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Actualités : POURSUIVIS PAR LE TRIBUNAL CRIMINEL D'ALGER APRES LE NAUFRAGE DU BECHAR
Le PDG et quatre cadres de la Cnan condamnés à 15 ans de prison


Ouvert jeudi dernier au tribunal criminel d’Alger, le procès des cadres de la Cnan poursuivis après l’échouage du Batna et le naufrage du Béchar qui a coûté la vie à 16 marins s’est terminé très tard dans la nuit de mardi à mercredi, après plusieurs heures de délibérations pour aboutir à la condamnation à 15 ans de prison ferme de cinq cadres de la Cnan.
Saïda Azzouz - Alger (Le Soir) - Il s'agit de Ali Koudil, président-directeur général de la Cnan ; Amour Mohand Ouramdane, directeur de l'équipement et des techniques de cette même compagnie ; Ikhadalène Kamel, directeur technique des navires ; Zaoui Saleh, inspecteur technique du vraquier le Béchar , et de Debah Mustapha, directeur d'équipement des navires. Ben Hamou Mohand Ouramdane, capitaine du vraquier le Béchara été condamné à deux ans de prison ferme, alors qu’une peine d'un an d'emprisonnement ferme a été prononcée à l'encontre de Ballache Allaoua, le mécanicien du Batna. Mahgoune Salim, le directeur technique des navires, a été, lui, condamné à une année de prison avec sursis. Les craintes des avocats de la défense qui se refusent à tout commentaire après l’annonce du verdict se sont avérées fondées : Koudil Ali, Ammour Mohand Ouramdane, Zaoui Salah et Debbah Mustapha ont été condamnés «au nom du peuple algérien» par le tribunal criminel d’Alger à 15 ans de prison ferme. Une condamnation que les avocats ont vu se profiler tout au long de ce procès qui aura duré six jours, «confirmée» par le réquisitoire du parquet qui a demandé la perpétuité et par la lecture des 130 questions auxquelles devait répondre le tribunal présidé par Ania Benyoucef avant de rendre son verdict. Les avocats avaient mis en exergue, tout au long des audiences, des débats et des plaidoiries, «la partialité» dans le traitement, l’instruction et l’arrêt de renvoi de cette affaire. Récusant à chaque fois la responsabilité des cadres de la Cnan dans la mort de 16 marins et le naufrage du Béchar le 13 novembre 2004 dans l’enceinte même du port d’Alger où se trouvaient en rade le Bécharet le Batna, en cette journée de tempête. Leur présence en ce lieu précis a été expliquée au tribunal par les avocats de la défense qui ont battu en brèche le témoignage de l’ex-directeur de l’Entreprise portuaire d’Alger (EPAL). Ali Farah, appelé à la barre en tant que témoin, s’est montré très approximatif dans ses réponses bien que les questions des avocats soient très précises. Des avocats qui, très souvent, ont vu leur question rejetée parce que «hors sujet». Il a été demandé à Ali Farah de définir ce qu’est la rade, et de revenir sur les raisons qui ont fait que le Batna, aujourd’hui cédé, et le Béchar, qui gît au fond de la zone 1 du port d’Alger, ont quitté les quais. Il élude la question. Les avocats de la défense y répondent : «Ils l’ont fait parce que le port d’Alger a exercé une pression sur la Cnan, en usant de chantage, le Tébessa, ou le Tlemcen ne pouvait entrer à quai pour décharger des denrées périssables que si les deux navires non exploités libèrent leur lieu de stationnement. La raison économique l’a emporté.» Documents à l’appui, les avocats se sont attelés à démontrer que les cadres de la Cnan poursuivis ne sont en rien responsables du naufrage du Béchar.
Quid de l’Epal, des gardes-côtes et de la Cnos

Responsables du lieu de mouillage des navires, position décidée par la capitainerie du port d’Alger. Capitainerie qui a mis le vraquier dans la zone 1 du port d’Alger, une zone des plus dangereuses de l’enceinte portuaire, alors que le Béchar devait être à la zone 4 «conformément au décret qui fixe le stationnement des navires par catégorie dans le port d’Alger. Est-ce la faute de ces cadres que l’on poursuit aujourd’hui si le bateau était dans une zone de mouillage où il ne devait pas être ?» Et de rappeler en décortiquant l’article sur la base duquel sont poursuivis les cadres de la Cnan que les deux navires n’étaient pas en exploitation, donc en état de navigation. « Ils étaient en revanche en état de navigabilité» et de préciser que le défunt commandant du Béchar avait, dans un télex adressé à sa direction, précisé qu’il pouvait rallier le port de Bejaïa où le vraquier devait être réparé». C’est dire, selon les avocats et les différents témoins et même des accusés, que le bateau n’était pas en si mauvais état que voulait le faire croire le rapport de la Commission nationale chargée de l’enquête administrative installée au lendemain de la catastrophe du 13 novembre 2003. Un rapport qui ne mentionne pas, selon les avocats, «les défaillances» des gardes-côtes et le «laxisme» de ce service quant aux mouvements des bateaux et du personnel au sein de l’enceinte portuaire. Un rapport qui ne fait pas non plus état de la responsabilité de la Commission nationale des opérations de sauvetage dans cette affaire, sous prétexte que cette «commission n’est pas encore outillée pour mener» des opérations de sauvetage en mer par temps de tempête. Lors des débats de ce procès pas comme les autres, il a été établi que le défunt commandant du Béchar aurait «dû faire évacuer le navire à temps pour sauver la vie de son équipage si des assurances, comme en témoignent ses communications avec la capitainerie, ne lui avaient pas été données qu’un hélicoptère allait faire évacuer l’équipage». Après que les avocats de la défense eurent retracé, presque seconde par seconde, les dernières heures du Béchar et de son équipage, ils en sont arrivés à demander «où est dans cette affaire la responsabilité de leurs mandants, cadres de la Cnan, dont la mission n’est pas les opérations de sauvetage». Auparavant, ils auront prouvé que sur le plan de la sécurité du navire, il n’y avait aucune défaillance. Et de se demander par quelle logique des personnes physiques sont poursuivies en criminelle, suite à une catastrophe naturelle où la force majeure est plus qu’évidente. «A moins que l’on veuille les condamner pour l’exemple.
Le Béchar et le Batna n’étaient pas en exploitation, les cadres ne sont pas l’armateur
L’arrêt de renvoi de la chambre d’accusation près le tribunal d’Alger motive ses poursuites à l’encontre des cadres de la Cnan par les paragraphes 1 et 2 de l’article 479 du code maritime et de l’article 488 de la même loi. Des articles qui, selon les avocats, concernent l’armateur et les commandants de bord. «Or, aucun des cadres poursuivis n’est exploitant ou propriétaire des navires. Les bateaux sont la propriété de Cnan Group, qui comprend aussi l’Epal, donc propriété de l’Etat.» Ceux qui ont suivi le procès de bout en bout ont, à partir des explications fournies par un avocat expert en droit maritime, compris que le Béchar et le Batna n’étaient pas en exploitation, donc sur le point de prendre la mer pour rallier un port donné, de ce fait la validité d’un certain nombre de certificats et armement en équipage n’obéit pas aux mêmes règles que pour un bateau en exploitation.
S. A.

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