La situation des droits de l’homme dans les territoires du Sahara
occidental occupés par le Maroc s’est considérablement dégradée depuis le
déclenchement de l'Intifadha pacifique, en mai 2005. Un réfugié sahraoui,
qui s’est rendu la semaine dernière à El Ayoun, sa ville natale qu’il n’a
pas vue depuis 30 ans, raconte l’horreur subie quotidiennement par ses
compatriotes de l’intérieur. Une répression aveugle dont les enfants sont
les premières victimes. Rencontré vendredi dernier dans le camp de réfugiés
du 27 Février, Mohamed — nous l’appellerons ainsi afin d’éviter toutes
représailles aux membres de sa famille restés à El Ayoun — s’est rendu
récemment dans sa ville natale dans le cadre des visites humanitaires
organisées par le Haut Comité aux réfugiés. Assis en tailleur sous sa tente,
il relate calmement son séjour de quatre jours au milieu des siens. Un
séjour placé sous le signe de la provocation et de la répression.
Provocation
“La provocation a débuté à l’aéroport puisque nous avons été confrontés à
notre descente d’avion à un comité d’accueil spécial, composé de policiers,
de GUS (policiers anti-émeutes), de gendarmes, de militaires et d’agents de
la DST. Nous étions surveillés de très près. A l’intérieur de l’aéroport, un
énorme portrait de Mohammed VI était accroché au mur, les Marocains ont
tenté de faire asseoir les familles sahraouies devant ce portrait afin
qu’elles soient prises en photos et filmées par les médias. Mais toutes
leurs tentatives ont été vaines”, explique Mohamed avec fierté. Toutefois,
la provocation ne s’arrêtera pas là. “Une fois arrivé à la maison familiale,
que j’ai quittée précipitamment voilà plus de 30 longues années, j’ai encore
une fois été confronté aux forces de sécurité marocaines. Une cinquantaine
de militaires, des gendarmes et des GUS avaient élu domicile devant chez
nous. Cependant, la joie de retrouver les miens était plus forte que tout.
Ma famille et mes amis étaient tous là pour m’accueillir. Un instant que
j’ai attendu des années durant. Mais même ce moment a failli être gâché
lorsque trois agents de la DST, dont les mères sont sahraouies, sont venus
me narguer. Ils m’ont demandé ce que j’attendais pour revenir vivre
définitivement à El Ayoun. Je leur ai répondu : je reviendrai lorsque vous
déguerpirez d’ici. Ils sont ressortis de la maison sous les rires et les
quolibets de toute ma famille.”
Répression
Après la provocation, Mohamed découvre l’horreur subie quotidiennement par
ses compatriotes depuis le déclenchement de l’Intifadha pacifique de mai
2005. Une insurrection portée à bras le corps par des enfants assoiffés de
liberté. “Ce qui se passe là-bas est horrible et extraordinaire à la fois.
Les enfants accrochent des drapeaux sahraouis partout dans la ville.
L’emblème national est peint sur les murs, accroché à des fils électriques,
sur les toits des maisons. Ils sont même arrivés à en mettre sur les jeeps
des militaires et des GUS ! Mais nos enfants sont les premières victimes de
la répression. Récemment, les forces de sécurité ont reçu l’ordre de ne les
garder que 24 heures au sein des commissariats, juste le temps de leur
casser les bras et les jambes afin qu’ils ne puissent plus courir et brandir
le drapeau sahraoui. Durant mon séjour, 43 enfants étaient hospitalisés pour
fractures aux membres inférieurs et supérieurs”, raconte Mohamed en
indiquant que cette génération d’enfants représente un véritable danger pour
l’administration coloniale marocaine.
Des agents de la DST dans les écoles et les domiciles
Cette même administration semble avoir compris ce risque et a décidé, le
24 mars dernier, de placer sous haute surveillance la totalité des écoles
des territoires sahraouis. “Depuis cette date, il y a un jeune agent de la
DST dans chaque classe. Ces derniers assistent aux cours et veillent à ce
que les enseignants ne fassent pas de politique. Soucieuse de tout
contrôler, la DST a également imposé à certaines familles d’accueillir des
agents dans leurs domiciles. Quatre familles d’El Ayoun subissent
actuellement cette mesure exceptionnelle digne de l’administration nazie.”
En fermant hermétiquement les territoires sahraouis occupés aux ONG et aux
médias internationaux, le Maroc s’est assuré le droit de vie ou de mort sur
une population civile livrée à elle-même. La France, pays des droits de
l’homme, a largement contribué à cette situation de non-droit. Prompt à
brandir l’argument humanitaire lorsque ses intérêts sont en jeu, le pays de
Jacques Chirac s’est opposé à ce que le Conseil de sécurité prenne en compte
la question de la protection des populations sahraouies dans sa dernière
résolution. “L’avenir de notre pays se joue actuellement dans les
territoires occupés. Les forces coloniales l’ont bien compris mais la
machine est en route et rien ne pourra l’arrêter”, note Mohamed, assuré que
l’indépendance ne saurait tarder. T. H.
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