Jeudi 18 Mai 2006
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Périscoop : BAZOOKA
IMAGE, IMAGES !
PAR MOHAMED BOUHAMIDI
mbouhamidi2001@yahoo.fr


«Quand l’Algérie était française» diffusée avant-hier, et rediffusée aujourd’hui vers onze heures du soir, par la chaîne M6, a fait l’actualité algéroise. Je ne sais pas pour Sétif, Guelma ou Oran. Parions que ce documentaire a eu le même effet, plutôt les mêmes effets puisqu’ils ont tété contradictoires. Une lectrice souhaitait qu’on «leur réponde». Qu’on réponde à quoi ? Ou à quel discours derrière les images ? Elles étaient terribles par elles-mêmes. Des images d’un bonheur pied-noir partagé entre le soleil et la mer, entre le farniente et la possession.
Bien sûr, des amateurs n’allaient pas prendre des images systématiques et nous montrer des pieds-noirs besogneux, attachés à un travail d’ouvrier imprimeur, électricien, mécanicien, plâtrier ou maçon. Mais cela aussi pose problème. Ces ouvriers pieds-noirs n’avaient pas plus que nous l’accès à l’image, hormis l’image photo, peu coûteuse et relativement simple à prendre. Aussi nous avons eu sous les yeux les images tournées par des pieds-noirs des couches moyennes, sans aucune intention historique ou de témoignage. Par simple contraste, simple juxtaposition ou association d’idées, notre condition paraissait insupportable même, et surtout, si dans la parade permanente de la puissance coloniale des supplétifs, bachaghas ou caïds, exhibaient ces magnifiques habits de notre tradition. Finalement, dans ces images, qui trimait et qui travaillait vraiment ? Les Algériens ! Ils travaillaient en plus pour les autres, sur ce qui était censé être leur terre. Le reste, tout le reste m’a fait rire. Le sentiment naïf de la puissance éternelle que les pieds-noirs ne possèdent pas en propre. Toutes les classes ou les groupes dominants partagent ce sentiment d’invincibilité que donnent le monopole des armes et le spectacle quotidiennement renouvelé de la soumission des autres. Au bout du compte, la guerre de Libération a dynamité toute cette puissance. Mais comment en parler à nos enfants ? Comment leur raconter les plages interdites aux chiens et aux Arabes ? Comment leur expliquer notre propre diversité et celle des pieds-noirs ? Avec quelles images ? Avec celles de M6, pardi ! Les pouvoirs algériens se sont tellement acharnés contre toute fabrication de l’image, toute fabrication libre des films sur cette période que nous sommes heureux de les retrouver chez l’ex-puissance coloniale en invitant instamment nos enfants à les regarder pour qu’ils se fassent une idée, une représentation de cette Algérie que nous avons connue mais que nous ne pouvons leur restituer fidèlement. Mais ce paradoxe n’interpelle que vous et moi qui avons ardemment soutenu la lutte de Libération de notre peuple et qui aimons ce pays et pas ce qu’on peut en tirer.
M. B.

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