
Actualités : Voile sans frontires
Le hidjab, ou le nouveau paraître de beaucoup d’Algériennes Phénomène de société, le voile islamique ou le hidjab, en
Algérie, connaît de plus en plus de porteuses mais voit en même temps
diminuer sa symbolique politique qu’il a charriée entre la fin des années 80
et le début des années 90. L’habit, pur produit d’importation, tant il est
vrai qu’il n’intègre pas les mœurs vestimentaires séculaires de l’Algérienne,
ne se met pas, en effet, de nos jours comme un apparat postulant à souligner un
trait distinctif ou pour décliner une identité politique, voire partisane.
Le
hidjab a, par ailleurs, tendance à s’éloigner de sa version “hard” pour
épouser des variantes de plus en plus “soft”. Ceci même si le “tchador”
reste encore de mise chez certaines femmes. Sociologue, Nasser Djabi a, dans un
entretien accordé à El Watan et publié la semaine passée, estimé que le
nombre de femmes portant le “tchador” n’a pas évolué par rapport à sa
manifestation du début des années 90. Il a considéré par ailleurs que le
hidjab n’est plus l’expression d’une contrainte familiale ou de celle du
quartier. Pour lui, beaucoup de femmes, jeunes et moins jeunes, ont opté pour
le hidjab par résolution individuelle. “La nouvelle version du hidjab en
Algérie n’a plus la même expression politique et idéologique qu’elle
avait durant les années 1980. Il me semble que c’est une résolution
individuelle et non pas l’expression d’un mouvement collectif ou d’un
projet politique”, a-t-il analysé. Cela est incontestablement vrai, notamment
dans les grandes villes. Mais il reste des poches ou le milieu intime, si le mot
est juste, aux jeunes filles de porter le hidjab. Ceci est valable dans les
régions reculées où notamment sévissent encore les terroristes. Dans ces
patelins, le port du hidjab opère comme un sauf-conduit. Généralement dans
ces endroits, le hidjab est de couleur noire, contrairement au milieu citadin
où ils épousent toutes les couleurs. Par ailleurs, les porteuses du hidjab, de
nos jours, vivent leur féminité quasiment comme le reste des femmes. Elles se
maquillent, mettent en évidence leurs corps, sortent et entretiennent des
relations amoureuses. Selon Nasser Djabi, “le port du hidjab, cette fois,
traduit beaucoup plus une démarche individuelle qu’un phénomène. Le voile n’empêche
pas l’Algérienne de vivre pleinement sa vie et il n’est pas souvent l’expression
d’un mal-être”. Si le hidjab en tant que mœurs vestimentaires nouvelles et
d’un poids conséquent au sein de la société est un fait établi, il n’en
demeure que, exception faite des années 90 où il a été au centre de la
diatribe, la politique, au sens polémique, ne s’en est pas trop mêlée.
Contrairement à nos voisins de l’est, les Tunisiens, où le port du hidjab
est partie intégrante des préoccupations du gouvernement. La polémique s’y
est installée, au demeurant, depuis peu. En Europe, le débat et les
polémiques autour du “voile islamique” sont toujours d’actualité. Farid
S.
Comme le Royaume-Uni, d’autres pays d’Europe s’interrogent
face au voile
Le débat actuel sur le niqab au Royaume-Uni prolonge celui
entamé dans de nombreux autres pays européens, où le voile islamique est
devenu le symbole des interrogations sur l’intégration des musulmans. France,
Allemagne, Pays- Bas, Belgique, Italie, Suède... les pays européens sont
confrontés, à des degrés divers à la même question, face à des voiles qui
se sont faits plus nombreux ces dernières années et sont devenus parfois la
marque la plus visible d’une “séparation” des communautés, selon les
termes du Premier ministre britannique Tony Blair. “Dans la plupart des pays
européens, un débat similaire est en cours”, a-t-il récemment souligné,
ajoutant que derrière la question du voile se dessinait un débat plus large,
“sur la relation entre notre société et comment la communauté musulmane s’y
intègre”. Au Royaume-Uni, où les attentats du 7 juillet 2005 ont remis en
cause le modèle “multiculturel” cher aux Britanniques, le débat s’est
concentré ces derniers jours sur le niqab, tenue islamique pourtant marginale,
qui ne laisse voir que les yeux : une institutrice de 24 ans, Aishah Azmi, a
été suspendue après avoir refusé de l’enlever en classe. Les prud’hommes
locaux ont refusé l’argument qu’elle avait été victime de discrimination,
mettant en avant l’intérêt des enfants. Comme dans d’autres pays
européens, le gouvernement a laissé aux autorités locales la responsabilité
de la décision. Quelque 1,6 million de musulmans vivent au Royaume-Uni,
majoritairement pakistanais et bangladais. La France, pays européen avec la
plus forte proportion de musulmans (environ 5 millions, principalement du
Maghreb), est à ce jour l’un des rares à avoir légiféré au niveau
national, interdisant en mars 2004 le port de signes religieux ostentatoires à
l’école publique, dont le hijab, voile qui laisse l’essentiel du visage
dégagé. Le niqaby reste très minoritaire, mais commence également à
susciter un malaise. Un député UMP (droite/majoritaire), Jacques Myard, a
ainsi déposé en avril une proposition de loi préconisant deux mois d’emprisonnement
et 3 750 euros d’amende en cas de violation du principe selon lequel “toute
personne allant et venant sur le territoire de la République doit avoir le
visage découvert permettant aisément sa reconnaissance ou son identification”.
