Dimanche 06 Août 2006
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LE DELICIEUX ETE DES CHANTEURS QUI CHANTENT !

Par Hakim Laâlam  
Email : laalamh@yahoo.fr

Face à la nouvelle menace des bombes actionnées à partir de téléphones
mobiles, le pouvoir a décidé de toute une …»

…batterie de mesures

J’en avais presque oublié qu’un chanteur, ça chantait. Avant toute autre chose. Il aura fallu Khaled et son come-back oranais pour que je m’en souvienne, que je retrouve dans ma mémoire fatiguée l’image d’un chanteur qui monte sur une scène, qui règle la balance avec ses musiciens, qui remonte ou rabaisse le pied de micro (c’est selon !) et qui chante de sa belle voix (là aussi, c’est selon !). Il faut dire qu’avec le temps, et comme beaucoup de mes compatriotes, je commençais à croire mordicus qu’un chanteur, ça ne chantait pas nécessairement. J’avais même fini par admettre un jour qu’un chanteur avait autorité pour se rendre dans la chambre d’un président malade, pour en sortir et pour donner ensuite aux journalistes attentifs un bilan de santé en bonne et due forme. Par quel miracle nous n’avions pas vraiment réagi à l’époque au fait que ce soit un chanteur qui communique sur l’état de santé d’un président et que les bilans qu’il nous prodiguait soient retransmis en boucle par l’ENTV ? Je ne sais pas ! Les voies de la chanson et du show-business sont impénétrables. Tellement impénétrables que, parfois, elles produisent des histoires de fous. Je m’en vais vous en conter une, rapidement, sur le pouce, en guise de petit rafraîchissement en cet été où grâce à Khaled les chanteurs se sont remis à chanter : c’était en 2004, à quelques jours de l’élection présidentielle. Un chanteur notoirement connu, grand amateur de chemises à carreaux et de vestes à col en forme d’oreilles d’éléphant,  a commis un album à la gloire d’un candidat à l’élection, grand amateur, lui, de sobriété vestimentaire et comportementale. Dans ce CD dont je détiens une copie (pour la postérité), le chanteur, comme à son habitude, fait étalage de son art de trouver la rime laudatrice là où elle se cache, là où elle se terre. Entre-temps, il a dû parvenir aux oreilles de notre chanteur des rumeurs de plus en plus insistantes attestant que le candidat pour lequel il venait de chanter ne serait pas le favori du sérail. Avisé de la puissance de représailles de ce sérail décidément versatile dans ses choix des présidentiables, notre artiste s’empressa de confectionner un nouvel album à la gloire, cette fois-ci, de celui qu’on lui désigna comme «le bon candidat». Mais le plus hilarant dans cette affaire, c’est que notre chanteur poussa l’outrecuidance jusqu’à se pointer à la rédaction du journal pour y jurer qu’il n’avait jamais fait le premier album, celui dans lequel il louait le candidat lâché par le sérail. Nous avions beau lui mettre sous son nez l’objet du délit, le CD, rien ! Plus buté que les carreaux de sa chemise, il démentait. Voilà ! C’était le temps où les chanteurs, lorsqu’ils chantaient, juraient tout de suite après qu’ils n’avaient jamais chanté. Un temps suivi peu après par un autre temps, celui des chanteurs médecins communiquant doctement sur les maladies des chefs d’Etat. Dieu merci, à ces temps plutôt bizarres succèdent depuis peu des temps plus conformes à l’entendement. Grâce à Khaled, nous goûtons enfin aux délices d’un été où les chanteurs chantent. Tout en fumant du thé pour rester éveillés, le cauchemar continue.

H. L.

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