La guerre ne devait durer qu’une semaine, voire deux au plus. Finalement, elle a duré 34 jours. Le bilan est désastreux et il faudra du temps et de l’argent bien sûr pour que le Liban reconstruise ce qui a été détruit. Qu’on en juge ! La destruction de 630 km d’autoroutes et de routes, de 145 ponts et bretelles, de 900 usines, supermarchés, commerces et fermes, de 7 000 logements et de 29 installations vitales — aéroport de Beyrouth, ports, réservoirs d’eau, stations d’épurations et centrales électriques —, s’élèvent à 6 milliards de dollars selon les estimations de l’économiste libanais, Marwan Iskandar. Ce à quoi s’ajoutent la destruction des relais de télévision, de radio et de téléphonie, des sites religieux musulmans et chrétiens. En plus, sur le million de personnes ayant fui les bombardements israéliens, ils sont plusieurs dizaines de milliers dont les logements ont été totalement détruits. Les pertes humaines — plus d’un millier de civils tués — et 3700 blessées, laisseront des traces profondes dans ce pays qui, en 33 ans, a été le théâtre principal de la confrontation avec Israël. Le cessez-le-feu, accepté sous la contrainte par Israël, ne signifie pas que ce pays a renoncé à la guerre. La résolution 1701 du Conseil de sécurité ne condamne pas son agression, ne lui impose pas de se retirer du Sud-Liban et, pire, elle n’exige pas d’Israël de lever le blocus maritime, terrestre et aérien qu’il a imposé au Liban. Pis, Ehud Olmert a déclaré devant le Parlement israélien qu’il se réserve le droit de traquer les dirigeants du Hezbollah. Autrement dit, en dépit du cessez-le-feu, il n’hésitera pas à appuyer sur la gâchette pour liquider les responsables du «Parti de Dieu». Le chef du gouvernement israélien est d’ailleurs conforté par le soutien exprimé lundi par George Bush pour qui le Liban «est l’un des trois fronts de la guerre contre le terrorisme» et que cette guerre fait partie d’«un combat plus vaste dans toute la région entre la liberté et le terrorisme». Dans ces conditions, la trêve observée de part et d’autre, car au fond il ne s’agit que de cela, demeure bien précaire. D’autant que sur le terrain, les positions militaires israéliennes et du Hezbollah sont imbriquées à un point tel, qu’il faudrait un miracle pour que le cessez-lefeu, jusque-là globalement respecté depuis son entrée en vigueur, ne soit pas violé. De plus, la force internationale d’interposition, que l’ONU se propose de mettre en place, ainsi que le déploiement de l’armée libanaise restent tributaires du bon vouloir d’Israël. Ce dernier pose comme préalable à son retrait du Sud-Liban celui des forces du Hezbollah et leur désarmement. Qui plus est, l'armée israélienne a dispersé des tracts mardi en tirant un obus depuis la mer sur la ville de Tyr, appelant les Libanais à ne pas regagner les villages du sud du pays «avant le déploiement de l'armée » libanaise. Autrement dit, elle souhaite maintenir ce bout de territoire libanais sous contrôle militaire, créant ainsi une sorte de «No man’s land». Or, de son côté, le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, qui crie victoire, parce qu’Israël a échoué dans son entreprise de le vaincre militairement et de le démanteler, estime qu’il est hors de question que son mouvement soit désarmé tant qu’Israël ne se retirera pas du Sud-Liban. Mieux, il a mis en garde ceux, parmi le gouvernement libanais, qui lui ont demandé de désarmer. Et il en appelle aux Libanais de le soutenir. Voilà qui ne présage rien de bon sur le proche avenir. D’autant que les pays arabes, qui ont envoyé une délégation à New York pour convaincre le Conseil de sécurité de prendre en compte les «amendements» du gouvernement libanais, ont lamentablement échoué. George Bush, dont le pays use du droit de veto, dès lors qu’il s’agit de condamner Israël, voire de l’obliger à appliquer une quelconque résolution le concernant, fait montre à l’égard de ces mêmes pays arabes d’un mépris qu’aucun de ses prédécesseurs, ni Bush père ni Clinton, n’a fait. H. Z.
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