
Actualités : L’ambassadeur de Turquie nous écrit
Me référant à une dépêche qui a paru dans la seconde
page de l’édition du 17 octobre 2006 de votre journal, intitulé “La menace
turque”, je voudrais vous informer que le contenu de cette information est
erroné. Par conséquent, je souhaiterais faire la mise au point suivante : En
premier lieu, le vote à l’ONU dont la dépêche se réfère, n’a pas eu
lieu en 1961, mais à la fin des années 50.
En second lieu, la délégation
turque à l’ONU n’a pas voté contre le droit à l’autodétermination du
peuple algérien, mais s’est abstenue. Je tiens à préciser qu’à partir du
déclenchement de la Révolution en 1954 jusqu’à l’indépendance de l’Algérie,
le peuple turc a soutenu massivement cette résistance héroïque contre le
colonialisme. Les représentants du peuple à la Grande Assemblée nationale de
Turquie ont, à leur tour, créé un “Groupe d’amitié avec les Musulmans de
l’Afrique du Nord”, au mois de mars 1960 pour appuyer le GPRA. En effet, la
Turquie et l’Algérie ont, en partage, une histoire et une culture communes. L’histoire
s’est alliée à la géographie pour forger des liens éternels entre nos deux
peuples et les Turcs étaient solidaires avec leurs frères et sœurs algériens
contre le colonialisme. Les manifestations de rue, les protestations devant les
représentations diplomatiques françaises, la collecte des fonds au profit des
moudjahidine, les articles parus dans la presse en Turquie et les conférences
organisées dans différentes villes anatoliennes sont les preuves de ce soutien
sans faille. Vous pouvez trouver des documents à ce sujet au Musée central de
l’armée. Par ailleurs, le gouvernement turc a dépêché secrètement un
général à Tripoli, pour acheminer par voie de mer ses aides d’armes et de
munitions aux combattants algériens par le biais des représentants du FLN
basé en Libye. Toutefois, il est vrai qu’à cette époque, le gouvernement
français, en se basant sur l’argument d’obligation de garantie de son
intégrité territoriale prévue par le Traité de l’alliance atlantique
(OTAN), a fait pression, entre autres, sur la Turquie, pour que notre
gouvernement vote au sein des Nations unies contre le droit à l’autodétermination
du peuple algérien. Vous n’ignorez sans doute pas que la France,
contrairement aux autres colonies, admettait que toute l’Algérie faisait
partie de son territoire national. Nonobstant cette pression et sa participation
comme membre à part entière au Traité de l’alliance atlantique, le
gouvernement turc a d’abord sondé par le biais de sa délégation auprès des
Nations unies pour voir, au cas où son vote ne serait pas pour, ses frères
algériens perdraient leur indépendance ou non. Après être rassuré du
résultat positif pour l’Algérie, l’instruction a été donnée à la
représentation permanente pour s’abstenir lors du vote et de ne pas voter en
faveur de la France comme demandé dans le cadre de l’OTAN. Je voudrais
préciser également que même cette prise de position attentive n’a pas plu
au peuple turc et le fait d’avoir voté par abstention a été très largement
critiqué en Turquie. A tel point que plusieurs personnes ont pensé par la
suite que ce n’était pas une simple abstention bien calculée, mais un vote
contre l’indépendance de l’Algérie. Même aujourd’hui, du fait que les
archives de l’époque ne sont toujours pas accessibles au public, beaucoup de
Turcs ne connaissent pas la vérité et n’ont toujours pas pardonné le
gouvernement de l’époque à cause de ce vote. Il faut d’ailleurs vous
rappeler que ce sentiment de gêne vis-à-vis de cette abstention était si fort
que la Turquie s’est excusée officiellement pour la première et la dernière
fois dans son histoire par la voix de SEM Turgut Ozal, Premier ministre de la
République de Turquie, lors de sa visite en 1985 à Alger. Pourtant, nos
frères algériens lui ont répondu que ce vote a été oublié, contrairement
à ce que vous écrivez dans votre journal et que, les armes et les munitions
acheminées aux moudjahidine du FLN étaient toujours vives dans les mémoires.
Ercümend Ahmet Enç
Ambassadeur de Turquie à Alger
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