pour la mine de renseignements qu’ils m’ont
fournie sur le sujet.
P. S. 2 : A lire le poème de Benchicou, on s’aperçoit en fait que, bien
qu’étant sous les verrous depuis près de deux années, il est plus libre que
beaucoup d’écrivaillions qui lèchent chaque jour les bottes de leurs
maîtres. Eux sont prisonniers de leur lâcheté, et c’est la pire des prisons
!
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