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Fuite des cerveaux. Kebir dément formellement : «Ce n’est
pas dans ce cadre-là que j’ai quitté à l’époque l’Algérie!»
Précision inutile Rabah, on s’en doutait
déjà un peu…
De manière cyclique, comme un réveil de gueule de bois, l’Algérie se
souvient que des milliers de ses cerveaux ont préféré fuir le pays pour
pouvoir laisser libre cours à leur génie, ou du moins à leur compétence.
Avant-hier encore, lors d’une rencontre à Alger, le président du Forum des
chefs d’entreprise croyait utile de rappeler un chiffre : 40 mille chercheurs
ont quitté l’Algérie ces dernières années. Et comme à chaque fois, ce
genre de constat s’accompagne de l’éternelle et inamovible interrogation
cul-cul la praline : comment faire pour que les cerveaux baladeurs algériens
retournent au pays ? Je suis incapable de vous dire le nombre de responsables,
de ministres de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique qui
ont, à un moment ou à un autre, lancé ce slogan, enfourché cette «mère des
batailles» qu’est le retour de nos cerveaux au bled. Des milliers de fois ?
Des centaines de milliers de fois ? Plus probablement des millions de fois. Avec
toujours, au bout, à la retombée de la fièvre factice qui accompagnait l’ordre
de bataille jamais menée un lamentable fiasco, le bide de chez bide. Et comment
peut-il en être autrement ? Tentons brièvement d’accompagner virtuellement
un cerveau algérien dans son retour tout aussi virtuel au pays. Premier contact
rude. Ce cerveau est coincé dans une voiture au port d’Alger, sous un soleil
de plomb plusieurs heures de suite dans un marathon éreintant de formalités
douanières et policières. Kebir, lui, de retour en Algérie, a mis moins de 30
minutes pour sortir de l’enceinte aéroportuaire. Notre cerveau, enfin
libéré du port, doit, s’il n’a plus de maison en Algérie, se démerder
pour trouver un gîte. Kebir a immédiatement eu à sa disposition une superbe
baraque d’où il nous a claironné qu’il était là et bien là, qu’il
était de retour. Notre cerveau ayant au bout de plusieurs tentatives réussi
enfin à entrer en contact avec sa tutelle, se voit proposer, comme une aubaine
inouïe, une chance à ne rater sous aucun prétexte, un salaire de 100 mille DA
mois. C’est-à-dire moins, nettement moins que le salaire de la personne qui s’occupait
de faire le ménage dans le labo où notre cerveau exerçait à l’étranger. A
ce niveau-là déjà, sans pousser plus avant, sans l’accompagner plus loin,
si notre cerveau n’a pas encore renoncé, c’est qu’il est déjà
partiellement endommagé, dérangé, et donc inutile pour le pays. Plus
sérieusement, arrêtons un peu avec cette blague de la fuite des cerveaux
algériens. Lorsqu’on déroulera un tapis un peu plus rouge, un peu plus
épais et un peu plus moelleux à un chercheur algérien que celui que l’on
vient de dérouler à un terroriste commanditaire d’assassinats, là, on
pourra peut-être parler du retour de nos cerveaux. En attendant, fumons du thé
et restons éveillés, le cauchemar continue.
H. L.
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