Actualités : En quelques mots : de-ci, de-là
Par Leïla Aslaoui


1) Elle est belle la réconciliation nationale !
 S’il est une horreur qui aura marqué la semaine écoulée, (13/19 mai 2006) et dont la presse indépendante s’est fait l’écho ( El-Khabar, Liberté, Le Soir d’Algérie, El-Watan), c’est bien évidemment l’assassinat de vingt et un (21) enfants et de quatre (4) femmes perpétré par les terroristes islamistes à Jijel, c’est-à-dire les pères et époux des victimes.

Il est utile de rappeler brièvement à ceux qui ont manqué l’information, que se voyant cernés par les forces de l’Armée nationale populaire, lors d’une opération de ratissage, les terroristes islamistes ont ligoté leur progéniture à des rochers après avoir placé sur les corps de “leurs” enfants des mines. Idem pour “leurs” épouses. Et c’est ainsi que les victimes ont sauté et leurs cadavres ont été découverts par l’armée. La barbarie islamiste, ainsi que “sa lâcheté” (Hakim Laâlam : chroniques du 16 mai et du 7 mai : “Les femmes et les enfants d’abord”) ne sont pas une nouveauté, ni une découverte pour nous. Aurions-nous déjà oublié les massacres de populations, les mutilations commises sur des victimes après leur assassinat ? Aurions-nous déjà oublié l’effroyable rite de l’égorgement, l'enfournement de nourrissons, les viols, les voitures piégées ? A Jijel, les terroristes islamistes ont seulement démontré au grand jour leur poltronnerie et lâcheté, face à ceux qui les combattent parce que tel est leur devoir. Ces criminels ne sont “forts” que face à des victimes désarmées, donc sans défense comme, par exemple, des enfants. Tout cela n’est pas inédit pour nous. Par contre, avez-vous remarqué le silence des plus hautes autorités du pays ? Pas un mot sur l’horreur commise à Jijel. Rien de surprenant à cela. Comment condamner de tels actes lorsque, dans le même temps, la réconciliation présidentielle nous somme, décret et référendum à l’appui, de faire ami-ami avec ces tueurs d’enfants et autres victimes? C’est avec tantôt ces “égarés”, tantôt ces “repentis” sans aucun acte de repentance de leur part qu’on devrait partager “le lait et les dattes” (propos du premier magistrat du pays lors de sa campagne pour la paix et la réconciliation nationale). Evidemment, il y aura toujours ceux qui se croient obligés de courir au secours de la “réconciliation” pour dire : “Ce qui s’est passé à Jijel est le fait de terroristes radicaux.” En quoi ceux qui ont été absous et pardonnés et imposés aux familles des victimes dans la cité seraient-ils différents des assassins de Jijel ou d’ailleurs ? (c’est quotidiennement que des citoyens meurent assassinés : civils et militaires). En quoi serait-ils différents lorsqu’un de ceux-là absous a osé déclarer publiquement “qu’il avait tué de ses propres mains et qu’il ne regrettait rien” ? Demain, il suffira aux tueurs de Jijel ou d’ailleurs de “se rendre aux autorités”, selon le jargon consacré par la charte et les voilà blanchis, réintégrés à leurs anciens postes de travail ou bénéficiaires d’une allocation- chômage, logés et réconciliés avec le pouvoir politique. Aucunement avec celles et ceux qui savent que leur “reddition” ne sera jamais une preuve de leur bonne foi et un renoncement à leur fanatisme, à leur haine destructrice dont ils inondent le monde entier quotidiennement. En Algérie, leur arrogance et leurs exactions sont leur réconciliation à eux. Réconciliation dites-vous? Vingt et un enfants (21) ont servi de boucliers humains à ceux avec lesquels ont veut se réconcilier. Elle est belle la réconciliation nationale ! Bonne nouvelle tout de même : le chef du gouvernement, selon Le Soir d’Algérie du 16 mai, recevra une délégation des familles des victimes du terrorisme le 21 mai 2006 pour discuter de leur statut. J’ai retenu pour ma part qu’en ces temps d’amalgames fâcheux et scandaleux, il est important de rappeler que ladite délégation sera reçue comme “familles des victimes du terrorisme”. Les concepts ont leur importance lorsqu’il s’agit de devoir de mémoire et de reconnaissance.
2) L’importation de chouyoukh
L’on se souvient que dans les années 1980, le pouvoir politique avait “importé” cheïkh Ghazali, de nationalité égyptienne, pour islamiser les Algériens. On connaît aujourd’hui les énormes dégâts causés par ce cheïkh “bon chic bon genre”, notamment au niveau des jeunes. Voici que le pouvoir politique récidiverait puisque cheïkh El-Qaradaoui, cheïkh El- Bouti, égyptiens eux aussi, auraient été sollicités pour une mission précise : distiller la bonne parole en Kabylie, menacée par l’évangélisation. ( Liberté13 mai 2006). En la forme, la démarche est inadmissible et donc irrecevable. A supposer en effet qu’on ait envie — si tant est qu’on puisse le faire — de comprendre le pourquoi du comment, il est totalement incompréhensible de voir un haut conseil islamique assister silencieux et donc consentant à l’importation de théologiens musulmans pour islamiser les Algériens ! Après 44 ans (quarante-quatre ans) d’indépendance et une Constitution qui a érigé l’Islam comme religion d’Etat, nous importons des islamistes pour devenir de bons musulmans ! Car, c’est bien d’islamisme en effet qu’il s’agit et du véritable fond du problème inadmissible lui aussi. En brandissant ces prétendues et multiples conversions (selon le pouvoir), ne voudraiton pas surtout nous préparer en douceur mais sûrement à la “dawla islamya” et faire ainsi d’un épiphénomène qui, faut-il le rappeler, n’est vraiment pas une priorité citoyenne, si l’on en juge par les grèves, les émeutes et le mécontentement général une question d’une importance capitale et qui ne l’est pas ? A toutes les concessions faites par le pouvoir aux islamistes, voici que viendrait s’ajouter l’urgence d’importer des chouyoukh égyptiens pour nous islamiser. Halte aux diversions ! Halte surtout à l’épouvantail de l’évangélisation pour cacher les vraies intentions du pouvoir : faire de nous des “soldats” de Qaradaoui et El-Bouti ! Que le pouvoir veuille bien s’occuper des vrais problèmes des Algériens ! Les vrais problèmes et non des balivernes lassantes et récurrentes.
3) FLN et motion de censure

