Interrogés sur ce qu’ils comptaient faire maintenant qu’ils sont
libres, les deux journalistes de Fox News convertis à l’islam par
leurs ravisseurs palestiniens ont déclaré en chœur :
«Une cuite d’enfer !»
La scène a lieu dans une petite ville d’Algérie. Peu importe où.
L’essentiel étant de savoir ou de tenter de savoir pourquoi, dans un coin
d’Algérie, dans une portion de ce pays ce genre de choses peut avoir lieu. Un
commerce de matériaux de construction comme il en existe un peu partout.
C’est-à-dire un terrain vague avec dessus, comme une hideuse excroissance, un
rez-de-chaussée sous forme de garage-dépôt, recouvert d’une dalle, d’où
surgissent des poteaux en attente de la construction du 1er étage de ce qui
sera sûrement une villa ou, du moins, de ce qui se prétendra être une villa.
Si le commerce du bas est florissant, ce dont je ne doute point. L’intrigant
dans cette configuration somme toute banale jusque-là, ce sont six bidets de
toilette trônant bien évidence au beau milieu de la dalle du futur 1er étage
et surplombant donc la route en contrebas. Jusque-là, je connaissais la
pratique du cactus planté dans un pot lui-même installé au-dessus des bâtisses
en construction afin d’en éloigner le mauvais œil. Je connaissais aussi
cette autre pratique qui consiste à coincer des pneus usés entre les barres de
fer des coffrages de piliers en attente, et dont la fonction là aussi est de
faire barrage au mauvais sort. Mais six bidets blancs, hachakoum, soigneusement
alignés dans une irréelle exposition aux quatre vents, je ne connaissais pas.
Bien sûr, on peut supposer que c’est là un rappel de l’activité du propriétaire,
la vente de matériaux de construction, et par concomitance d’accessoires de
salles de bains. Mais alors, pourquoi placer des bidets en hauteur, de façon
presque obscène ? Doit-on lire derrière la disposition toute particulière de
ces menhirs d’un genre nouveau un message, une volonté évidente de nous dire
quelque chose, à nous les passants qui passent à proximité de ce lieu ? Et
s’il y avait réellement message, quel serait-il ? Que peuvent signifier six
bidets imposés à la vue de tous ? J’ose quelques pistes, pas très ragoûtantes
je l’avoue, mais je les ose tout de même : six bidets sur une dalle de
maison, ça veut dire «votre mauvais œil, je tire la chasse dessus» ou encore
«vous me faites ch…» ou encore «je vous p… dessus». Bien sûr, ce ne
sont là que des lectures. Des interprétations tout à fait libres d’un
nouveau langage que je ne maîtrise pas vraiment, celui des bidets de toilette
exposés sur le fronton d’une maison. Mais gageons qu’avec le temps et
l’incommensurable capacité des Algériens à s’habituer à tout, ce
langage, comme celui des pots de cactus et des pneus, va avoir ses adeptes, ses
spécialistes et ses interprètes patentés. En attendant cette normalisation en
cours, fumons du thé et restons éveillés, le cauchemar continue.
H. L.
|