«Situation tendue et de plus en plus inquiétante en
Kabylie. En une semaine, pas un seul fourgon blindé de
transport de fonds n’a été attaqué et un seul kidnapping
enregistré.»
Kess ke sa kach ?
Il ne s’agit pas ici de provoquer le courroux des puissants Américains. Il
ne s’agit pas de s’exposer aux risques d’une invasion éclair de notre
pays par les Marines suite à un alignement malheureux de mots. Il s’agit
juste de vous narrer un fait qui m’a paru insolite et qui a eu pour cadre les
«abords immédiats» de l’ambassade des USA à Alger. L’autre jour, roulant
en voiture à proximité de cette ambassade, je me suis retrouvé comme
d’autres automobilistes devant moi et d’autres derrière moi bloqué par un
policier de faction devant cet édifice officiel. L’homme, flic algérien
habillé par la DGSN de la RADP et muni d’un badge aux couleurs bien algériennes,
nous signifiait d’un geste ferme de la main de nous arrêter. Ce que nous fîmes
tous, bien sagement. Même si nous nous demandions, perplexes, les raisons de
cette halte forcée. Au bout de cinq minutes qui me semblèrent une éternité,
je vis deux gardes américains armés jusqu’aux dents sortir du bâtiment, précédant
un civil, d’âge moyen, entre 30 et 40 ans, lui-même suivi de deux gardes
fermant la marche. Cet étrange cortège accomplit le plus court parcours sécurisé
qu’il m’ait été donné de voir dans ma vie : il traversa les cinq mètres
du chemin Bachir-Ibrahimi, le séparant du bâtiment d’en face, l’annexe de
l’ambassade US. Quel bastringue ! Dire que nous sommes restés à rôtir dans
nos voitures, stoppés net dans nos parcours par la DGSN pour qu’un tout jeune
diplomate puisse traverser la rue et aller en toute quiétude d’un bâtiment
à un autre. Même si je ne suis pas diplomate, je n’ai pu m’empêcher de
faire jouer la règle de la réciprocité. En essayant de m’imaginer la chose
vue des Etats- Unis. A-t-on des chances de voir un policeman affecté à la
circulation à proximité du siège de l’ambassade algérienne aux States,
sise au 2118 Kalorama Rd, NW Washington DC 20008, arrêter le flux des belles
limousines américaines, faire patienter les millions d’automobilistes ricains
qui transitent par là, afin de permettre à l’un de nos jeunes diplomates en
poste de traverser la rue ? Ce n’est qu’une question sans aucune arrière-pensée.
Pas de quoi déclencher une tempête du désert. Encore moins déboulonner une
statue. Juste fumer du thé pour rester éveillé aux termes de la dignité et
du respect de soi en ces temps où le cauchemar continue.
H. L.
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