La semaine écoulée n’ayant pas été marquée par des évènements politiques particuliers, l’on peut cependant affirmer que l’animosité publiquement déclarée du secrétaire général du FLN à l’égard du chef du gouvernement a fait la une de l’ensemble de la presse : “Les députés FLN ne cautionneront pas la déclaration de politique générale d’Ouyahia devant le Parlement”... “Le FLN demande le départ de Ouyahia...”, etc. La censure est le moyen donné à l’Assemblée nationale de mettre en cause la responsabilité du gouvernement et qui se traduit par le départ de celui-ci et une rupture dans le jeu institutionnel. La Constitution stipule que : “La motion de censure doit être adoptée à la majorité des 2/3 (deux tiers) des députés” (article 136) premier alinéa. Les raisons ? Il serait reproché au gouvernement de n’avoir pas réussi son programme en matière sécuritaire et en matière de réformes. Première question préjudicielle en la forme : une motion de censure pointerait le nez à l’horizon à l’initiative du FLN, mais les ministres FLN sont toujours ministres du gouvernement Ahmed Ouyahia. Ont-ils l’intention de démissionner avec l’ensemble du gouvernement dans le cas où la motion serait adoptée ? Dilemme cornélien : motion de censure ou portefeuille ministériel ? Il faut choisir ! N’est-ce pas risible et grotesque ? Tellement grotesque que l’agitation du secrétaire général du FLN n’est absolument pas inquiétante et prête plutôt à sourire. Politique sécuritaire ? D’accord, à condition qu’on ait le courage de dire clairement que les agressions les vols qualifiés, vols simples, les kidnappings, les coups et blessures, les meurtres et assassinats de personnes âgées sont essentiellement le fait de délinquants récidivistes, voire multirécidivistes graciés par lots de 5 000 et 6 000, (cinq mille, six mille) à l’occasion de fêtes religieuses ou nationales. La grâce est une prérogative présidentielle et non celle du chef du gouvernement. Le laxisme strictement présidentiel tant à l’égard des terroristes islamistes, qu’à celui des délinquants de droit commun ne suscite pas seulement le désespoir des honnêtes citoyens, il pourrait également engendrer sinon la démotivation des services de sécurité, tout au moins leur découragement. Idem pour les juges. Faire preuve de mansuétude totale à l’égard des délinquants, c’est agir avec mépris à l’égard des victimes. Que vaut alors une politique sécuritaire sans une politique de lutte contre la criminalité et les facteurs qui engendrent celle-ci ? Les ministres du FLN sont conjointement et solidairement responsables avec leurs autres collègues des succès ou échecs du gouvernement. Ils sont seuls responsables par contre du premier magistrat du pays en matière de délinquance surtout qu’il est le président d’honneur de leur parti. Alors motion de censure... Politique des réformes ? d’accord, qui aurait pu empêcher en sept ans le chef de l’Etat — lui qui tient à rappeler qu’il est le seul à décider — de réformer la justice, les institutions de l’Etat, l’école (surtout l’école) lorsqu’il a été destinataire des rapports des trois commissions dont il a lui-même désigné présidents et membres ? C’était son choix. Ce fut également le sien de mettre sous le coude “les réformes”. Alors motion de censure... A moins que celle-ci consisterait juste à changer le chef du gouvernement “intuitu personae”, pour le remplacer par un Premier ministre choisi dans la majorité FLN. N’est-ce pas le sens qu’il faille donner aux propos du secrétaire général lorsqu’il abat ses cartes : “Nous voulons un Premier ministre placé sous le contrôle du président”? Lui par exemple... Oublierait-il que l’article 77 de la Constitution stipule que : “Le président de la République nomme et met fin aux fonctions du chef du gouvernement” ? Fusible qui peut sauter à tout moment, le chef du gouvernement n’est-il pas déjà placé sous le contrôle du président ? Le secrétaire général a également évoqué le poste de “vice-président”. On a compris : derrière, donc, la motion de censure, la révision constitutionnelle, se cachent non seulement un grand malaise, mais surtout la volonté de réaliser des ambitions avant qu’il ne soit trop tard. Pourtant, le même secrétaire général du FLN n’a cessé de répéter que le président va bien, très bien même. Alors pourquoi toutes ces manœuvres et cette hâte ? Ambition... quand tu nous tiens... Et puis, franchement, quel sens donner à une motion de censure lorsqu’on se souvient que les gouvernements successifs (Ghozali, Réda Malek, Sifi, Ouyahia) se battaient pour sauvegarder la “Maison Algérie” durant les années infernales au moment où d’autres se prélassaient aux côtés des islamistes dans des capitales européennes, à Rome entre autres ?