Selon lui, le niqab “est une violation de l’égalité des sexes, un très
grave danger pour le vouloirvivre ensemble”. Aux Pays-Bas, où 5,8% de la
population est musulmane et où les fonctionnaires peuvent porter le voile sauf
“si celui-ci interfère avec la sécurité, la fonctionnalité ou l’impartialité”,
le débat se concentre également désormais sur la burqa (version afghane du
niqab), même si elle ne concerne qu’une minorité. Le Parlement, il y a un
an, a voté pour l’interdire dans les lieux publics, mais la mesure n’est
pas encore appliquée, le ministère de la Justice estimant qu’elle est en
contradiction avec la loi antidiscrimination. En Allemagne, où vivent plus de
3,2 millions de musulmans majoritairement turcs, le débat dure aussi depuis
plusieurs années. Certains länders ont changé la loi et d’autres sont en
train de légiférer en vue d’interdire de manière plus ou moins stricte les
signes religieux à l’école. Ainsi, le Bade-Wurtemberg (sudouest) a interdit
en avril 2004 aux enseignantes le port du voile à l’école. En revanche, le
tribunal administratif de Stuttgart a autorisé en juillet une institutrice
convertie à porter le foulard islamique dans une école publique. Dans ce
contexte, plusieurs personnalités allemandes d’origine turque ont appelé à
la mioctobre les musulmanes allemandes à abandonner le foulard, pour marquer
leur intégration. En Italie, où vivent environ un million de musulmans, la
question du voile a été relancée la semaine dernière par une déclaration du
chef du gouvernement Romano Prodi. “Si une femme veut porter le voile, très
bien”, mais le “bon sens” demande que son visage ne soit pas caché,
a-t-il dit. Un récent incident lors d’un débat télévisé a révélé l’extrême
sensibilité du sujet. Daniela Santanché, députée Alliance Nationale
(droite), a été traitée d’”infidèle” par un imam fondamentaliste, pour
avoir avancé que le port du voile n’était pas une prescription du Coran. Cet
échange a valu à la députée une protection policière et des manifestations
de solidarité de responsables politiques de gauche comme de droite, qui ont
tous insisté sur la nécessité pour les musulmans de “s’intégrer”. En
Belgique, où les musulmans, pour l’essentiel d’origine marocaine ou turque,
représentent 4,5% de la population, la question du voile revient aussi
régulièrement, mais la réglementation en incombe aux autorités locales. Un
petit nombre de communes, en Flandre (nord) et à Bruxelles, ont interdit la
burqa ou d’autres vêtements masquant entièrement le visage, en se basant sur
des règlements de police prévus pour réglementer... le port des masques de
carnaval. Et le débat fait également rage en Turquie, pays musulman à 99%,
mais strictement laïc, où les voiles sont interdits depuis des années dans
les universités et la Fonction publique. Le pays est profondément divisé sur
la question.
