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Jamel Debbouz dément catégoriquement : «Non ! Je n’ai
jamais applaudi des deux mains la politique de Mohamed VI.»
D’une seule main, alors ?
Non ! Non ! Et encore une fois non ! Je refuse de me laisser entraîner dans
les histoires poisseuses du genre «Debbouz est un homme du roi Mohamed VI, il ne
rate aucune occasion pour affirmer la marocanité du Sahara Occidental et il
baise régulièrement la main du monarque». Rien à glander de tout ça ! Debbouz
baise la main de qui il veut. A la limite, il a le droit d’avoir son avis sur la
géographie à nos frontières. Je ne vois pas pourquoi lui n’aurait pas ce droit,
alors qu’ici, des officiels, des personnalités, entre le l’ben et les
petits-fours ne peuvent s’empêcher de se lamenter sur ce «conflit qui dure et
qui nous empoisonne la vie». Les convictions politiques de Jamel, c’est son
truc. Ce qui m’intéresse, ce sont ses convictions artistiques, son don à me
faire pisser de rire. Et que je sache, il venait à Alger pour deux spectacles,
pas pour un cours magistral sur la marocanité du Sahara Occidental qu’il aurait
dispensé à des étudiants de Science Po. Peu m’importe aussi de savoir si la
demande de visa a été normalement introduite par Debbouz au consulat algérien à
Paris ou s’il s’agit d’une provocation grossière des services marocains ou
français. Car, bien avant l’arrivée prévue de l’humoriste français à Alger,
s’est enclenchée une mécanique infernale, une mécanique bien algérienne qui ne
doit rien à aucun autre pays dans sa conception assassine, criminelle et
destructrice d’espoirs d’ouverture : celle qui consiste à vouloir coller à toute
manifestation culturelle, à tout artiste des «antécédents » marocains, juifs,
harkis ou tartempion. Et ça, voyez-vous, ça me rappelle trop de trucs
douloureux, abjects et originellement signaux du début de la descente aux
enfers. Belkhadem, lorsqu’il a engagé sa campagne contre la venue de Enrico à
Alger, ne faisait que réactiver une recette ancienne. En ces temps d’oubli,
j’espère qu’il en reste parmi nous pour se souvenir que le FIS avec ses Benhadj
et Abassi s’étaient violemment opposés à la venue en Algérie de la chanteuse
Lynda de Suza. Des démocrates, à l’époque des faits, n’avaient voulu voir dans
cet «incident» qu’un épiphénomène résorbable avec le temps, une régression
féconde. 200 mille morts plus loin, ont-ils compris leur erreur ? Très
honnêtement, je me fous de le savoir ! Ce qui m’importe le plus aujourd’hui,
c’est de tirer à fond sur le signal d’alarme. Maintenant ! Pas après. Car, chez
nous, juste après les spectacles que l’on annule par manque de courage, il y a
Remka, Bentalha et autre Erraïs. Je fume du thé et je reste éveillé, le
cauchemar continue.
H. L.
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