… Pour être passée par le Sénat, je peux affirmer que les votes de textes — pas tous, évidemment — les motions de censure, les humeurs, les ambitions se gèrent ailleurs que dans l’hémicycle. Alors motion de censure... une manière de créer l’événement quand il n’y en a plus ? Alors motion de censure ? Un nonévénement. Quant au leader du MSP, Aboudjerra Soltani, lui se dit inquiet de “voir les ministres de M. Ouyahia fatigués”. Il a vraiment la mémoire courte, celui-là ! Ce ne sont pourtant pas les ministres du gouvernement Ouyahia qui ont ronflé et dormi au moment où leur président faisait un discours lors de la “semaine du Coran”. C’est lui qui a profondément dormi (photo prise par El Khabarsur le vif). Il est tellement fatigué qu’il ne sait plus ce qu’il dit. Il ferait mieux de dormir ou de voir Star Academy : son programme télévisé préféré !
4) Relations algéro-françaises
Une jeune lycéenne, Kawtar Adimi, a obtenu en France le sixième prix (6e) de la francophonie sur 427 candidats au concours. ( El Watan 14 mai 2006). Bravo Kawtar ! et n’attends pas de félicitations officielles. “Hizb França”, c’est quand ça les arrange... La même semaine, la France a souhaité augmenter la part de gaz algérien dans le cadre du partenariat, le directeur de la gendarmerie française a séjourné en Algérie. Comment, dès lors, ne pas comprendre que le ministre délégué des Collectivités locales, Dahou Ould Kablia, n’ait pas eu envie de partager avec son homologue français une de ses formules bien alambiquées et de son cru : “Les relations algérofrançaises ne souffrent jamais de nuages passagers”? Cela s’est passé en France et M. Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur, a seulement répondu : “Je n’ai rien à ajouter.” Il aurait pu répondre à l’autre : “Toi tu ne quittes pas la France puisque tu l’aimes !”. C’est un signe d’apaisement que de déclarer que le départ précipité du chef de l’Etat de l’hôpital du Val-de-Grâce — même si ce dernier n’aurait jamais dû s’y rendre. Sur ce point, je ne me déjugerai pas — n’était qu’un “nuage passager”. C’est un bon signe pour l’avenir sauf que notre ministre délégué confond entre nuages et tsunami. Mais c’est cela aussi le “je t’aime, moi non plus”, et tant mieux ! En attendant, Ould Kablia doit revoir ses connaissances sur les nuages, l’ouragan, le typhon, la tempête et le tsunami.
5) Joseph Borrell a la mémoire courte
Président du Parlement européen, en visite en Algérie fin mars début avril, M. Borrell avait déclaré à la presse : “La presse est libre de s’exprimer en Algérie et Mohamed Benchicou est détenu pour un délit de droit commun”. (le 29 mars 2006 était décerné le prix Goldsmith à M. Benchicou). Récemment, le même M. Joseph Borrell ( Le Soir d’Algérie du 13 mai) a déclaré en Europe cette fois, “qu’il regrettait que la grâce présidentielle n’ait pas concerné Mohamed Benchicou”. De quoi parle-t-il puisqu’il a été convaincu par les autorités algériennes que Mohamed Benchicou était en prison pour une infraction de droit commun ? A moins que M. Borrell — et c’est ma conviction — tienne deux discours : l’un pour ne pas déplaire au pouvoir algérien, l’autre pour plaire à ses collègues du Parlement ? Feint-il d’oublier la lettre que lui avait adressée Mme Fatiha Benchicou, épouse du journaliste ? Suite à ses déclarations pour “l’usage” de l’Algérie ? Oublierait-il qu’au moment même où il faisait ses déclarations en Algérie, Hakim Laâlam, Kamel Amarni, Fouad Boughanem (chroniqueur, journaliste, directeur de la publication du Soir d’Algérie, étaient condamnés à des peines d’emprisonnement ferme ? Il sait pourtant que Mohamed Benchicou est en prison parce qu’un ministre a juré qu’il “paierait”, parce que son ouvrage a déclenché la haine et l’arbitraire de ceux qui ne lui pardonneront pas de l’avoir écrit avec, en sus, une très belle plume. Mohamed Benchicou n’avait nullement besoin de la grâce présidentielle car il n’a rien à se faire pardonner, M. Borrell. Il n’en a cure, et nous non plus, ses amis fidèles. Il aurait eu besoin, Monsieur Borrell, de votre soutien “vous le démocrate”, de votre voix. Vous avez raté le rendezvous alors que vous auriez pu vous exprimer librement lors de votre visite en Algérie. Vous l’avez raté. Vous n’en obtiendrez pas un autre. Trop tard ! Je vous laisse méditer sur cet extrait tiré de l’ouvrage de Nicolas Domenach Ça va mal finir: “Pauvres naïfs que nous étions d’imaginer que les hommes d’Etat étaient capables — c’est leur devoir — de contenir leurs humeurs, de ravaler leur bile. Or, au plus haut niveau, les pensées de sang viennent nourrir un profond et immense désir de vengeance. La haine surtout en politique n’est pas seulement mauvaise conseillère. Elle est une nourrice stérile qui ne féconde aucune action.” N’est-ce pas cela un ministre qui jure qu’un journaliste “paiera” ? En votre âme et conscience, Monsieur Borrell...
6) Justice

