Panorama : DECODAGES
Poursuivons le débat !
Par Abdelmadjid Bouzidi
abdelmadjidbouzidi@yahoo.fr


Depuis 2001, la politique économique mise en œuvre dans notre pays est une politique keynésienne, de relance par la demande. Deux importants programmes d’investissements publics 2001/2003 et 2004/2009 financés sur ressources budgétaires auxquels s’ajoutent un Programme de développement agricole (PNDA) financé aussi par la dépense publique ont incontestablement stimulé la croissance économique.
Simultanément, l’Etat par la récente décision de hausse des salaires de la Fonction publique a aussi encouragé la consommation des ménages et consolidé ainsi la demande globale. Bref, plan de soutien à la relance puis plan de consolidation de la croissance, plan de développement agricole et hausse des salaires des fonctionnaires : nous avons bien affaire à une politique conjoncturelle pro-cyclique de type keynésien. Fallait-il opter pour une telle politique économique ? Sans hésitation aucune : oui. Nous l’appelions déjà en 1998. Deux reproches ont été adressés à cette démarche par certains de nos économistes lors de son adoption : 
1/ le financement de la relance par la dépense publique va générer un énorme déficit budgétaire, donc un financement monétaire qui va alimenter une dérive inflationniste. De plus, un tel programme d’investissements publics va générer une dette publique importante que les générations futures devront bien payer ; 
2/ la stimulation de la demande globale censée fouetter la machine économique nationale et relancer la croissance a toutes les chances, nous dit-on, de produire ses effets à l’extérieur du pays. L’offre locale étant rigide et faible, les opérateurs auront recours aux importations et le multiplicateur jouera à l’extérieur... Ces critiques ne sont pas confirmées dans les faits. 
a) Rappelons d’abord que même en contexte de contrainte budgétaire et compte tenu de la récession qui frappait notre économie et l’important chômage qui touchait notamment notre jeunesse, la réanimation de l’économie et la lutte contre le chômage “valaient bien un peu d’inflation”. Dans notre cas — et c’est heureux — grâce à une nette amélioration des prix des hydrocarbures sur le marché mondial l’épargne budgétaire a été considérable et l’Etat n’a pas eu besoin de recourir à la création monétaire pour financer son programme. 
b) D’importantes capacités de production oisives existent dans le pays et même si les importations ont augmenté il est incontestable que l’appareil de production national a été stimulé. Le multiplicateur a bien joué, même partiellement. La croissance économique a en tout cas été bien réelle : depuis 2001/2002, c’est un taux annuel moyen de +5% de croissance qui est affiché. De même, il y a eu création d’emplois et réduction du chômage même si on peut contester l’ampleur du succès affichée par les données officielles. La relance par la demande a donc été payante. Il faut toutefois insister sur le caractère conjoncturel de la politique économique mise en œuvre. De même, la croissance économique enregistrée, pour réelle qu’elle soit, n’en reste pas moins éphémère, coûteuse et extensive. Elle n’est pas due à des améliorations de productivité des facteurs. Elles coûte au Trésor public. Elle est liée aux prix du pétrole bien volatiles. Une fois cassé le cycle récessionniste qui a marqué la fin de la décennie 1980 et la première moitié de la décennie 1990, il reste à sortir l’économie algérienne de ses rigidités. Il faut bien se rendre à l’évidence. La crise de l’économie algérienne est plus sérieuse : elle est structurelle, elle est aussi systémique. Alors et pour reprendre notre question de départ : fallait-il des plans de relance financés par l’Etat pour réamorcer le principe de la croissance ? La réponse est oui. La solution à la crise de l’économie algérienne réside-t-elle pour autant dans ces plans de relance ? La réponse est non. C’est un lien commun de rappeler qu’il y a dans notre pays une crise de l’offre — Perte de parts de marché intérieur, incapacité de conquérir la moindre part de marché extérieur — l’entreprise algérienne n’est pas performante. Elle est surtout non compétitive. Comment impulser l’offre ? La théorie économique n’est pas ici d’un grand secours. Elle est encore plus inutile dans le contexte économique algérien. Que nous enseignent les théoriciens