Par le fait du hasard, Alger Républicain et la Fédération des retraités (FNTR) ont organisé à la veille du 19 mai, Journée de l'étudiant, un hommage à Lakhdar Kaïdi. L'homme, un éminent syndicaliste sous l'occupation coloniale et ancien membre du Parti communiste algérien, a laissé le souvenir d'un militant humble et dévoué. Mais l'hommage fut aussi l'occasion de découvrir d'autres figures de l'histoire syndicale et leurs témoignages furent terribles. Pas seulement par leurs révélations pour l'histoire de l'UGTA postindépendance. Peu importe les parcours des uns et des autres et les contradictions qui les ont opposés. Le plus terrible pour nous est que nous avons rencontré des hommes de conviction, des syndicalistes honnêtes et animés d'un réel idéal politique social ou national. Ils se sont battus contre le colonialisme et parfois entre eux pour des buts qui dépassaient leurs personnes. Pas pour des places, des privilèges ou des rentes. Pour des idées de justice et d'égalité, pour des idées de libération nationale et sociale. Ils nous ont parlé de ce difficile été 1962 où les dissensions entre le GPRA et l'état-major général ont retenti sur l'activité syndicale, où les cheminots, les enseignants, les ouvriers agricoles devaient maintenir en marche le pays déserté par les cadres et les ouvriers qualifiés d'origine piednoire. Cette guerre d'indépendance longue et meurtrière portait en elle des aspirations puissantes à la justice, à la liberté, à l'égalité. Ils ont préparé le congrès de 1963 avec ces engagements en tête. Pourtant, le président Ben Bella va tuer dans l'œuf ce premier rassemblement en intervenant directement et par le biais de ses ministres pour interrompre le cours du congrès, envoyer des hommes de main envahir la salle et imposer une direction à ses ordres. La pouvoir ne fera pas autrement avec le congrès de l'UNEA en 1964 ou 1965, je ne m'en souviens plus, en enlevant son président Houari Mouffok. Les pouvoirs ne feront plus autrement en imposant leurs candidats à chaque fois mais avec des méthodes nouvelles et plus subtiles. Le résultat est là sous nos yeux : un syndicat créé par ces hommes dévoués et intelligents, d'une formation et d'une conviction politique sans faille, d'un engagement indiscutable est finalement tombé entre les mains des personnages falots. Mais n'y ont-ils pas leur part en acceptant déjà à cette époque que le syndicat soit l'organisation de masse du parti FLN avant qu'il ne devienne l'organisation de masse du gouvernement FLN et RND réunis ? M. B.
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