|
Face à la nouvelle menace des bombes actionnées à partir de téléphones
mobiles, le pouvoir a décidé de toute une …»
…batterie de mesures
J’en avais presque oublié qu’un chanteur, ça chantait. Avant toute autre
chose. Il aura fallu Khaled et son come-back oranais pour que je m’en souvienne,
que je retrouve dans ma mémoire fatiguée l’image d’un chanteur qui monte sur une
scène, qui règle la balance avec ses musiciens, qui remonte ou rabaisse le pied
de micro (c’est selon !) et qui chante de sa belle voix (là aussi, c’est selon
!). Il faut dire qu’avec le temps, et comme beaucoup de mes compatriotes, je
commençais à croire mordicus qu’un chanteur, ça ne chantait pas nécessairement.
J’avais même fini par admettre un jour qu’un chanteur avait autorité pour se
rendre dans la chambre d’un président malade, pour en sortir et pour donner
ensuite aux journalistes attentifs un bilan de santé en bonne et due forme. Par
quel miracle nous n’avions pas vraiment réagi à l’époque au fait que ce soit un
chanteur qui communique sur l’état de santé d’un président et que les bilans
qu’il nous prodiguait soient retransmis en boucle par l’ENTV ? Je ne sais pas !
Les voies de la chanson et du show-business sont impénétrables. Tellement
impénétrables que, parfois, elles produisent des histoires de fous. Je m’en vais
vous en conter une, rapidement, sur le pouce, en guise de petit rafraîchissement
en cet été où grâce à Khaled les chanteurs se sont remis à chanter : c’était en
2004, à quelques jours de l’élection présidentielle. Un chanteur notoirement
connu, grand amateur de chemises à carreaux et de vestes à col en forme
d’oreilles d’éléphant, a commis un album à la gloire d’un candidat à
l’élection, grand amateur, lui, de sobriété vestimentaire et comportementale.
Dans ce CD dont je détiens une copie (pour la postérité), le chanteur, comme à
son habitude, fait étalage de son art de trouver la rime laudatrice là où elle
se cache, là où elle se terre. Entre-temps, il a dû parvenir aux oreilles de
notre chanteur des rumeurs de plus en plus insistantes attestant que le candidat
pour lequel il venait de chanter ne serait pas le favori du sérail. Avisé de la
puissance de représailles de ce sérail décidément versatile dans ses choix des
présidentiables, notre artiste s’empressa de confectionner un nouvel album à la
gloire, cette fois-ci, de celui qu’on lui désigna comme «le bon candidat». Mais
le plus hilarant dans cette affaire, c’est que notre chanteur poussa
l’outrecuidance jusqu’à se pointer à la rédaction du journal pour y jurer qu’il
n’avait jamais fait le premier album, celui dans lequel il louait le candidat
lâché par le sérail. Nous avions beau lui mettre sous son nez l’objet du délit,
le CD, rien ! Plus buté que les carreaux de sa chemise, il démentait. Voilà !
C’était le temps où les chanteurs, lorsqu’ils chantaient, juraient tout de suite
après qu’ils n’avaient jamais chanté. Un temps suivi peu après par un autre
temps, celui des chanteurs médecins communiquant doctement sur les maladies des
chefs d’Etat. Dieu merci, à ces temps plutôt bizarres succèdent depuis peu des
temps plus conformes à l’entendement. Grâce à Khaled, nous goûtons enfin aux
délices d’un été où les chanteurs chantent. Tout en fumant du thé pour rester
éveillés, le cauchemar continue.
H. L.
|