de l’offre ? Il faut d’abord rappeler que c’est contre Keynes et le keynésianisme que la théorie de l’offre a été produite. Pour stimuler l’activité économique et inscrire la croissance dans la durée, il est nettement préférable de stimuler l’offre plutôt que la demande. La croissance économique se fabrique dans les entreprises. Il faut donc encourager celles-ci à produire et investir davantage. Pour cela, il faut que les entrepreneurs puissent envisager des profits en augmentation. L’absence ou la faiblesse de la croissance économique sont expliquées par le découragement des entrepreneurs qui font face à des prélèvements obligatoires très lourds (forte pression fiscale, importantes cotisations patronales) et des pressions des salariés très coûteuses, des politiques de crédits restrictives et un marché de travail rigide. C’est en libérant les entreprises de toutes ces contraintes que l’on stimulera la croissance économique et qu’on l’inscrira dans la durée. Il faut alors baisser les impôts qui pèsent sur les entreprises, diminuer les charges obligatoires auxquelles sont soumises, supprimer le SMIG et laisser les salaires être fixés librement par le marché. Il faut de même plus de flexibilité sur le marché du travail : l’entreprise doit être libre de recruter et de licencier quand elle le juge nécessaire. Enfin, la politique du crédit doit être moins restrictive et évoluer à la baisse. De la sorte, les entrepreneurs encouragés et stimulés par des taux de profit intéressants se remettront à investir et à créer de l’emploi. Confiée aux “multiples marchés”, la croissance économique redémarre sérieusement. Il faut noter que contrairement à la relance par la demande qui est une politique conjoncturelle de court terme, la politique de l’offre est une politique structurelle qui produit ses effets à long terme. Au plan général, deux critiques principales ont été adressées à la politique de l’offre : 
1) un partage de la valeur ajoutée trop favorable aux profits, développera encore plus les inégalités sociales et la pauvreté ; 
2) si le marché intérieur est réduit par ces inégalités et cette pauvreté à quoi bon développer la production qui ne trouvera pas de consommateurs ? Dans le cas de l’économie algérienne un certain nombre d’observations sont à faire qui éclaire sur la pertinence ou au contraire l’absurdité de l’application des remèdes des théoriciens de l’offre ; 
1) les marchés sont déstructurés et les pratiques économiques informelles sont très répandues ; 
2) la pression fiscale est l’une des plus faibles de la région et l’abaisser encore plus, c’est condamner l’économie algérienne à ne jamais sortir de la fiscalité pétrolière très volatile ; 
3) avec un taux de chômage qui avoisine les 16% (taux certainement sous-évalué) supprimer le SNMG, rendre le marché du travail flexible et libéraliser les salaires, c’est porter un grand coup au marché intérieur difficilement construit ;
4) enfin, confier l’investissement et l’emploi aux seuls opérateurs privés qui n’ont pas encore démontré leur efficacité dans ces domaines, c’est se condamner à un rythme bien lent de la croissance économique. Alors politique de l’offre : oui mais “des actions concrètes dans une situation concrète”. Bien évidemment “le marché autant que possible et l’Etat autant que nécessaire” :
a) mais insistons sur un point : dans la situation concrète de l’Algérie, le rôle de l’Etat est incontournable. Il doit contribuer à construire les facteurs de compétitivité et d’attractivité (formation d’excellence, recherche, innovation, infrastructures modernes). De même, l’Etat doit continuer à être investisseur dans les créneaux notamment industriels à haute technologie, seul ou en alliance avec des investisseurs étrangers ;
b) l’entreprise privée nationale doit être accompagnée par l’Etat pour son programme de mise à niveau, sa conquête de débouchés extérieurs pour celle qui a des capacités à l’exportation ;
c) le recyclage et la formation continue pour les collectifs de producteurs des plates-formes industrielles existantes et des exploitations agricoles devront être organisés ;
d) le développement du secteur des services à l’entreprise fait partie aussi d’une politique de l’offre. Il y a quelques orientations à détailler, à chiffrer et dont il faut trouver le financement.
A. B.

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