En France, plus aucune jeune fille ne vient à l’école
avec le voile
Une loi de 2004 bannissant le port du voile à l’école en
France, qui avait suscité des réactions hostiles dans de nombreux pays
musulmans, a eu un effet rapide et spectaculaire : aucune jeune fille ne s’est
présentée voilée aux deux dernihres rentrées scolaires, contre 1 500 en
2003. Seuls quatre cas litigieux ont été recensés cette année par le
ministère de l’Education nationale, tous concernant de jeunes sikhs qui
refusent de retirer leur coiffe. En septembre 2004, 47 jeunes avaient été
exclus de leur établissement sur les 639 qui s’étaient présentés à la
rentrée en portant une grande croix, un turban ou un voile, contrevenant ainsi
à la loi du 15 mars 2004 sur la laïcité qui interdit les signes religieux
ostensibles dans les établissements scolaires. Dernière voie de recours pour
ceux qui refusent ces décisions, le Conseil d’Etat, plus haute juridiction
administrative française, doit prochainement statuer sur cinq cas litigieux.
“On ne pensait pas que ça se passerait aussi bien, parce que chaque jeune
auquel on s’opposait avant le prenait pour lui alors qu’à partir du moment
où il y a une loi, cela concerne tout le monde et personne ne se sent
particulièrement visé”, explique Jean-Claude Lafay, membre du SNPDEN, le
principal syndicat de proviseurs. Pour lui, il s’agit d’”un problème
marginal en France, pas spécifique à une religion et en particulier à la
religion musulmane”. “Les jeunes catholiques intégristes, les jeunes juifs
intégristes ne posent pas moins de problèmes”, assure-t-il. On sait peu de
choses sur les élèves exclus ou qui ont simplement renoncé à se scolariser,
sauf qu’ils sont peu nombreux. “La majorité a retiré son voile mais le vit
très mal”, assure cependant Nora Rami, porte-parole du “Comité 15 mars et
libertés” qui a instauré une permanence téléphonique pour les familles se
refusant à appliquer la nouvelle loi. Les autres se sont inscrites au Centre
national d’enseignement à distance, (Cned) suivent leurs études en Belgique
ou, dans certains cas, sont reparties dans leur pays d’origine. Selon Mme
Rami, l’enseignement privé (à 97% catholique en France), non concerné par
la loi, a refusé d’accueillir les jeunes filles qui désiraient garder leur
voile.
Hidjab, niqab, tchador et burqa : les différents voiles
islamiques
Le voile islamique, dont le port s’impose à de nombreuses
femmes musulmanes tenues de se cacher au moins partiellement le visage, s’inscrit
dans des traditions souvent antérieures à l’islam lui-même. Le port du
voile pour les femmes est attesté chez les juifs dans la Bible depuis des temps
immémoriaux et existait chez les Arabes avant l’avènement de l’islam. Le
hidjab (ou hidjeben, en dialecte maghrébin) est formé sur la racine arabe
hajaba, qui signifie cacher, dérober aux regards, mettre une distance. Ce voile
cache les cheveux, les oreilles et le cou, ne laissant voir que l’ovale du
visage. Promu par les Frères musulmans, il est souvent complété par une
tunique ou un imperméable. Il s’est généralisé dans le monde musulman,
remplaçant les tenues traditionnelles, remontant à l’époque romaine, comme
le “haïk” en Afrique du Nord, grande pièce de laine ou de coton d’environ
5 m sur 1,60 m, qui dissimule les formes du corps et voile le visage. Le voile s’appelle
aussi lithem (cache-nez) ou encore khimbr, terme générique qui désigne tout
ce qui couvre la tête : mantille, chble ou écharpe. La burqa est, à l’origine,
le vêtement traditionnel des tribus pachtounes en Afghanistan. Ce long voile,
bleu ou marron, couvre complètement la tête et le corps de la femme musulmane.
Un grillage cache les yeux. Depuis quelques années, cette tenue est devenue,
aux yeux du monde occidental, le symbole du régime des talibans en Afghanistan,
qui l’ont rendue obligatoire. La burqa a son équivalent arabe, le niqab, qui
s’est répandu sous l’influence de l’islam wahhabite. Ce grand voile est
complété par une étoffe ne laissant apparentre qu’une fente pour les yeux.
Certaines femmes y ajoutent des lunettes de soleil et des gants. Niqabvient de
la racine arabe naqaba, qui veut dire trouer, parce qu’il ne laisse que deux
“trous” pour les yeux. Le tchador, en Iran, est un vêtement traditionnel
porté par les femmes, utilisé principalement aujourd’hui par les
pratiquantes. Il s’agit d’une pièce de tissu semi-circulaire ouverte sur le
devant qui ne possède ni ouverture pour les mains ni fermeture, mais est tenue
par les mains ou les dents, ou encore en entourant ses extrémités autour de la
taille. Le port du tchador n’est pas obligatoire dans la République islamique
à la différence du port d’un voile sur la tête.
