Nous sommes capables de juguler la corruption, a affirmé, samedi soir devant les caméras de l’ENTV, le ministre des Finances, Mourad Medelci. L’affirmation se voulait une réponse indirecte à la Banque mondiale et à Transparency International, Mourad Medelci accusant implicitement cette organisation de faire dans l’agitation et de vouloir semer le désordre. Chérif Bennaceur - Alger (Le Soir) - Hôte du forum hebdomadaire de l’ENTV,
le ministre des Finances en a laissé plus d’un sur sa faim de réponses
chiffrées sur la corruption et les scandales bancaires qui défraient la
chronique. En effet, Mourad Medelci, démentant tout esprit de rétention
de l’information et couverture de personnes impliquées, a néanmoins
refusé de confirmer la véracité des chiffres avancés ici et là et de
dévoiler les montants exacts des détournements de deniers ainsi que l’identité
des gens corrompus. Cela, en précisant que les dossiers se trouvent au
niveau de la justice «qui est là», invitant ses interlocuteurs
médiatiques à s’en rapprocher et ne manquant pas de relever
l'obtention et la mise en œuvre de l'extradition vers l'Algérie de
personnes impliquées dans des détournements de fonds de banques. Certes,
l’hôte de la petite lucarne a invité tous ceux qui affirment détenir
des informations fondées sur des affaires de corruption et de
malversations financières à se rapprocher de ses services et de la
justice, précisant que les dossiers transmis seront traités avec
attention, fermeté et dans le respect des lois. Néanmoins, et usant d’une
rhétorique lénifiante à souhait, élusive, langue de bois, il n’a
apporté aucune réponse aux interrogations exprimées sur les auteurs de
ces malversations, estimant qu’en parler sans preuves et fondements
relève de l’irresponsabilité politique. Pis, ce phénomène, selon
lui, était inhérent à la situation de transition où se trouve l’économie
algérienne. Voire, Mourad Medelci de s’en prendre en termes à peine
voilés à certaines organisations internationales, la Banque mondiale et
sa filiale la Société financière internationale (SFI) ainsi que l’organisation
Transparency International dont des représentants étaient les hôtes
récemment de notre pays.
Les assertions élusives de Medelci
Tout en rappelant à l’auditoire que l’Algérie était actionnaire
au sein du groupe de la Banque mondiale et du Fonds monétaire
international (FMI) et que notre pays accueille «à bras ouverts» tous
les conseils utiles et «les avis externes sur la situation interne»,
Mourad Medelci a affirmé qu’à aucun moment la complexité du système
fiscal algérien n’a été évoquée lors des entretiens qui l’ont
réuni, ainsi que le chef du gouvernement, avec le vice-président
exécutif de la SFI, Lars Thunell. Certes, le ministre des Finances s’est
déclaré «conscient qu’il (le système fiscal) n’est pas aussi
simple». Toutefois, il a considéré l’affirmation rapportée par voie
médiatique du vice-président de la SFI selon laquelle notre fiscalité
est trop complexe comme relevant de l’exagération. Mais aussi l’hôte
de l’ENTV d’être élusif quant aux appréhensions du groupe de la
Banque mondiale et de Transparency International sur la conduite des
marchés publics et la gestion des deniers publics. Cela d’autant qu’un
montant de l’ordre de 140 milliards de dollars, soit 10 000 milliards de
dinars, a été mobilisé pour la réalisation du programme de relance de
la croissance et de développement infrastructurel et social ainsi que des
programmes spécifiques aux régions du Sud et des Hauts-Plateaux. Des
deniers budgétisés, gérés par une caisse spécifique et en toute
transparence selon Mourad Medelci. Ce dernier d’affirmer,
péremptoirement, en réponse à ces conseils, que «nous (l’Algérie)
sommes capables de juguler la corruption», le gouvernement ayant déjà
pris «des mesures pour remédier à la source de ce mal». En citant, à
ce propos, tant l’amélioration et la réorganisation des systèmes de
gestion, de gouvernance et de supervision bancaires, l’amélioration des
conditions de travail des agents chargés des missions de contrôle, que
la mise en place depuis 2002 de la Cellule de traitement du renseignement
financier. Ce faisant, le ministre des Finances a affirmé, devant l’auditoire
médiatique, qu’il rejetait «toutes déclarations à même de créer du
désordre et de l’agitation» et de perturber le processus de
restauration de la confiance. Ceci dans une allusion à peine voilée à
Transparency International, au demeurant non citée.
Elargir le champ d’intervention de l’IGF
Une prestation médiatique au cours de laquelle la réforme en cours de l’Inspection
générale des finances (IGF) n’a pas manqué d’être abordée. A ce
propos, Mourad Medelci a indiqué que le statut de l’IGF est en voie d’être
révisé, en élargissant le champ d’intervention de cette structure de
contrôle des finances publiques aux entreprises du secteur économique
public et non plus uniquement aux institutions à caractère
administratif. En fait, s’agissant de la gestion de deniers publics, il
sera question de permettre à cette structure d’intervenir directement
auprès de ces entreprises, sans être assujettie à l’autorisation
préalable du gouvernement comme c’est le cas actuellement. De même qu’il
a rappelé qu’un projet de loi-cadre de lois de finances est en cours de
maturation au niveau des départements ministériels et qu’il sera
soumis prochainement à l’aval parlementaire.
C. B.
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