
Culture : 14e EDITION DU FESTIVAL DU THEATRE DE SKIKDA Pour la première fois, les troupes de Mascara et Touggourt
La 14e édition du festival du théâtre de la ville de Skikda a eu le privilège d’inscrire à son registre quelques nouveautés dont la visite des troupes théâtrales de Mascara et Touggourt.
Mascara : l’accent de l’Ouest pour exprimer l’éternel mal
La troupe Echourouk li takafa ouel Masrah de Mascara a présenté la pièce
Moussafer lil, adaptée d’un texte poétique de l’Egyptien Salah Abd Essabour.
La trame de la pièce se déroule dans un train avec deux personnages, le
voyageur et le contrôleur. Le premier cité, El Hadj El Haouari Chikhaoui, le
visage poupon et l’air idiot, est un homme dans la peau de l’opprimé, son
comportement, ses réactions et ses origines patronymiques le prédisposent.
Il deviendra la proie idéale du contrôleur. Ce dernier, Mohammed Frimehdi,
le metteur en scène de la pièce, est un oppresseur de premier ordre, il a
pour idoles, Alexandre le Grand, Hannibal, Houlakou, Hitler et autres
dictateurs éclairés et personnifie à merveille la force du mal. Des
ressemblances frappantes avec les Etats-Unis ne sont pas à écarter. Une
projection vidéo, en fin de représentation, montrant des scènes de guerre
avec la photo en arrière-plan de la statue de la Liberté, en est l’indice.
Un troisième personnage, Hakim Mebenni, le narrateur, se livre à une
gesticulation intense et se morfond dans une passivité qui rappelle celle
des intellectuels. On le trouve dans diverses positions, assis rotant dans
son fauteuil, sur le wagon en train de jouer avec du chewing-gum, déambulant
autour de la scène en balbutiant avec ses mains. Une certaine lourdeur dans
la pièce et l'accent de l'Ouest, parfois incompris, sont deux facteurs qui
contribuent à focaliser l’attention du public sur lui. Il est probablement
le personnage le plus attachant de l’œuvre. Tout le monde attend beaucoup de
lui, comme attendent les peuples de leurs élites. Souvent en vain. L’équipe
technique de la pièce est constituée de Rahmouni Abdelhalim (scénographie),
Ahmed Ama (éclairage), Hamou Merzoug (son et images) et Bouçedra Mohammed
(effets sonores). A titre d’information, la troupe théâtrale a été créée en
1995 et a à son actif trois autres pièces dont Sarkhat Fennen, adaptée de
l’œuvre de Tchekov, Essedjine (Monologue) et Houb oua Doumouaâ. Son palmarès
: Prix du jury en 1995 au festival national du théâtre amateur, pour la
première citée, 2e Prix lors du festival du monologue à Chlef pour Essedjine,
et récemment, le Prix spécial du jury à Mostaganem pour la pièce Moussafer
lil.
Touggourt : l’ambiance du Sud pour surfer sur les problèmes nationaux
La troupe de Touggourt Djamiaat El Baraa litanmiat Ettifle (Association de
l’innocence et du développement de l’enfant) a participé avec Eddil El
Moukhtalif (L’ombre différente), réalisé par Djamel Bousnina sur une idée de
Djamel Saädaoui. La confrontation entre un écrivain et un voleur est le
thème principal de l’œuvre. Entrant par effraction dans une maison, un
voleur amateur, El Aïd Ben Amara, ne croyait nullement que cette dernière
était démunie des plus élémentaires équipements. Il sera vite appréhendé par
le propriétaire, Tarek Hamouia, un écrivain désabusé et sur le bord de la
déchéance. Un dialogue entre les deux personnages s’établit vite et une
amitié se tisse peu à peu, favorisée par la similitude de leurs déboires. La
pièce met à nu les déchéances sociétales des citoyens algériens. Les causes
et les effets, — l’écrivain est un opposant au système, ce qui lui a valu la
prison — et le voleur est membre d’une famille pauvre de neuf personnes — ce
qui l’incite au vol. Cette série d’échecs — le premier a vendu tous ces
meubles et mis sa famille dans un désarroi sans pareil, et le deuxième rate
tous ses coups et est recherché par la police — démontre d’e manière
pondérée les dérives des pouvoirs en place. Un troisième personnage, Kh’miss
Nasr Allah, le policier, fait son apparition à la fin de la représentation.
Une lourdeur dans la pièce, un dialogue sec, un jeu de scène un peu
stéréotypé ont contribué à donner à la pièce un son monocorde. Ce qui a eu,
paraît-il, la défaveur du public. Boussebaa Mohamed Amine et Debbah Khmissi
sont les deux techniciens du plateau. La troupe de Touggourt existe depuis
1992, elle a été créée par Djamel Bousnina sous le nom de Es Salem lil
Founoune Eddramia. Spécialisée dans le théâtre pour enfants, elle a à son
actif 20 pièces dans ce domaine. En 2003, sous son actuelle appellation,
elle se lance dans le théâtre pour adultes en produisant trois pièces et
trois monologues. Elle rafle deux prix : le Prix de la meilleure
interprétation féminine, en 2003, attribuée à Bel-Abbès Nour El Houda (le 2e
de sa carrière après celui de 2002 à Mostaganem également pour Ghabat
Ezzitoune) pour son rôle dans Lil Adjl El Djazaïr, et le Prix du jury à Tarf
en 2006, pour le monologue de El Aïd Ben Amara Fi Mahabi Errih. Ces deux
distinctions s’ajoutent à celles de 2002, déjà mentionnée et de 1995,
attribuée à Khelif Ramdane, le Prix de la meilleure interprétation masculine
à Constantine. Zaïd Zoheïr
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