La presse rapporte qu’au ministère de la Justice, des membres de cabinet et des directeurs centraux ont été limogés. Ce serait en raison du dossier mal ficelé — très mal même — sur la grâce présidentielle accordée à des journalistes qui n’en ont absolument pas profité puisque non encore condamnés définitivement. Si telle serait la cause des limogeages, qui, donc, rappellera au ministre de la Justice qu’il était magistrat avant de rejoindre le gouvernement ? Magistrat et donc à même de savoir ce qu’est une grâce.
7) Sécurité des diplomates
Il a été rappelé aux diplomates de ne pas se promener n’importe où sans escorte et sans avertir le ministère des Affaires étrangères. Ce doit être souvent complexe pour un diplomate de comprendre l’Algérie. Tantôt on clame haut et fort que le pays est sécurisé, tantôt on rappelle à l’ordre des diplomates imprudents qui font l’école buissonnière. Avec tout cela, on voudrait qu’un ambassadeur défende la politique d’investissements étrangers en Algérie...
8) Le chef de l’Etat s’est rendu à Séville pour assister à un colloque sur “Ibn Khaldoun”

Qui parmi nous n’aurait pas voulu profiter des conférences sur ce grand penseur arabe ? Seulement, il y a un couac tout de même : ici ce sont les grèves les émeutes, la délinquance, la misère qui sont préoccupantes et elles ont besoin d’un président qui se doit de les prendre en charge. Après, seulement, viendront les voyages d’agrément... Rien ne presse, n’est-ce pas ?
9) Culture

La première responsable du secteur de la culture a déclaré à la Chaîne III (Radio) qu’elle déposerait plainte suite à la destruction du mausolée de Massinissa. On ignore encore si le directeur de l’urbanisme, victime de “coups ministériels cultivés” a l’intention, quant à lui, de déposer plainte.

L. A.



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http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2006/05/20/article.php?sid=38574&cid=2