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«Abdekka a invité les journalistes à venir prendre le thé à la
présidence.»
Un thé, à la russe ?
Le prix de la pomme de terre ? Barkat, ministre de l’Agriculture, donc de
la pomme de terre, vient de jurer sur tout ce qu’il a de plus cher qu’il n’y
est pour rien et qu’il n’y peut rien. Sans avoir l’air d’y toucher et
sans vouloir donner l’air de moucharder, le docteur nous conseille tout de
même de regarder du côté de son collègue du commerce. Celui-ci, la main sur
le cœur et le porte-monnaie, jure à son tour qu’il n’y est pour rien. Et
le prix de l’électricité et du gaz qui va augmenter, alors qu’il y a à
peine deux semaines, on nous affirmait qu’il ne bougerait pas ? Vers qui
devons-nous regarder ? Vers le Pdg de Sonelgaz ? Vers le Pdg de Sonatrach ? Vers
le ministre de l’Energie et des Mines réjouies du pouvoir ? Ne vont-ils pas
nous refaire le coup des ministres de l’Agriculture et du Commerce qui se sont
rejeté la baballe et se sont refilé le tubercule à qui mieux mieux ? A les
entendre tous, agriculture, commerce, énergie et autres «responsables», on a
l’impression qu’ils n’y sont pour rien dans rien. C’est à croire que la
pomme de terre décide toute seule, le matin, de flamber sur l’étal. C’est
à croire aussi que les compteurs d’électricité et de gaz ajoutent de
manière autonome des zéros dans leur colonne tarifs. J’en ai même entendu
un qui a osé cette très profonde et abyssale réflexion : «Que voulez- vous
exactement ? Que l’Etat revienne à ce qu’il était avant la libéralisation
du marché et qu’il se remette à faire commerce de la pomme de terre ? Soyons
sérieux ! Ce n’est pas son rôle ! » D’accord ! L’Etat ne va pas acheter
et revendre de la pomme de terre. Mais il peut remplir son rôle de police
contre les spéculateurs. Il peut se rappeler qu’entre autres uniformes
rangés dans son vestiaire d’Etat, il y a celui de gendarme devant veiller à
traquer les pratiques commerciales déloyales ou frauduleuses. Le même Etat
peut aussi éviter de dire qu’il n’augmentera pas «ettriciti» pour revenir
ensuite sur ce gel annoncé et donner son feu vert à une nouvelle flambée des
prix en plein hiver. Il existe des pays qui n’ont ni pétrole ni gaz dans leur
sous-sol, qui les achètent au prix fort sur les marchés internationaux et qui
ont pourtant inscrit dans leurs textes fondamentaux et dans leur pratique de
gouvernance l’interdiction formelle de toucher aux prix de l’électricité
en plein hiver, sauf bien sûr à les baisser. Que dire alors d’un pays
producteur de pétrole et de gaz, qui roule sur l’or noir, qui table sur une
recette de 50 milliards de dollars d’exportation d’hydrocarbures pour 2006
et qui va tout de même «saigner» les familles algériennes en pleine froidure
hivernale ? Rien ! Ou plutôt si : fumer du thé et rester éveillé, le
cauchemar continue.
H. L.
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