Le voile au pluriel en Egypte
Des banlieues miséreuses aux quartiers chics, la question
pour les musulmanes égyptiennes n’est plus de se voiler ou pas, mais de
choisir son voile, du plus rigoriste au plus branché. Après 30 ans de
réislamisation, les femmes nue-tête sont aujourd’hui archi-minoritaires sur
les bords du Nil et la plupart sont des coptes chrétiennes, elles-mêmes très
minoritaires en Egypte. Par volonté idéologique ou religieuse, forte pression
sociale et familiale, les Egyptiennes sont voilées à 80%, risque la sociologue
Mona Abaza, pour qui c’est le “signe le plus réussi et le plus préoccupant
de l’islamisation”. Officiellement, le voile n’est ni banni dans la
Fonction publique ou les universités, comme en Turquie, ni obligatoire, comme
en Arabie saoudite. L’épouse du président, Suzanne Moubarak, n’est pas
voilée. Sur deux femmes ministres, l’une est coiffée d’un bonnet. La
présidente de la 1re chaîne de la télévision nationale, Nadia Halim, a
récemment adopté le voile mais aucune présentatrice de journaux des chaînes
publiques ou satellitaires privées n’apparant voilée à l’antenne. Le
temps paraît donc loin du geste inaugural, et qui fit scandale, de Hoda
Charaoui, la grande féministe égyptienne, d’ôter son voile publiquement en
gare du Caire à son retour d’un voyage en Europe, en 1923. C’est aujourd’hui,
à rebours, une nouvelle bataille qui a repris “au nom de l’islam, et du
choix personnel”, en faveur du niqab, une pèlerine de couleur sombre qui
cache l’intégralité du corps et ne laisse entrevoir que les yeux. Des
étudiantes qui le portaient ont été exclues du foyer de l’Université de
Helwan, au sud du Caire, relançant une controverse sur “le licite et l’illicite”
en matière de code vestimentaire islamique, aux enjeux ici politiques. “Je n’accepte
pas qu’on dise que le niqab est une obligation”, affirme Soad Saleh,
professeur de droit islamique et exdoyenne de la faculté féminine des études
islamiques d’Al- Azhar. Le visage ceint d’un bandeau bleu sous un voile
blanc, cette réformiste musulmane, surnommée le “mufti des femmes”,
affirme que “cacher le visage des femmes n’est pas dans le Coran, c’est
une vieille tradition bédouine”. En bas de l’échelle sociale, ce sont des
Egyptiens, souvent des villageois, émigrés en Arabie saoudite et autres pays
du Golfe, qui en ont rapporté le mode de vie puritain et ségrégatif à l’égard
des femmes. Des militantes islamistes ont aussi mené le combat du voile à l’Université,
comme une obligation religieuse, tout en y affirmant le rôle de la femme dans
le combat politique contre le régime et l’Occident. A l’autre extrême, le
hijab, le voile encadrant le visage ou foulard ne cachant que les cheveux, se
fait parfois frivole, de couleur vive, avec jeans et chemisettes moulantes,
conjuguant islamisation et mondialisation. Après les anciennes vedettes “repenties”
et tombées en dévotion, c’est une nouvelle génération de stars, comme
Hanan Turk, qui se bousculent, avec voile en soie griffé, sur les écrans de
cinéma ou de télévision. Regardés avec passion après le repas de rupture de
jeûne de Ramadhan, l’Iftar, des feuilletons offrent une nouvelle image de la
femme, imprégnée de morale piétiste “new-look”, comme le prêche le
télécoraniste Amr Khaled. Ce sont sous l’impulsion de prédicateurs et
prédicatrices “mondains” que sont aussi multipliés les salons islamiques
réunissant les bourgeoises cairotes pour des “ halaqat”, des causeries
piétistes chics. Il y aussi l’engouement pour la poupée voilée, Fulla, mise
sur marché après que la police saoudienne eut banni Barbie, qualifiée “de
poupée juive” dont les tenues “honteuses” étaient “des symboles de l’Occident
pervers”.
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