
Actualités : CE MONDE QUI BOUGE France, pourquoi les jeunes se révoltent Par Hassane Zerrouky
En France, face à la colère populaire, le président Chirac a dû faire marche arrière. Le CPE, «contrat de première embauche», sera de nouveau discuté au Parlement. Sur les affiches brandies par des centaines de milliers de jeunes en révolte contre ce CPE, une jeune femme portant une petite pancarte avec écrit en grosses lettres «En solde». Un mot d’ordre exprimant le refus par toute une jeunesse touchée par un chômage de 30%, du CPE, que le Premier ministre, Dominique de Villepin, veut appliquer aux moins de 26 ans, sous prétexte de lutte contre le chômage des jeunes. Que prévoit ce CPE ? En portant la période d’essai à deux ans, il permet en réalité aux patrons d’embaucher sans garantie d’emploi, de licencier sans motif, même au bout de quelques jours, et sans indemnités sociales. Il organise de fait la précarité à large échelle. De plus, — et c’est une des raisons pour lesquelles les syndicats soutiennent la jeunesse —, cette mesure remet en cause le code du travail français. Ce dernier, fruit des luttes sociales françaises, l’un des plus avancés au monde, garantit aux salariés un travail à durée déterminée ou indéterminée, une amélioration salariale en fonction de l’ancienneté au poste, une protection sociale et une retraite, le droit à un congé payé, et surtout, les protègent contre l’arbitraire patronal : un salarié ne peut être licencié sans motif. Et quand l’entreprise est contrainte de licencier pour raisons économiques — ce qui est souvent le cas — l’actuel code du travail oblige l’employeur à justifier les motifs de licenciement, à verser des indemnités calculées selon l’ancienneté et, surtout, lui fait obligation d’organiser un plan de reclassement social aux licenciés, voire une formation payée. En bref, en cas de pépin, les salariés français peuvent s’appuyer sur la loi pour se défendre. Ce qui n’est pas le cas avec le CPE. Cette révolte de masse — la troisième en moins d’un an — exprime donc le refus d’un ordre d’exploitation. Pour les tenants de l’ordre néo-libéral capitaliste et leurs relais médiatiques, la révolte des jeunes exprime leur refus de s’adapter à la mondialisation en s’accrochant à un modèle de société dépassé. Pour les adeptes de la mondialisation néo-libérale, tous ceux qui se battent pour un emploi stable, une durée du travail n’excédant pas les 40 heures par semaine, le droit au congé payé, une sécurité sociale par répartition, le droit à la retraite à 60 ans, et plus généralement pour une plus juste répartition du revenu national, ceux qui refusent le désengagement social de l’Etat, sont qualifiés de «conservateurs» et d’«archaïques». A l’inverse, est qualifiée de «moderne», toute société qui accepte un ordre néo-libéral ne garantissant aucune sécurité pour le salarié, considéré comme une simple marchandise. Le modèle américain, où le salarié est obligé de payer de sa poche une assurance privée pour s’assurer une retraite et une protection sociale contre les maladies et les accidents de travail, où de surcroît, il ne bénéficie selon les cas que de sept à quinze jours de congés payés par an, pour une durée hebdomadaire de travail de plus de 40 heures, est ce modèle que veulent imposer à leurs pays respectifs les patrons français et allemands. Par conséquent, quoi de plus normal que des jeunes formés et diplômés refusent un avenir professionnel précarisé et qu’on leur impose un retour au XIXe siècle où le salarié ne bénéficiait de rien, alors que la France, quatrième exportateur mondial, deuxième puissance économique européenne après l’Allemagne, n’a jamais été aussi riche, et a donc les moyens financiers pour répondre à la demande sociale. Il suffit, proclament ces jeunes, qu’une partie des énormes profits — plusieurs centaines de milliards d’euros — réalisés par les grandes entreprises et les banques, servent à créer des emplois au lieu d’alimenter les poches des patrons. Ce qui se passe en France est un enjeu qui dépasse les frontières du pays. H. Z.
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